‹ Romans nationauxChapitre 221 sur 247 · I.e *«nt lonfilait en · texte numérisé non relu

I.e *«nt lonfilait en

1 nomment (^pel de VOcém.

ndéflnies et fuyantes du vent rdant le flot; les Tagues, des soos ces toomoiementa, « contre tes brisants comme mtesques par des athlètes inrme écame échevelait toutes rrents en haut, baves en bas.

ssements redoublaient. Aaumaine on bestiale ne saurait des fracas mêlés à ces dislomer. La naée canonnait, les allaient, la honJe escaladait, wints semblaient immobiles ; e Tent faisait ringt toises par

rou.l™. (Pagf 199)

seconde. La mer à perte chef dix lieues d'eau des l'horizon. Des portes de Quelques nuages paraissai autres, et sur des tas de ressemblaient & des bra blaient à des fumées. D flottantes se heartaient e se déformant les unes pai eau incommensurable mi dait des feux de pelotons d Il y avait au mibeu du pis espèce de vaste hotte rei baient péle-mèle la trom nuées, les pourpres, les pi

le vue était bUn-

avon emplissaient feu s'ouvraient.

entbrAlésparles nuées ronges qui ises, ils ressemés configurations . s'amalgamaient, les autres. Une iselait. On antenans le firmament fond d'ombre one versée d'oA tombe, la gT«le. les loqhores.lanoit,

LES TRAVAILLEURS DE LA MER

la lumière, les foudres, tant ces penchements du gouffre sont formidables!

Gilliatt semblait n'y pas faire attention^ Il avait la tête baissée sur son travail. La deuxième claire -voie commençait à s'exhausser. A chaque coup de tonnerre il répondait par un coup de marteaa. On entendait cette cadence dans ce chaos. Il était nu-tète. Une rafale lui avait emporté sa galérienne.

Sa soif était ardente. U avait probablement la fièvre. Des flaques de plaie s'étaient formées autour de Im dans des tcous de rochers. De temps en temps il prenait de l'eau dans le creux de sa main et buvait. Puis, sans même examiner où en était l'orage, il se remettait à la besogne.

Tout pouvait dépendre d'an instant. H savait ce qui l'attendait s'il ne terminait pas à temps son brise-lames. A quoi bon perdre une minute à regarder s'approcher la face de la mort?

Le bouleversement aatour de lai était comme une chaudière qui bout. H jr avait du fracas et du tapage. Par instants la foudre semblait descendre un escalier. Les percussions électriques revenaient sans cesse aux mêmes pointes de rocher, probablement veinées de diorite. Il y avait des grêlons gros comme le poing, Gilliatt était forcé de secouer les plis de sa vareuse. Jusqu'à ses pocfces étaient pleines de grêle.

La tourmente était maintenant ouest, et battait le barrage des deux Douvres ; mais Gilliatt avait confiance en ce barrage, et avec iBisoa. Ce barrage, fait du grand morceau de l'avant de laDurande, recevait sans dureté le choc du flot; l'élasticité est une résistance; les calculs de Stevenson étabiissentqive, contre la vague, élastique ellemême, un assemblage de bois, d'une dimlemioa voulue » re^ointovâ et enchaîné d'nne oeriaine façon, fait meilleur obstacle qtt'im fireack-ivater de maçonnerie. Le barrage des Douvres remplissait ces conditions, il était d'ailleurs si ingénieusement

amarré que la lame, en frappant dessus, était comme le marteau qui enfonce le clou, et l'appuyait au rocher et le consolidait ; pour le démolir, il eût fallu renverser les Douvres. La rafale, en effet» ne réussissait qu'à envoyer à la panse, par-dessus l'obstacle, quelques Jets de bave. De ce côté, grâce au barrage, la tempête avortait en crachement. Gilliatt tournait le dos à cet efi'ort-là. Il sentait tranquillement derrière lui cette rage inutile.

