‹ Romans nationauxChapitre 164 sur 247 · C(HJP D ŒIL SUR LES MARIS ÉVENTUELS · texte numérisé non relu

C(HJP D ŒIL SUR LES MARIS ÉVENTUELS

locution locale : im entre poupe et pau^ pée.

La poupée de la Durande était particu* lièrement chère à mess Lethierry. Il l'avait commandée au charpentier ressemblante à Déruchette. Elle ressemblait à coups de hache. C'était une bûche faisant e£fort pour être une jolie fille.

Ce bloc légèrement difforme faisait illusion à mess Lethierry. Il le considérait avec une contemplation de croyant. Il était de bonne foi devant cette figure. Il y reconnaissait parfaitement Déruchette. C^est un peu comme cela que le dogme ressemble à la vérité» et Tidole à Dieu.

Mess Lethierry avait deux grandes joies par semaine ; une joie le mardi et une joie le vendredi. Première joie, voir partir la Durande ; deuxième joie, la voir revenir. II s*accoudait à sa fenêtre, regardait son œuvre, et était heureux. Il y a quelque chose de cela dans la Genèse. £ê vidit çtcoitesset b&num.

Le vendredi, la présence de mess Lethierry à sa fenêtre valait un signal . Quand on voyait, à la croisée des Bravées, s'allumer sa pipe, on disait : Âh! le bateau à vapeur est à Thorizon. Une fumée annonçait l'autre.

La Durande en rentrant au port nouait son câble sous les fenêtres de mess Lethierry à un gros anneau de fer scellé dans le soubassement des Bravées. Ces nuits- là, Lethierry faisait un admirable somme dans son branle, sentant d'un côté Déruchette endormie et de l'autre Durande amarrée.

Le lieu d'amarrage de la Durande était voisin de la cloche du port. Il y avait là, devant la porte des Bravées, un petit bout de quai.

Ce quai, les Bravées, la maison, le jardin, les ruettes bordées de haies, la plupart même des habitations environnantes, n'existent plus aujourd'hui. L'exploitation du granit de Gnernesey a fait vendre ces terrains. Tout cet emplacement est oc^upé^ à l'heure

où nous sommes, par des chantiers de casseurs de pierres.

COUP d'CRIL 8UR LES MARIS ÉVENTUELS

Déruchette grandissait, et ne se mariait pas.

Mess Lethierry, en en faisant une fille aux mains blanches, l'avait rendue difficile. Ces éducations-là se retournent plus tard contre vous.

Du reste, il était, quant à lui, plus difficile encore. Le mari qu'il imaginait pour Déruchette était aussi un peu un mari pour Durande. Il eût voulu pourvoir d'un coup ses deux filles. Il eût voulu que le conducteur de l'une pût être aussi le pilote de l'autre. Qu'est-ce qu'un mari? C'est le capitaine d'une traversée. Pourquoi pas le même patron à la fille et au bateau ? Un ménage obéit aux marées. Qui sait mener une barque sait mener une femme. Ce sont les deux sujettes de la lune et du vent. Sieur Clubin, n'ayant guère que quinze ans de moins que mess Lethierry, ne pouvait être pour Durande qu'un patron provisoire ; il fallait un pilote jeune, un patron définitif» un vrai successeur du fondateur, de Tinventeur, du créateur. Le pilote définitif de Durande serait un peu Je gendre de mess Lethierry. Pourquoi ne pas fondre les deux gendres dans un? Il caressait cette idée. Il voyait, lui aussi, apparaître dans ses songes un fiancé. Un puissant gabier basané et fauve, athlète de la mer, voilà son idéal. Ce n'était pas tout à fait celui de Déruchette. Elle faisait un rêve plus rose

Quoi qu'il en fût, l'oncle et la nièce semblaient être d'accord pour ne point se hâter. Quand on avait vu Déruchette devenir une héritière probable, les partis s'é-

LES TRAVÂILLEUBS DE LA MER

taient^ présentés en. foule. Ces empressementS'là ne sont pas tonj(^rs de bonne qualité. Mess Lethierrj le sentait. Il grommelait : fille d'or, épouseur de enivre. Bt il écondoisatt les prétendants. Il attendait. Elle de môme. *

Chose singulière, il tenait peu à Taristocratie. De ce côté-là, mess Lethierry était un anglais invraisemblable. On croira difficilement qu'il avait été jusqu'à refuser pour Déruchette un Ganduel, de Jersey, et un Bugnet-Nicolin, de Serk. On n'a pas même craint d'affirmer, mais nous doutons que cela soit possible, qu'il n'avait point accepté une ouverture venant de l'aristocratie d'Âurigny, et qu'il avait décliné les propositions d'un membre de la famille Edou, laquelle évidemment descend d'Edouard le Confesseur.

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