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EXPLICATION DU BRUIT ÉCOUTÉ PAR QILLIATT

La grande venue des vents vers la terre se fait aoz éqoinoxes. A ces époques la balance du tropique et du pôle bascule, et la colossale marée atmosphérique verse son flux sur un hémisphère et son reflux sur l'autre. 11 7 a des constellations qui signifient ces phénomènes, la Balance, le Verseau.

C'est l'heure des tempêtes.

La mer attend, et garde le silence.

Quelquefois le ciel a mauvaise mine. Il est blafard, une grande panne obscure l'ob* strue. Les marins regardent avec anxiété l'air fâché de Tombre.

Mus c'est son air satisffùt qu'ils redoutent le plus. Un ciel riant d'équinoxe, c'est l'orage faisant patte de velours. Par ces ciels-ld, la Tour des Pleureuses d'Amatordam s'emplissait de femmes examinant l'horizon.

Quand la tempête vemale on automnale tarde, c'est qu'elle fait un plus gros amas. Elle thésaurise pour le ravage. Méfiez-vous

LES TRAVAILLEURS DE LA MER

des arrérages. Ango disait : Iji mer est bonne payeuse.

Quand l'attente est trop longue, la mer ne trahit son impatience q»c par plus de calme. Seulemesrt la tenskm magnétique se manifeste par <ïe fa' on pourrait nommer Tinâammàtion de leaa. Des lueurs sortent de la vague. Air électrique, eiai pfaospho* rique. Les matelots se sentent harassés. Cette minute est particulièreiiient péril-^ leuse pour les irotHclads; leur ooqae de fer peut produire de fau^s^s indications dn compas, et les perdre. Le steamer tran^ atlantique VY&irû a péri ainsi.

Pour ceu^ qui sont en familiarité avec la mer, son aspect, dans ces iastairts-là, est étrange; on dirait qu^eile destine et ^^rainft le cyclone. De certains hyménées^d'affîeors fort voulus par la natwe, «ont aconeiJlè de cette façon. La lionne en rat foit devant le lion. La mer, ^le anssi, ost en cfaalear. De là son trembleiMVt.

L'immense mara^ei^ase fiûre.

Ce^ mariage y oonme les noces des an-* cien$ empereurs, se oélèbre par des enterminations. C'est nne fête avec assaisonne^ ment de désastres.

Cependant, de là«4»as, du large, des latitudes inexpugnables, du livide horizon des solitudes, du fond de la liberté sans bornes, les vents arrivent.

Faites attention, voilà le fait équinoxial.

Une tempête, cela se complote. La vieille mythologie entrevoyait ces personnalités indistinctes mêlées à la grande nature diffuse. Eole se concerte avec Borée. L'en* tente de l'élément avec l'élément est nécessaire. Ils se distribuent la tâche. On a des impulsions à donner à la vague, au nuage, 4 l'effluve; la nuit est un auxiliaire; il «mporte de l'employer. On a des boussoles à dérouter, des fanaux à éteindre, des phares à masqner, des étoiles à cacher. Il faut <iae la mer coopère. Tout orage est précédé d'un murmure. Il y a derrière

I l'horizon chuchotement préalable des ouragans.

C'est là ce iqne, dans Fobscurité, au loin, par-dessns le silence effrayé de la mer, on entend.

Ce clMK>hote«ie&t redoutable, Giiliatt l'avait entendo. La phosphorescence avait été le preinier avertisseaient ; ce murmure, leseccMuL

Si ie démon Légion eSListe, c'est lui, à conp sûr, qoù est le Vent.

Le vent est multiple^ aais l'air est un.

De là cette conséqfnenee : tout orage est mxte. L'unité de Tair 1 exige.

l^Mit Tabime est iropli^ué dans une tem- Ipète. L^océan entier est dans une bourntsqne. La Maliié 4e ses forces y entre en ligne et y p^end fmtt. l]be vague, c'est le jjonSre dWlias; «n sesdlle, c'est le gouffre d'enlanit.AvoirafiHreJime tourmente, c'est avoira&àre4 tente la aner et à tout le ciel.