Les flocons d'écume, volant de toutes parts, ressemblaient à de la laine. L'eau vaste et irritée noyait les rochers, montait dessus, entrait dedans, pénétrait dans le réseau des fissures intérieures, et ressortait des masses granitiques par des fentes étroites, espèces de bouches intarissables qui faisaient dans ce déluge de petites fontaines paisibles. Çà et là des filets d'argent tombaient gracieusement de ces trous dans la mer.

La claire -voie de renfort du barrage de l'est s'achevait. Encore quelques nœuds de corde et de chaîne, et le moment approchait où cette clôture pourrait à son tour lutter.

Subitement, une grande clarté se fit, la pluie discontinua, les nuées se désagrégèrent, le vent venait de sauter, une sorte de haute fenêtre crépusculaire s'ouvrit au zénith, et les éclairs s'éteignirent ; on pat croire à la fin. C'était le commenoemeat.

La saute de vent était du sud-ouest an nord-est.

La tempête allait reprendre, avec une nouvelle troupe d'ouragans. Le nord allait donner assaut, assaut violent. Lés marins nomment cette reprise redoutée ia rafttle de la renverse. Le vent du sud a plus d'eau, le vent du nord a plus de foudre.

L'agression maintenant, venant de Test, allait s'adresser au point faible.

Cette fois Gilliatt se dérangea de son travail. Il regarda.

Il se plaça debout sur une saillie de no-* cher en surplomb derrière la deuxième

LE COMBAT

âÛ8

cIaîre*yoie presque terminée. Si la première claie du brise-lames était emportée, elle défoncerait la seconde, pas consolidée encore, et sous cette démolition elle écraserait Giiliatt. Gilliatt, à la place qu'il venait de choisir, serait broyé avant de voir la panse et la machine et toute son œuvre s*abimer dans cet engouffrement. Telle était Téventualité» Giiliatt Tacceptait» et, terrible, la voulait.

Dans ce naufrage de toutes ses espérairces, mourir d^abord, c*est ce qu*il lui fallait; mourir le premier; car la machine lui faisait Teffet d'une personne. Il releva de sa main gauche ses cheveux collés sur ses yeux par la pluie, étreignit à pleine poignée son bon marteau, se pencha en arrière,, menaçant lui-même, et attendit.

Il n attendit pas longtemps.

Un éclat de foudre dcHina le signal, l'ouverture pâle du zénith se ferma, une bouffée d'averse se précipita, tout redevint obscur, et il n*y eut plus de flambeau que Téclair. La sombre attaque arrivait.

Une puissante houle, visible dans les coups sur coups de Féclair, se leva à Test au delà du rocher THomme. Elle ressemblait à un gros rouleau de verre. Elle était glauque et sans écume et barrait toute la mer. Elle avançait vers le brise-lames. En approchant, elle s'enflait; c'était on ne sait quel large cylindre de ténèbres roulant sur Tocéan. Le tomierre grondait sourdement.

Cette houle atteignit le rocher l'Homme, s'y cassa en deux, et passa outre. Les deux tronçons rejoints ne firent plus qu'une montagne d'eau, et de parallèle qu'elle était au brise-lames, elle y devint perpendiculaire. C'était une vague qui avait la forme d'une poutre.

Ce bélier se jeta sur le briâe-lames. Le choc fut rugissant. Tout s'efiaça dans l'écume.

On ne peut se figurer, ai on ne les à

Yues, ces avalanches de neige que la mer t'ajoute^ et sous lesquelles elle engloutit

des rochers de plus de ceat pieds de haut, tels, par exemple, que le Grand-Ânderlo à Guernesey et le Pinacle à Jersey. A Sainte- Marie de' Madagascar, elle saute par-dessus la pointe de Tintingue.

Pendant quelques instants, le paquet de mer aveugla tout. Il n'y eut plus rien de visible qu'un entassement furieux, une bave démesurée, la blancheur du linceul tournoyant au vent du sépulcre, un amas de bruit et d'orage sous lequel, rextermination travaillait.

