ACHETEURS NOCTURNES ET VENDKURS TÉNÉBREUX
sur la rue, il y avait une petite chambre, compartiment pris sur le hangar-dortoir.
Oa Usait sur la porte de la me cette inscription charbonnée : Ici on tient la curioûté. Le mot était dès lors asité. Sur trois iilanches s'appliquaat en étagère aa vi- :^rage, on apercevait quelques pots de faïence sans anse, un parasol chinois eii baudruche à figures, crevé çà et là, impos- ''ihle à ouvrir et à fermer, des tessons de fer ou de grès informes, des chapeaux 'l'homme et de femme effondrés, trois ou inatre coquilles d'ormers, quelques paquets le vieux boutons d'os et de cuivre, une ta- 'lati&re avec portrait d? Marie-Antoinette,
et un volume dépareillé de l'algèbre de Boisbertrand. C'était la boutique Cet assortiment était - la curiosité -. La boutique communiquait, par une arrière-porte, avec la cour où était le puits. 11 y avait une table et un escabeau. La femme à la jambe de bois était la dame de comptoir.
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Clabin avait^été absent de l'Auberge Jean le mardi toute la soirée ; il le fat encore le mercredi soir.
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Ce soir-là, à la brune, deux hommes s'engagèrent dans la ruelle Coutanchoz; ils s'arrêtèrent devant la Jacressarde. L'uu d'eux cogna à la vitre. La porte de la boutiqîje s'ouvrit. Ils entrèrent. La femme à la jambe de bois leur fit le sourire réservé aux bourgeois. Il y avait une chandelle sur la table.
Ces hommes étaient deux bourgeois en effet.
Celui des deux qui avait cogné dit :
Bonjour, la femme, ,1e viens pour la chose.
La femme jambe de bois fit un deuxième sourire et sortit par Tarrière-porte ,. qui donnait sur la cour au puits. Un nioment après, rârriore-portft se rouvrit, et un homme se présenta dans l'entre -bâillement. Cet homme avait une casquette et une blouse, et la saillie d'un objet sous sa blouse. Il avait des brins de paille dans les plis de sa blouse et le regard de quelqu'un qu'on vient de réveiller.
Il avança. On se regarda. L'homme en blouse avait l'air ahuri et fin. Il dit :
— C'est vous l'armurier?
Celui qui avait cogné répondit :
— Oui. C'est vous le Parisien?
— Dit Peaurouge. Oui.
— Montrez -
— Voici.
L'homme tira de dessous sa blouse un engin fort rare en Europe à cette époque, un revolver.
Ce revolver était neuf et brillant. Les deux bourgeois l'examinèrent. Celui qui semblait connaître la mai^îon et que l'homme en blouse avait qualifié « l'armurier n fit jouer le mécanisme. Il passa l'objet à l'autre, qui paraissait être moins de la ville et qui se tenait le dos tourné à la lumière. - •
L'armurier reprit :
— Combien?
L'homme en blouse répondit :
— J'arrive d'Amérique avec. Il y a des
gens qui apportent des singes, des perroquets, des bètes, comme si les français étaient des sauvages. Moi j'apporte ça.
C'est une invention utile.
— Combien ? repartit l'armurier,
— ' C'est un pistolet, qui fait le moulinet.
— Combien?
— Paf. Un premier coup. Paf. Un deuxième coup. Paf... une grêle, quoi!
Ça fait de la besogne.
7— Combien?
— Il y a six canons.
— Eh bien, combien?
— Six canons, c'est six louis.
— Voulez-vous cinq louis?
— Impossible. Un louis par balle. C'est le prix.
— Voulons -nous faire affaire? soyons raisonnable.
— J'ai dit le prix juste. Examinez-moi ça, monsieur l'arquebusier.
— J'ai examiné.
— Le moulinet tourne comme monsieur Talleyi:and. On pourrait mettre ce moulinet-là dans le Dictionnaire des girouettes. C'est un bijou.
— Je l'ai vu.
— Quant aux canons, c'est de forge espagnole. •
— Je l'ai remarqué.
— C'est rubané. Voici comment ça se confectionne, ces rubans-là. On vide dans la forge la hotte d'un chiffonnier en vieux fer. On prend tout plein de vieille ferraille, de vieux clous de maréchal, des fers à cheval cassés...
— Et de vieilles lames de faux.
— J'allais le dire, monsieur l'armurier. On vous fiche à tout ce bric-à-brac une bonne chaude suante, et ça vous fait une magnifique étoffe de fer..
— Oui, mais qui peut avoir des crevasses, des éventures, des travers.
— ParJl'ne. Mais on remédie aux travers par des petites queues-d'aronde, de même qu'on évite le risque des doublures en IkU-