‹ Romans nationauxChapitre 163 sur 247 · LES RÉCITS DE LONG COURS · texte numérisé non relu

LES RÉCITS DE LONG COURS

Mess Lethierry, mal à Taise ^aitremeiit, portait toujours ses habits de bord, et plutôt sa vareuse de matelot que sa vareuse de pilote. Cela faisait plisser le petit nez de Déruchette. Rien n'est joli comme les grimaces de la grâce en colère. Elle grondait et riait. — Bon pire, s'écriait-elle, pouah! TOUS sentez le goudron. Et elle lui donnait une petite tape sur sa grosse épaule.

Ce bon vieux héros de U mer avait rapporté de ses voyages des récits surprenants. Il avait va à Madagascar des plumes d*oiseau dont trois sufâsaient à faire le toit d*une maison. Il avait vu dans Tlnde des tiges d'oseille hautes de neuf pieds. Il avait vu dans la Nouvelle-Hollande des troupeaux de dinddns et d*oies menés et gardés par un chien de bei^er qui est un oiseau, et qu*on appelle Tagami. Il avait vu des cimetières d'éléphants. Il avait vu en AfSrîqw des gorilles, espèces d'hommes-tigres, de sept pieds de haut. Il connaissait les mœurs de tous les singes, depuis le macaque sauvage qu'il appelait macaco bravo jusqu'au macaque hurleur qu'il appelait macaco barhado. Au Chili, il avait vu une guenon attendrir les chasseurs en leur montrant son petit. Il avait vu en Californie un tronc d'arbre creux tombé à terre dans Tintérieur duquel un homme à cheval pouvait faire cent cinquante pas. Il avait vu au Maroc les mozabites et les biskris se battre à coups de matraks et de barres de fer, les biskris pour avoir été traités de kelb, qui veut dire chiens, et les mozabites pour avoir été traités de khamsi^ qui veut dire gens de la cinquième secte. Il avait vu en Chine couper •n potits morceaux le pirate Chanh-thong-

quan-larh-Quoi, pour avoir assassiné le àp d'un village. A Thu-dan-mot, il avait vu un Uon enlever une vieille femme en plein marché de la ville. Il avait assisté à Tarrivée du grand serpent venant de Canton à Saïgon pour célébrer dans la pagode de Cho-len la fête de Quan-nam, déesse des navigateurs. Il avait contemplé chez les Moï le grand Quan-Sû. A Rio-Janeiro, il avait vu les dames brésiliennes se mettre le soir dans les cheveux de petites bulles de gaze contenant chacune une vagalumes, belle mociche à phosphore, ce qui les coiffe d'étoiles. Il avait combattu dans l'Uruguay les fourmilières et dans le Paraguay les araignées d'oiseaux^ velues, grosses comme une tête d'enfant, couvrant de leurs pattes un diamètre d^'on tiers d'aune, et attaquant l'homme auquel elles lancent leurs poils qui s'enfoncent comme des flèches dans la chair et y soulèvent des pustules. Sur le fleuve Arinos, affluent du Tocantins, dans les forêts vierges an nord de Diamantina, il avait constaté l'effrayant peuple chauve-souris, les murcilagos, hommes qui naissent avec les cheveux blancs et les yeux rouge , habitent le sombre des bois, dorment le jour, s'éveillent la nuit, pèchent et chassent dans les ténèbres, y voyant mieux quand il n'y a pas de lune. Près de Beyrouth, dans un campement d'une expédition dont il faisait partie, un pluviomètre ayant été volé dans une tente, un sorcier habillé de deux ou trois bandelettes de cuir et ressemblant à un homme qui serait vêtu de ses bretelles, avait si furieusement agité une sonnette au bout d'une corne qu'une hyène était venue rapporter le pluviomètre. Cette hyène était la voleuse. Ces histoires vraies ressemblaient tant à des contes qu'elles amusaient

Déruchette.

La poupée de la Durande était le lien entre le bateau et la fille. On nomme poupée dans les )les normandes la figure taillée dans la proue, statue de bois sculptée à peu près. De là, pour dire naviguer, cette

Page 1