L'écume se dissipa. Giiliatt était debout.

Le barrage avait tenu bon. Paa une chaîne rompue , pas un ^lou déplanté. Le barrage avait montré sous l'épreuve les deux qualités du brise-lames ; il avait été souple comme une claie et solide comme un mur. La houle s'y était dissoute en pluie.

Ua ruissellement d'éemne, glissant le long des zigzags du détroit, alla mourir sous la panse.

L'h(unme qui avait fait cette muselière à l'Océan ne se reposa pas.

L'orage heureusement divagua pendant quelque temps. L'acharnement des yagues revint aux parties murées de TéoueiL Ce fut un répit. Giiliatt en profita pour compléter la claire-voie d'arrière.

La journée s'acheva dans ce labeur. La tourmente continuait ses violences sur le flanc de l'écueil avec une solennité lugubre. L'urne d'eau et l'urne de feu qui sont dans les nuées se versaient sans se vider. Les ondulations hautes et basses du vent ressemblaient aux mouvements d'un dragon.

Quand la nuit vint, elle y était déjà ; on ne s'en aperçut pas.

Du reste, ce n'était point l'ebscarité complète. Les tempêtes, illuminées eta^euglées par l'éclair, ont des intermittences de visible et d'invisible. Tout est blanc» puis tout est noir. On assiste à la sortie des vi^ sions et à la rentrée des ténèbres. '

Une 2one de phosphore, rouge de la rpu-

LES TRAVAILLEURS DE LA MER

gear boréale , flottait comme un haillon de flamme spectrale derrière les épaisseurs de nuages. Il en résultait un vaste blêmissement. Les largeurs de la pluie étaient lumineuses.

Ces clartés aidaient Gilliatt et le dirigeaient. Une fois il se tourna et dit à Téclair : Tiens-moi la chandelle.

Il put, à cette lueur, exhausser la claireyoie d'arrière plus haut encore que la clairevoie d*avant. Le brise -lames se trouva presque complet. Gomme Gilliatt amarrait à rétrave culminante un câble de renfort, la bise lui souffla en plein dans le visage. Ceci lui flt dresser la tète. Le vent s'était brusquement replacé au nord-est. L'assaut du goulet de Test recommençait. Gilliatt jeta les yeux au large. Le brise-lames allait être encore assailli. Un nouveau coup de mer venait.

Cette lame fut rudement assenée ; une deuxième la suivit, puis une autre et une autre encore, cinq ou six en tumulte, presque ensemble; enfin une dernière, épouvantable.

Celle-ci, qui était comme un total de forces» avait on ne sait quelle figure d'une chose vivante. Il n'aurait pas é{é malaisé d'imaginer dans cette intumescence et dans cette transparence des aspects d'ouïes et de nageoires. Elle s'aplatit et se broya sur le brise-lames. Sa forme presque animale ^'y déchira dans un rejaillissement. Ce fut» sur ce bloc de rochers et de charpentes, quelque chose comme le vaste écrasement d'une hydre. La houle en mourant dévastait. Le flot paraissait se cramponner et mordre. Un profond tremblement remua recueil. Des grognements de bêtes s'y mêlaient. L'écume ressemblait à la salive d'un léviathan.

L'écume retombée laissa voir un ravage.

Cette dernière escalade avait fait de la besogne. Cette fols le brise-lames avait souffert. Une longue et lourde poutre, arrachée de la claire-voie d'avant, avait été lancée

par-dessus le barrage d'arrière, sur la roche en surplomb choisie un moment par Gilliatt pour poste de combat. Par bonheur, il n'y était point remonté. Il eût été tué roide.

Il y eut dans la chute de ce poteau une singularité» qui, en empêchant le madrier de rebondir, sauva Gilliatt des ricochets et des contre-coups. Elle lui fut même utile encore, comme on va le voir, d'une autre façon.