liessMT, lliennQDe de la marine, Pastronome pensif de la iogette de Cluny, disait : Le f^enideféttrtomt est partout. Il ne croyait point aux vents emprisonnés , même dans les mers doses. Il n'y avait point pour lui de vents raéditerranéens. Il disait les reconMltre «a ^laesige. H affirmait que tel jour, à telle heure, le FOhn du lac de Constance, l'antique Favonius de Lucrèce, avait traversé l'horizon de Paris; tel autre jour le Bora de l'Adriatique; tel autre jour le Notus giratoire qu'on prétend enfermé dans le rond des Cycladcs. Il en spécifiait les effluves. Il ne pensait pas que l'autan qui tourne entre Malte et Tunis et que l'autan qui tourne entre la Corse et les Baléares fussent dans l'impossibilité de s'échapper. Il n'admettait point qu'il y e4t des vents ours dans des cages. Il disait •: « Toutt^ pluie vient du tropique et tout éclair siit»\ du pôle, r* Le vent en efiet se sature d'électricité à l'intersection des colures, qui marque les extrémités de l'axe, et d'eau a l'é*quateur; et il nous apporte de la Ligne le liquidp. et dles Pôles le fluide.

vi:rba, tukma

Ubiquité, c'est le vent.

Ceci ne veut pas dire, certes, que les zones venteuses n'existent pas. Rien n'iest plus démontré que ces afflations à courants continus, et un jour la navigation aérienne, servie par les air-navires que nous nommons, par manie du grec, aéroscaphes, en utilisera les lignes principales. La canalisation de Tair par le vent est incontestable ; il y a des fleuves de vent, des rivières de vent et des ruisseaux de vent ; seulement les embranchements de l'air se font à l'inverse des embranchements de l'eau; ce sont les ruisseaux qui sortent des rivières et les rivières qui sortent des fleuves, au lieu d'y tomber : de là, au lieu de la concentration, la dispersion.

C'est cette dispersion qui fait la solidarité des vents et l'unité de Tatmosphère, rrne molécule déplacée déplace l'autre. Tout h vent remue ensemble. A ces profondes causes d'amalgame ajoutez le relief du globe, trouant l'atmosphère par toutes ses monragnes, faisant des nœuds et des torsions <ians les courses du vent, et déterminant 'lans tous les sens des contre-courants. Irradiation illimitée.

Le phénomène du vent, c'est l'oscillation de deux océans l'un sur l'autre; l'océan d'air, superposé à l'océan d'eau, s'appuie sur cette fuite et chancelle sur ce tremblement.

L'indivisible ne se met pas dans des compartiments. B n*7 a pas de cloison entre un flot et Tautre. Les îles de la Manche sentent la poussée du cap de Bonne-Espérance. La navigation universelle tient tête à uo monstre unique. Toute la mer est la même hydre. Les vagues couvrent la mer d'une sorte de peau de poisson. Océan, c'est Cteto.

Sur cette unité s'abat l'innombrable.

TCIWA, TUBMA

Pour le compas, ily atrente^^deux vents, c'est-à-dire trente-deux direetions; mais ces directions peuvent se diviser indéflniraent. Le vent, classé par directions, c'est rincalculable ; classé par espèces, c'est l'infini.

Homère reculerait devant ce dénoiiibre«ment.

Le courant polaire heurte le covrani tropical. Voilà le froid et le chaud combinés, l'équilibre commence par le choc, Ytmée des vents en sort, enflée, éparse, et déchiquetée dans tous les sens en ruissellements farouches. La dispersion des souffles sec«^ie aux quatre coins de l'horiaon le prodigieux échevèlement de Tair.

Tous les rumbs sont là : le vent du Gulf- Stream qui dégorge tant de brume sur Terre-Neuve, le vent du Pérou, région à ciel muet où jamais l'homme n'a entendu tonner, le vent de la NouvelIe-Écosse, oè vole le Grand-Auk, Alca impenms, au bec rayé, les tourbillons de Fer des mers de Chine, le vent de Mozambique qw mahnàne les pangaies et les jonques, le vent électrique du Japon dénoncé par le gong», le vent d'Afrique qui habite entre la men-»» tagne de la Table et la montagne du Diable et qui se déchaîne de là, le vent de l'équateur qui passe par-dessus les vents alizés et qui trace une parabole dont le sommet est toujours à l'ouest, le vent plutonien qui sort des cratères et qui est le redoutable souffle de la flamme, l'étrange vent propre au volcan Awa qui fait toujours surgir un nuage olivâtre du nord, la mousson de Java contre laquelle sont construites ces casemates qu'on nomme maisons éToura"

