‹ Romans nationauxChapitre 207 sur 247 · SUB UMBRA · texte numérisé non relu

SUB UMBRA

Parfois, la nuit, Gilliatt ouvrait les yeux et regardait Tombre.

Il se sentait étrangement ému.

L'œil ouvert sur le noir. Situation lugubre; anxiété.

La pression de l'ombre existe.

Un indicible plafond de ténèbres; une haute obscurité sans plongeur possible ; de la lumière mêlée à cette obscurité, on ne sait quelle lumière vaincue et sombre , de la clarté mise en poudre, est-ce une semence? est-ce une cendre? des millions de flambeaux, nul éclairage; une vaste ignition qui ne dit pas son secret, une diffusion de feu en poussière qui semble une volée d'étincelles arrêtée , le désordre du tourbillon et l'immobilité du sépulcre, le problème offrant une ouverture de précipice, l'énigme montrant et cachant sa face, Tin-

fini masqué de noirceur, voilà la nuit. Cette superposition pèse à Thorame

Cet amalgame de tous les mystères à la fois, du mystère cosmique comme du mystère fatal, accable la tète humaine.

La pression de l'ombre agit en sens inverse sur les différentes espèces d'âmes. L^homme devant la nuit se reconnaît incomplet. Il voit l'obscurité et sent l'infirmité. Le ciel noir, c'est l'homme aveugle.

L'homme, face à face avec la nuit, s'abat, s'agenouille, se prosterne, se couche à plat ventre, rampe vers un trou, ou se cherche des ailes. Presque toujours il veut fuir cette présence informe de l'Inconnu. Il se demande ce que c'est; il tremble, il se courbe, il ignore ; parfois aussi il veut y aller.

Aller où?

Là.

Là? Qu'est-ce ? et qu'y a-t-il ?

Cette curiosité est évidemment celle des choses défendues, car de ce côté tous les ponts autour de l'homme sont rompus.

L'arche de l'infini manque. Mais le défendu attire, étant gouffre. Où le pied ne va pas, le regard peut atteindre ; oà le regard s'arrête, l'esprit peut continuer. Pas d'homme quinessaj'e, si faible et si insuffisant qu'il soit. L'homme, 'selon 6a nature, est en quête ou en arrêt devant la nuit. Pour les uns, c'est un refoulement; pour les autres, c'est une dilatation. Le spectacle est sombre. L'indéfinissable y est mêlé.

La nuit est-elle sereine ? C'est un fond d'ombre. Est-elle orageuse? C'est un fond de fumée. L'illimité se refuse et s'offre à la fois, fermé à l'expérimentation, ouvert à la conjecture. D'innombrables piqûres de lumière rendent plus noire l'obscurité sans fond. Escarboucles, scintillations, astres. Présences constatées dans l'Ignoré; défis effravants d'aller toucher à ces clartés. C»? sont des jalons de création dans l'absolu: ce sont des marques de distance là où il ny a plus de distance; c'est on ne sait quel numérotage impossible, et réel pourtant ,

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