Entre la roche en saillie et l'escarpement intérieur du défilé il y avait un intervalle, un grand hiatus assez semblable à l'entaille d'une hache ou à l'alvéole d'un coin. Une des extrémités du madrier jeté en l'air par le flot s'était en tombant engagée dans cet hiatus. L'hiatus s'en était élargi.

Une idée vint à Gilliatt.

Peser sur l'autre extrémité.

Le madrier, pris par un bout dans la fente du rocher qu'il avait agrandie, en sortait droit comme un bras tendu. Cette espèce de bras s'allongeait parallèlement à la façade intérieure du défilé, et l'extrémité libre du madrier s'éloignait de ce point d'appui d'environ dix-huit ou vingt pouces. Bonne distance pour l'efibrt k faire.

Gilliatt s'arc-bouta des pieds, des genoux et des poings à l'escarpement et s'adossa des deux épaules au levier énorme. La poutre était longue ; ce qui augmentait la puissance de la pesée. La roche était déjà ébranlée. Pourtant Gilliatt dut s'y reprendre à quatre fois. Il lui ruisselait des cheveux autant de sueur que de pluie. Le quatrième effort fut frénétique. Il y eut un rauquement dans le rocher, l'hiatus prolongé en fissure s'ouvrit comme une mâchoire, et la lourde masse tomba dans l'étroit entre-deux du défilé avec un bruit terrible, réplique aux coups de foudre.

Elle tomba droite, si cette expression est possible, c'est-à-dire sans se casser.

Qu'on se figure un menhir précipité tout d'une pièce.

La poutre-levier suivit le rocher» et Gil-

LE COMBAT

liait, toat cédant à la fois sous lui, faillit lai«mème tomber.

Le fond était très-comblé de galets en cet endroit et il y avait peu d*eaa. Le monolithe, dans on clapotement d'écume qui éclaboassa Gilliatt, se coucha entre les deux grandes roches parallèles du défilé et fit une muraille transversale» sorte de trait d'union des deux escarpements. Ses deux bouts touchaient; il était un peu trop long^ et son sommet qui était de roche mousse s'écrasa en s'emboltant. Il résulta de cette chute un cul- de-sac singulier, qu'on peut voir encore aujourd'hui. L'eau, derrière cette barre de pierre, est presque toujours tranquille.

C'était là un rempart plus invincible encore que le panneau de l'avant de la Durande' ajusté entre les deux Douvres.

Ce barrage intervint à propos.

Les coups de mer avaient continué. La vague s'opiniàtre toujours sur l'obstacle. La première claire-voie entamée commençait à se désarticuler. Une maille défaite à un brise-lames est une grave avarie. L'élargissement du trou est inévitable, et nul moyen d'y remédier sur place. La houle emporterait le travailleur.

Une décharge électrique, qui illumina recueil, dévoila à Gilliatt le dégât qui se faisait dans le brise-lames, les poutres déjetées, les bouts de corde et les bouts de chaîne commençant à jouer dans le vent, une déchirure au centre de l'appareil. La deuxième claire-voie était intacte.

Le bloc de pierre, si puissamment jeté par Gilliatt dans l'entre-deux derrière le brise-lames, était la plus solide des barrières, mais avait un défaut ; il était trop bas. Les coups de mer ne pouvaient le rompre, mais pouvaient le franchir.

II ne fallait point songer à l'exhausser. Des masses rocheuses seules pouvaient être utilement superposées à ce barrage de pierre ; mais comment les détacher, comment les traîner, comment les soulever,

comment les étager, comment les fixer? On ajoute des charpentes, on n'ajouta pas dos rochers.

Gilliatt n^était pas Encelade.

Le peu d'élévation de ce petit isthme de granit préoccupait Gilliatt.

Ce défaut ne tarda point à se faire sentir. Les rafales ne quittaient plus le briselames ; elles faisaient plus que s'acharner, on eût dit qu'elles s'appliquaient. On entendrait sur cette charpente cahotée une sorte de piétinement.