gan^ la bise à embranchements qae les anglais appellent bush, buisson, les grains arqaés du détroit de Malacca observés par Horsborgh, le puissant vent du sud-ouest, nommé Pampero au Chili et Rebojo àBuenos-Ayres, qui emporte le condor en pleine mer et le sauve de la fosse où Tattend, sous une peau de bœuf fraîchement écorché, le sauvage couché sur le dos et tendant son grand arc avec ses pieds, le vent chimique qui, selon Lemery, fait dans la nuée des pierres de tonnerre, TharmattandesCafres, le chasse-neige polaire qui s'attelle aux banquises et qui traîne les glaces éternelles, le vent du golfe de Bengale qui va jusqu'à Nijni-Novogorod saccager le triangle de baraques de bois où se tient la foire d'Asie, le vent des Cordillères agitateur des grandes vagues et des grandes forêts, le vent des archipels d'Australie où les chasseurs de miel dénichent les ruches sauvages cachées sous les aisselles des branches de l'eucalyptus géant, le sirocco, le mistral, le hurricane,** les vents de sécheresse , les vents d'inondation, les diluviens, les torrides , ceux qui jettent dans les rues de Gènes la poussière des plaines du Brésil, ceux qui obéissent à la rotation diurne, ceux qui la contrarient et qui font dire à Herrera : MaJo viento toma contra el soit ceux qui vont par couples, d'accord pour bouleverser, l'un défaisant ce que fait l'antre, et les vieux vents qui ont assailli Christophe Colomb sur la côte de Veragua, et ceux qui pendant quarante jours, du 21 octobre au 28 novembre 1520, ont mis en question Magellan abordant le Pacifique, et ceux qui ont démâté l'Armada et soufflé sur Philippe II. D'autres encore, et comment trouver la fin ? Les vents porteurs de crapauds et de sauterelles qui poussent des nuées de bêtes par-dessus l'océan, ceux qui opèrent ce qu'on appelle « la saute dé vent » et qui ont pour fonction d'achever les naufragés, ceux qui, d'un seul coup d'haleine, déplacent la cargaison dans le navire et le con-

traignent à continuer sa route penché, les vents qui construisent les circum-cumuli, les vents qui construisent les circum-strati, les lourds vents aveugles tuméfiés de pluie, les vents de la grêle, les vents de la fièvre, ceux dont l'approche met en ébuUition les salses et les solfatares de Calabre, ceux qui font étinceler le poil des panthères d'Afrique rddant dans les broussailles du cap de Fer, ceux qui viennent secouant hors de leur nuage, comme une langue de trigonocéphale, l'épouvantable éclair à fourche, ceux qui apportent des neiges noires. Telle est l'armée.

L'écueil Douvres, au moment où Gilliatt construisait son brise-lames, en entendait le galop lointain.

Nous venons de le dire, le Vent, c'est tous les vents.

Toute cette horde arrivait.

D'un côté, cette légion.

De l'autre, Gilliatt.

là

GlIXIATT A L OPnON

Les mystérieuses forces avaient bien choisi le moment.

Le hasard, s'il existe, est habile.

Tant que la panse avait été remisée dans la crique de l'Homme, tant que la machine avait été emboîtée dans l'épave, Gilliatt était inexpugnable. La panse était en sûreté, la machine était à l'abri ; les Douvres, qui tenaient la machine, la condamnaient à une destruction lente , mais la protégeaient contre une surprise. Dans tous les cas, il restait à Gilliatt une ressource. La machine détruite ne détruisait pas Gilliatt. Il avait la panse pour se sauver.

Mais attendre que la panse fût retirée du

LE COMBAT

mouillage où elle était inaccessible, la laisser 8*engager dans le défilé des Douvres, patienter jusqu'à ce qu elle fût prise, elle aussi, par Técoeil, permettre à Gilliatt d'opérer le sauvetage, le glissement et le transbordement de la machine, ne point entraver ce merveilleux travail qui mettait tout dans la panse, consentir à cette réussite, là était le piège. Là se laissait entrevoir, sorte de linéament sinistre, la sombre rose de l'abîme.