Tout à coup un tronçon d'hiloire, détaché de cette dislocation, sauta au delà de la deuxième claire-voie, vola par-dessus la roche transversale, et alla s'abattre dans le défilé où l'eau le saisit et l'emporta dans les sinuosités de la ruelle. Gilliatt l'y perdit de vue. Il est probable que le morceau de poutre alla heurter la panse. Heureusement, dans Tintérieur de Técueil, l'eau, enfermée de toutes parts , se ressentait à peine du bouleversement extérieur. Il y avait peu de flot, et le choc ne put être très-rude. Gilliatt du reste n'avait pas le temps de s'occuper de cette avarie, s'il y avait avarie ; tous les dangers se levaient à la fois, la tempête se concentrait sur le point vulnérable, l'imminence' était devant lui.

L'obscurité fut un moment profonde, l'éclair s'interrompit, connivence sinistre ; la nuée et la vague ne firent qu'uù ; il y eut un coup sourd.

Ce coup fut suivi d*un fracas.

Gilliatt avança la tête. La claire-voie, qui était le front du barrage, était défoncée. On voyait les pointes de poutres bondir dans la vague. La mer se servait du premier brise-lames po.ur battre en brêchd le second.

Gilliatt éprouva ce qu'éprouverait on général qui verrait son avant-|;arde xa* menée.

Le deuxième rang de poutres résista aa choc. L'armature d'arrière itait fûrtemexït

liée et contre-butée. Mais la claire-voie rompue était pesante, elle était à la discrétion des flots qui la lançaient , puis la reprenaient,, les ligatures qui lui restaient Tempèchaient de s'émietter et lui maintenaient tout son volume, et les qualités que Gilliatt lui avait données comme appareil de défense aboutissaient à en faire un excellent engin de destruction. De bouclier elle était devenue massue. En outre les cassures la hérissaient, des bouts de solives lui sortaient de partout, et elle était comme couverte de dents et d'éperons. Pas d'arme contondante plus redoutable et plus propre à être maniée par la tempête.

Elle était le projectile et la mer était la catapulte.

Les coups se succédaient avec une sorte de régularité tragique. Gilliatt, pensif derrière cette porte barricadée par lui, écoutait ces frappements de la mort voulant entrer.

Il réfléchissait amèrement que, sans cette cheminée de la Durande si fatalement retenue par repave» il serait en cet instant-là même, et depuis le matin, rentré à Guernesey> et au port, avec la panse en sûreté et la machine sauvée.

La chose • redoutée £re réalisa. L'effraction eut lieu. Ce fut comme un râle, Toate la charpente du brise-lames à la fois, les deux armatures confondues et broyées ensemble, vint, dans une trombe de houle, se ruer sur le barrage de pierre comme un chaos sur une montagne, et s y arrêta. Cela ne fut plus qu'un enchevêtrement, informe broussaille de poutres^pénétrable aux flots, mais lea pulvérisant encore. Ce remi^art .vaincu agonisait héro'Équement. La mer l'avait fracassé , il brisait la mer. Renversé, il demeurait, dans une certaine mesure, efficace*. Laroche formant barrage, obstacle sans recul possible, le retenait par le pied. Le défîie était, nous l'avons dit, très-étroit sur ee point; la rafale victorieuse avait refoulé^ mêlé et pilé tout la brise^ames en

bloc dans cet étranglement; la violence même de la poussée, en tassant la masse et en enfonçant les fractures les unes dans les autres, avait fait de cette démolition un écrasement solide. C'était détruit et inébranlable. Quelques pièces de bois seulement s'arrachèrent. Le flot les dispersa. Une passa en l'air très-près de Gilliatt. Il en sentit le vent sur son front.

Mais quelques lames; ces grosses lames qui dans les tourmentes reviennent avec une périodicité imperturbable,, sautaient par-dessus la ruine du brise-lames. Elles retombaient dans le défilé, et, en dépit des coudes que fsdsait la ruelle^ elles j soulevaient l'eau. Le flot du détroit commençait à remuer fâcheusement. Le baiser obscur des vagues aux rochers s'accentuait.

Comment empêcher à présent cette agitation de se propager jusqu'à la païue?

Il ne faudrait pas beaucoup de temps à ces rafales pour mettre toute l'eau intérieure en tempête, et en quelques coups de mer la panse serait éventrée, et la machine coulée.

Gilliatt songeait, frémissant.

Mais il ne se déconcertait point Pas de déroute possible pour cette âme.

L'ouragan maintenant avait trouvé L* joint et s'engouffrait frénétiquement entre les deux murailles du détroit*

Tout à coup retentit et se prolongea dans le défilé, à qu-elque distance en arrière de Gilliattt un craquement, plus effcaj'aut que tout ce que Gilliatt avait encore entendu*

C'était du cdté de la panse.

Quelque chose de funeste se passait là.

Gilliatt j couruti.

Du goulet de Test, où il était, il ne pouvait voir la panse , k cause des zigzags de la ruelle. Au dernier tournant, il s'arrêta, et attendit un éclair.

L'éclair arriva et lui montra la situation.

Au coup de mer sur le goulet de Test avait répondu un coup de iront sur 1q goulet del'otteat. Un.désaâtK s'y âtftischait.

LE COMBAT

La panse n*avait point d'ayarie visible ; aSborchée comm^ elle était, elle donnait peu de prise ; mais la carcasse de la Darande était en détresse.

Cette ruine, dans une telle tempête, présentait de la surface. Elle était toate hors de Teau, en l'air, offerte. Le troû que lui avait pratiqué Giîliatt pour en extraire la machine achevait d'affidblir la coque. La poutre de quille était coupée. Ce squelette avait la colonne vertébrale rompue.

L'ouragan avait soufflé dessus.

Il n*en avait point fallu davantage. Le tablier du pont s'était plié comme un livre qui s'ouvre. Le démembrement s'étzût fait. C'était ce craquement qui, à travers la tourmente, était parvenu aux oreilles de Giîliatt.

Ce qu'il vit en approchant paraissait presque irrémédiable.

L'incision carrée opérée par lui était devenue une plaie. De cette coupure le vent avait fait une fracture. Cette brisure transversale séparait Tépave en deux. La partie postérieure, voisine de la panse, était demeurée solide dans son étan de rochers.

La partie antérieure, celle qui faisait face :i Giîliatt, pendait: Une fracture^ tantqu'elle tient, est un gond. Cette masse oscillait sur ses cassures, comme sur des charnières, et le vent la balançait avec un bruit redoutable,

Heureusement la panjse n'était plus dessous.

Mais ce balancement ébranlait l'autre moitié de la coque encore incrustée et immobile entre les deux Douvres. De l'ébranlement à l'arrachement il n'y a pas loin. Sous l'opiniâtreté du vent, la partie dislo- •[uée pouvait subitement entraîner l'autre, qui touchait presque à la panse, et tout, la panse avec la machine, s'engloutirait sous cet effondrement.

Giîliatt avait cela devant les yeux.

C'était la catastrophe.

Comment la détourner?

Giîliatt était de ceux qui du danger même font jaillir le secours. Il se recueillit un moment.

Giîliatt alla à son arsenal et prit sa* hache.

Le marteau avait bien travaillé , c'était le tour de la cognée.

Puis Giîliatt monta sur l'épave. Il prit pied sur la partie du tablier qui n'avait pas fléchi, et, penché au-dessus du précipice de Tentre-deux des Douvres, il se mit à achever les poutres brisées et à couper ce qui restait d'attaches à la coque pendante.

Consommer la séparation des deux tron* çons de Tépave, délivrer la moitié restée solide, jeter an flot ce que le vent avait saisi, faire la part i la tempête, telle était Topération. Elle était plus périlleuse que malaisée. La nM>itié pendante de la coque, tirée par le vent et par son poids, n'adhé-

rait que par quelques pmnts. L'ensemble de répave ressemblait à un diptyque dont un volet à demi décloué battrait Tautre. Cinq ou six pièces de la membrure seulement, pliées et éclatées, mais non rompues, tenaient encore. Leurs fractures criaient et s'élargissaient â chaque va-et-vient de la bise, et la hache n'avait pour ainsi dire qu'à aider le vent. Ce peu d'attaches, qui faisait la facilité de ce travail, en faisait aussi le danger. Tout pouvait crouler à la fois sous Giîliatt.