A cette heure, la machine, la panse, Gilliatt, étaient réunis dans la ruelle de rochers. Ils ne faisaient qu'un. La panse broyée à l'écueil, la machine coulée à fond, Gilliatt noyé, c'était l'affaire d'un effort unique sur un seul point. Tout pouvait être fini à la fois, en même temps, et sans'dis- ^persion; tout pouvait être écrasé d'un coup.

Pas de situation plus critique que celle de Gilliatt.

Le sphinx possible, soupçonné par les rêveurs au fond de l'ombre, semblait lui poser un dilemme.

Reste, ou pars.

Partir étaitinsensé» rester était effrayant.

U COMBAT

Gilliatt monta sur la grande Douvre.

De là il voyait toute la mer.

L'ouest était surprenant. Il en sortait une muraille. Une grande muraille de nuée , barrant départ en part l'étendue, montait lentement de l'horizon vers le zénith. Cette muraille» rectiligne, verticale, sans une crevasse dans sa hauteur, sans une déchirure à son arête, paraissait bâtie à l'équerre

et tirée au cordeau. C'était du nuage ressemblant à du granit. L'escarpement de ce nuage, tout à fait perpendiculaire à l'extrémité sud, fléchissait un peu vers le nord comme une tôle ployée, et offrait le vague glissement d'un plan incliné. Ce mur de brume s'élargissait et croissait sans que son entablement cessât un instant d'être parallèle à la ligne d'horizon, presque indistincte dans l'obscurité tombante. Cette muraille de l'air montait tout d'une pièce en silence. Pas une ondulation, pas un plissement, pas une saillie qui se déformât ou se déplaçât. Cette immobilité en mouvement était lugubre. Le soleil, blême derrière on ne sait quelle transparence malsaine, éclairait ce linéament d'apocalypse. La nuée envahissait déjà près de la moitié de l'espace. On eût dit l'effrayant talus de l'abtme. C'était, quelque chose comme le lever d'une montagne d*ombre entre la terre et le ciel.

C'était en plein jour l'ascension de la nuit.

Il y avait dans l'air une chaleur de poêle. Une buée d'étuve se dégageait de cet amoncellement mystérieux. Le ciel, qui de bleu était devenu blanc, était de blanc devenu gris. On eût dit une grande ardoise. La mer, dessous, terne et plombée, était une autre ardoise énorme. Pas un souffle, pas un flot, pas un bruit. A perte de vue, la mer déserte. Aucune voile d'aucun cdté. Les

oiseaux s'étaient cachés. On sentait de la rahison dans l'infini.

Le grossissement de toute cette ombre s'amplifiait insensiblement.

La montagne mouvante de vapeurs qui se dirigeait vers les Douvres était un de ces nuages qu'on pourrait appeler les nuages de combat. Nuages louches. A travers ces entassements obscurs, on ne sait quel strabisme vous regarde.

Cette approche était terrible.

Gilliatt examina fixement la nuée et grommela entre ses dents : J'ai soif, tu vas me donner à boire.

LES TRAVAILLEURS DE LA MER

II â«!»eura quelques moments immobile, Toeil attache sur le nuage« On eût dit qa il toisait la tempête.

Sa galénenne était dans la poche de sa ▼arease, il l'en tira et s'en eoiflFa. Il prit, dans le trou où il avait si longtemps couché, sa réserve de bardes ; il chaussa les jam>< bières et endossa le saroit, comme un ehe* valier qui reTÔt son armure au moment de ractioQ. On sait qu'il n'avait plus de souliers, mais ses pieds nus étaient endurcis aux rochers.

Cette toilette de guerre faite ;, il considéra son brise-lames, empoigna ri vemen t la corde à Bceifeds, descendit du plateau de la Douvre, prit pied sur les. roches d'en bas, et courut à son magasin. Quelques instants après, il était au travail Le vaste nuage muet pat ^entendre sas coups de marteau. Que faisait Gilliatt? Avec ce qui lui restait de clous, de cordes et de poutres, il construisait au goulet de l'est une seconde claire-voie à dix ou douze pieds en arrière de la premlère.

Le silence était toujours profosid. Les brins d'herbe dans les fentes de l'écueil ne bougeaient pas.

Brusquement le soleil disparut. Gilliatt leva la tète.