L'orage atteignait son paroxysme. La tempête n'avait été que terrible, elle devint horrible. La convulsion de la mer gagna le ciel. La nuée jusque-là avait été souveraine, elle semblait exécuter ce quelle voulait, elle doimait l'impulsion, elle versait la folie aux vagues , tout en gardant on ne sait quelle lucidité sinistre. En bas c'était de la démence, en haut c'était de la colère. Le ciel est le souffle, l'océan n'est que l'écume. De là l'autorité du vent. L'ouragan est génie. Cependant l'ivresse de sa propre horreur l'avait troublé. Il n'était plus que

LES TB&T AILLEURS DE LA MEB

SX,

e tombft. (Page 204.)

tonrbillon. C'était l'aveuglement enfantant ta nuit, n y a dans les tourmentes un moment insensé ; c'est pour le ciel une espèce de montée au cerveau. L'abîme ne sait plus ce qu'il fait. Il foudroie à t&tons. Rien de plnsaffreax. C'est l'heure hideuse. La trépidation de l'écueil était à son comble. Tout orage a une mystérieuse orientation ; à cet instant-là, il la perd. C'est le manvais endroit de la tempâte. A cet inatant-là, le vent, disait Thomas Fuller, est unfou/ufieux. C'est à cet instant-là que se fait dans les temp&tes cette dépense continue d'électricité que Piddington appelle la eateade d'éelain. C'est & cet instant-là

qn'aa plus noir de la nuée apparaît, OD ne sait pourquoi , pour espionner l'eibremait universel, ce cercle de Ineor bleue qoe les vieux marias espagnols nommaient lYSl de Tempête , el ojo de tempettai. Cet œil lugubre était sur Gilliatt.

Gilliatt de son cdté regardait la nuée. MiUntenant il levait la tète. Après chaque coup de cognée il se dressait, hautain. Il éttùt, ou il semblait être, tropperda pourqoe l'orgueil ne lui vlntpas. Désespérait-UîNon. Devant le suprême accès de rage de l'océan, il était aussi prudent que hardi. U ne mettait les pieds dans l'épave que sur les points solides. U se risquât et se préservait.

GilliaU ilU h ton wienal et prit u haohs. (Pttg* SOT.)

Lni ausù était à son paroxysme. Sa vigaflur avait décuplé. Il était éperdu d'intrépidité. Sas coups de cognée sonnaient comme des déâs. Il paraissait avoir gagné en lucidité ce que la tempâte avait perdu. Conflit pathétique. D'un câté l'intarissable, de l'autre l'infatigable. C'était à qui ferait Ucher prise à l'autre. Les nuées terribles modelaient dans l'immensité des masques de gorgones , tout le dégagement d'intimidation possible se produisait, la pluie venait den vagues, l'écume venait des nuages, les fantômes du vent se courbaient,. des faces de météoress'empourpraientet s'éclipsaient, et l'obscorité était monstrueuse

après ces évanouissements; il u'j avait plus qu'un versement, arrivant de tous les cétés à la fois; tout était ébullition; l'ombre en masse débordait; les cumulus chargés de grêle, déchiquetés, couleur cendre, paraissaient pris d'une espèce de frénésie giratoire , il y avait en l'air un bruit de pois secs secoués dans un crible, les électricités inverses observées par Volta faisaient de nuage à nuage leur jeu fulminant, les prolongements de la foudre étaient épouvantables , les éclûrs s'approchaient tout près de Gilliatt. Il semblùt étonner l'abtme. Il allait et venait sur la Durande branlante, faisant trembler le pont sooason pas,

LES TRAVAILLEURS DE LA MER

frappant, taillant, coupant, tranchant, la hache au poing, blême aux éclairs, échevelé, 'pieds nus, en haillons, la face couverte des crachats de la mer, grand dans ce cloaque de tonnerres.

Contre le délire des forces, l'adresse seule peut lutter. L'adresse était le triomphe de Gilliatt. Il voulait une chute ensemble de tout le débris disloqué. Pour cela, il affaiblissait les fractures charnières sans les rompre tout à fait , laissant quelques fibres qui soutenaient le reste. Subitement il s'arrêta, tenant la cognée haate. L'opération était à point. Le morceau entier se détacha.

Cette moitié de la carcasse de Tépave coula entre les deux Douvres , au-dessous de Gilliatt* debout sur Tautre moitié, penché et regardant. Elle plongea perpendicnlairement dans Teau, éclaboussa les rochers, et s'arrêta dans Tétranglement aérant de toucher le fond. Il -en resta assiéz hors de l'eau pour dominer le flot de plus de douze pieds ; le tablier vertical faisait muraille entre les deux Douvres; comme la roche jetée en travers un peu plus haut dans le détroit, il laissait à peine filtrer un glissement d'écume à ses deux extrémités; et ce fut la cinquième barricade improvisée par Gilliatt contre la tempête dans cette rue de la mer.

L'ouragan, aveugle, avait travaillé à cette barricade dernière.

Il était heureux que le resserrement des parois eût empêché ce barrage d'aller jusqu'au fond. Cela lui laissait plus de hauteur; en outre l'eau pouvait passer sous l'obstacle, ce qui soutirait de la force aux lames. Ce qui passe par dessous ne saute point par dessus. C'est là, en partie, le secret du brise-lames flottant.

Désormais, quoi que fit la nuée, rien n'était à craindre pour la panse et la machine. L'eau ne pouvait plus bouger autour d'elles. Entre la clôture des Douvres qui les courait à l'ouest et le nouveau barrage qui

les protégeait <\ l'est, aucun coup de mer ni de vent ne pouvait les atteindre.

Gilliatt de la catastrophe avait tiré le salut. La nuée, en somme, l'avait aidé.

Cette chose faite, il prit d'une flaque de pluie un peu d'eau dans le creux de sa main, but, et dit à la nuée : cruche !

C'est une joie ironique pour l'intelligence combattante de constater la vaste stupiflité des forces furieuses aboutissant à des services rendus , et Gilliatt sentait cet immémorial l>esoin d'insulter son ennemi, qui renoonte aux héros d'Homère.

Gilliatt descendit dans la panse et profita des éclairs pour l'examiner. Il était temps qne le secours arrivât à la pauvre barque, elle avait été fort secouée dans Theore précédente et elle commençait à s'arquer. Gilliatt, dans ce coup d'œil sommaire, ne constata aucune avarie. Pourtant il était certain qu'elle avait enduré des chocs violents. Une fois l'eau calmée, la coque s'était redressée d'elle-même; les ancres s'étaient bien comportées ; quant à la machine, ses quatre chaînes l'avaient admirablement maintenue.

Comme Gilliatt achevait cette revue, une blancheur passa près de lui et s'enfonça dans l'ombre. C'était une mouette.

Pas d'apparition meilleure dans les tourmentes. Quand les oiseaux arrivent, c'est que l'orage se retire.

Autre signe excellent, le tonnerre redoublait.

Les suprêmes violences de la tempête la désorganisent. Tous les marins le savent, la dernière épreuve est rude, mais courte. L'excès de foudre annonce la fin.

La pluie s'arrêta subitement. Puis il n'y eut plus qu'un roulement bonrm dans la nuée. L'orage cessa comme une planche qui tombe k terre. Il se cassa, pour ainsi dire. L'immense machine des nuages se défit. Une lézarde de ciel clair disjoignît les ténèbres. Gilliatt fut stupéfait, il était grand jour.

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