La nuée montante venait d'atteindre le soleil. Ce fut comme une extinction du jour, remplacé par une réverbération mêlée et pâle»

La muraille de nuée avait changé d'aspecL Elle n'avait plus son unité Elle s'était froncée horizontalement en touchant au zénith d'où elle surplombait sur le reste du del. Elle avait nsainienant des étages. La formation de la tempête s'y dessinait commo dans usie section de tranchée. On distinguait les ccmches de la pluie et les gisements de la grêle. Il n'y avait point d'éclair, mais une horrible lueur éparse; car l'idée d'horreur peut s'attacher à l'idée de lumière. Os entendait la vag^e respiration de l'orage. Ce silence palpitait obscurément.

Gilliatt^ sileaacieux lui aussi, régalait grouper au-dessos de sa tète iotis ces blees de brume et se composer la difformité ées nuages. Sur l'horizon pesait et s'étendait une bande de brouiUard couleur cendre, et au zénith une bande couleur plomb; des guenilles Uvides pendaient des nuages d'ea haut sur les brouillards d'en bas. Tout le fond, qui était le mur de nuages, était blafard, laiteux, terreux, morne, îndceerîptrble. Une mince nuée blanchâtre transversale, arrivée on ne sait d'oit» coupait obliquement, du nord au sud, la l^ute muraille sûmbre. Une des extrémités de cette nuée traliiait dans la mer. Âa pot&t où elle to»* chait la confusiou des vagues, on aperceTalft dans l'obscurité un étouffement de vapeur rouge. Au-dessous de la longue nuée pàle« de petit» nuages, très-bas, tout noirs, to- ^ laient en sens inverse les uns des autres comme s'ils ne savaient quA devenir. Le puissant nuage du fond croissait de toutes I parts à la fois, augmentait Véclipse, et continuait sen interposition lugubre. Un y avait plus, à l'est, derrière Gilliatt, qu'un porche de ciel clair qui allait se fermer. Sans qu*bn eût l'impression d'aucun vent, une étranige diffusion de duvet grisâtre passa, éparpillée et émiettée, comme si quelque gigantesque oiseau venait d'être plumé derrière ce mur de ténèbres. Il s'était formé un plafond de noirceur compacte qui, à l'extrême horizon, touchait la mer et s'y mêlait dans de la nuit. On sentait quelque chose qui avance. C'était vaste et lourd, et farouche. L'obscurité s'épaississait. Tout à coup, un immense tonnerre éclata.

Gilliatt lui-mènte ressentit la secousse. Il y a du songe dans le tonnerre. Cette réalité brutale dans la région visiemiaire a quelque chose de terrifiant. On croit entendre la chute d un meuble dans la dia»bre des géants.

Aucun flamboiement électrique n'^oeoBK pagna le coup. Ce fut comme un fomierr» noir. Le silence se refit. Il y eut une sorte

d'intervalle comme lorsqu'on prend position. ?uis, apfawMWit, ïmk fw routa» •t lentement, de snmis édùrs iafenneft. Ces éclairs étaient «ittets. Pte de ffliMwIlLiMint. Â chaque écHtt* tout slThgnwraSt, Le omt de nuages était anùteDMiit «i «atre. D j avait des voûtn et dos arches. On y distinguait des silhMKttes. Des têtes monstruenses s'ébauchaint; des coas semblaient se tendre ; des éUfkants portant lears tours, entrevus, s'évmaoïannent. Oae coitmm^ de brume, droite» iXMide et nmre, surmontée d*une vapeur Uuiche, simulait la cheminée ; d*un steamer œlossal englouti, ckMÉbnt sous la vague et CBonant. Des laifgms de nuée ondulaient. On cr^jalt voir des plis de drapeaux. Au centre^ sottsdes <f«ssc«rs ^vermeilles , s'enfonçait, kundale, un mjml de brouillard dense, ioerte» impénétrable aux étincelles électriques» seite de Cntas hideux dans le Tentre de la tempête,

Gilliatt subitement sentit qu'cui s^oflk Téchevelait. Tiviss mi <|natFe laques nimgnées de pluîe s^éonoènat mulMr de lui sur la roche. Pnis il y et&wmmtmmà. coqp de foudre. Le Teiit se leva,

L*attente de Tonlire éôût Mtcoadde; fe premier coup de tmiinciTg aiMt rearaé la mer, le deuxicime fêla la muraïTle de nuée du haut en bas, un trou se fit, toute rondée en suspens versa de ce côté, la crevasse devint comme une bouche ouverte pleine de pluie, et le vomissement de la tempête commença.

L'instant fut effroyable. *

Averse, ouragan, fulgurations, fulminations, vagues jusqu'aux nuages, écume, détonations, torsions frénétiques, cris, rauquements, sifflements, tout à la fois. Déchaînement de monstres.

Le vent soufflait en foudre. La pluie ne tomhait pas, elle croulait.

Pour un pauvre homme, engagé, comme Gilliatt, avec une barque chargée, dans un entre*deux de rochers en pleine mer, pas de crise plus menaçante. Le danger de la

marée, dont Gilliatt avait triomphé, n*était wiem fiés du da^pir de la tempête. Voici qtiette était la situation :

Gflliatt, antour de fui tout était précipice, démasqiaait, à 1& dernière minute et devant k pètfl ssprènie, une stratégie sa- TSAte. U -avait pm son point d'appui chez rewKSBÎ flÉène; il s^était associé Técueil; le rschecPswivres, aotrefois son adversaire, ^^ait maintenant son second dans cet im- ■CTiaB àmA, Gilliatt Tavait mis sous lui. De ce sifolcre, GtSiatt amt fait sa forteresse. D s^étùt créadié dsfts cette masure formi- <^ble de la HMer. U Tétait bloqué, mais muré. H était, pMU* ainsi Aint^ adossé à TécueiL faceàfaœavec loarasu. Il avait barricadé le déti^it, cette rue des vagues. C'était du resbe ka sedb cSiose à (aire. U semble que; IXMbi^ ipd est un despote, puisse être, hn anssi, nus & fatraisoa par des barricades. La fSHse fm% lil dtm considérée comme* «I sintd de (brois côtes. Etroitement resserrée entre les deux façades intérieures de recueil, affourchée en patte d'oie, elle était abritée au nord fiar la petite Douvre, au sud par la grande, escarpements sauvagesy pins laatitsésàffsip» des naufrages qu'à CA tmfèdbBT. A Toaest elle était protégée par le tablier de poutres amarré et cloué aux rochers, barrage éprouvé qui avait vaincu le rude flux de la haute mer, véritable porte de citadelle ayant pour chambranles les colonnes mêmes de Técueîl, les deux Douvres. Rien à craindre de ce côté-là. C'est à l'est qu'était le danger.

A l'est il n'y avait que le brise-lames. Un brise-lames est un appareil de pulvérisation. Il lui faut au moins deux claires-voies. Gilliatt n'avait eu le temps que d'en construire une. Il bâtissait la seconde sous la tempête même.

Heureusement le vent arrivait du nordouest. Ija mer fiât des maladresses. Ce vent, qui est l'ancien vent de galerne, avait peu d'effet sur les roches Douvres. Il assaillait recueil en travers, et ne poussait le flot ni

LES TRAVAILLEURS DE LA MER

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c'ut-L^Te oiiUe popolaca d* Titi

sur l'un, ni sur l'autre des deux goulets du déflté, de sorte qu'au liea d'entrer dans une rue, il se heurtait à une muraille. L'orage avait mal attaqué.

Mais les attaques du vent sont courbes, et il fallait s'attendre à quelque virement subit. Si ce virement se faisait à l'est avant que la deuxième claire-vuie du brise-lames fut construite, le péril serait grand. L'envahissement de la nielle de rochers par la temp6te s'accomplirait, et tout était perdu.

L'étourdissement de l'orage allait croissant. Tonte la tempête est coup sur coup. C'est là sa puissance ; c'est aussi là son défaat. A force d'&tre une rage, elle donne

prise à l'intelligence, et l'homme se défend; mais sous quel écrasement! Rien n esc plus monstrueux. Nul répit, pas d'interruption, pas de trêve, pas de reprise d'haleine. Il y a on ne sait quelle lâcheté dans cette prodigalité de l'inépuisable. On sent que c'est le poumon de l'infini qui souffle.

Toute l'immensité en tumulte se ro^t sur l'écueii Douvres. On entendait des voix sans nombre. Qui donc crie ainsil L'antique épouvante panique était là. Par moments, cela avait l'air de parler, cominesi quelqu'un faisait un commandement Pois des clameurs, des clairons, des trépidstiona étranges, et ce grand hurlement majestueux i

LE COMBAT 301

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