DANS LINTERVALLE QUI SÉPARE SIX POUCES DE DEUX PIEDS, ETC
liatt. Une pesée' de la pointe de la lame fit sauter le couvercle d« la boite*
La boite ^'ouwit.
Il n y avait dedans que du papier.
Une petite liasse de feolUes tràs-minoee» pliées en quatre» tapissait le fomd de la boite. Elles étaient humides» mais point altérées. La boîte, hermétiquement fermée» les avait préservées. GiUialt les déplia.
C'étaient trois bank-notes de mille livres sterling chacune» fiûsant ensemble soixante* quinze mille francs.
Gilliatt les replia, les remit danslab<dte« profita d*un pea de place qui y restait pour y ajouter les vingt gninées» et referma la boite le mieux qn^il pat.
Il se mita examiner la ceinture.
Le cuir,, autrefois verni à )*extériear» était brut à rintérieur. Sur ce fond fauve 4uelques lettres étaient tracées en noir ft Tencre grasse. QilUatt déchiâra ces lettres et lut : i>Heur GhM»^
DANS LINTERVALLE QUI SÉPARE BIX POUCES DE DEUX PIEDS IL Y A DE QUOI LOGER LA MORT.
GiUiatt remit la boite dans la ceinture, et mit la eeinture dans la poche de son pantalon*
Il laissa le squelette aux crabes, avec la pieuvre morte à côté.
Pendant que Gilliatt était avec la pieuvre et avec le squelette, le flux remontant avait nojé le boyau d'entrée. Gilliatt ne put sortir qu'en plongeant sous Tarche. Il s*en tira sans peine; il connaissait Tissue, et il était maître dans ces gymnastiques de la mer»
On entrevoit le drame qui s'était passé là dix semaines auparavant. Un monstre avait
saisi l'autre. La pieuvre avait pris Clubin.
Cela avait été. dans Tembre inexorable, presque ce qu*on pourrait nommer la rencontre des hypocrisies. Il y avait eu, au fond de rablme, abordage entre ces deux existences faites d*attente et de ténèbres, et l'une^ qui était la bète, avait exécuté l'autre, qui était Tàme. Sinistres justices.
Le crabe se nourrit de charogne, la pieuvre se nourrit de crabes. La pieuvre arrête au passage un animal nageant, une loutre, un chien, un homme si elle peut, boit le sang, et laisse au fond de l'eau le corps mort. Les crabes sont les scarabées nécrophores de la mer. La chair pourrissante les attire; ils Tiennent; ils mangent le cadavre, la pieuvre les mange. Les choses mortes disparaissent dans le crabe, le crabe disparait dans la pieuvre. Nous avons déjà indiqué cette loi.
Clubin avait été TappU de la pieuvre.
La pieuTre l'avait retenu et noj'é; les crabes l'avaient dévoré. Un flot quelconque favait poussé dans la cave, au fond de Tanfractuosité où Gilliatt l'avait trouvé.
Gilliatt s*en revint, furetant dans les rochers, cherchant des oersins et des patelles, ne voulant plus de crabes. Il lui eût semblé manger de la chair humaine.
Du reste, il ne songeait plus qu'à souper le mieux possible avant de partir. Rien désormais ne l'arrêtait. Les grandes tempêtes sont toujours suivies d'un calme qui dure plusieurs jours quelquefois. Nul danger maintenant du côté de la mer. Gilliatt était résolu à partir le lendemain. 11 importait de garder pendant la nuit, à cause de la marée, le barrage ajusté entre les Douvres ; mais Gilliatt comptait défaire au point du jour ce barrage, pousser la panse hors des Douvres, et mettre à la voile pour Sainte Sampson. La brise de calme qui soufflait» et qui était sud-est, était précisément le vent qu'il lui fallait.
On entrait dans le premier quartier de la lune de mai ; les jours étaient longs.
LES TRAVAILLEURS DE LA MER
Cn «qaelelte humiia éUit o
Quand Gilliatt, sa tournée de rôdeur de rochers terminée et son estomac à peu près satisfait, revint à l'entre-deui das Douvres où était la pause, le soleil était couché, le crépuscule se doublait de ce demi-clair de lune qu'on pourrait appeler clair de croissant; le flux avait atteint ^soii plein, et commençait à redescendre. La cheminée de la machine debout au-dessus de la panse avait été couverte par les écumes de la tempête d'une couche de sel que la lune blanchissait.
Ceci rappela à Gilliatt que la tourmente avait jeté dans la panse beaucoup d'eau de phiie et d'eau de mer, et que, s'il voulait
parttrleiendemain.il fallait vider la barqae.
n avait constaté , en quittant la paiM pour aller à la chasse aux crabes, qu'il y avait environ six ponces d'eaa dans la cal«. Sa pelle d'épuisement suffirait pour jeter cette eau dehors.
Arrivé à la barque, Gilliatt eut un mouvement de terreur. Il y avait dans la panse près de deux pieds d'eau.
Incident redoatable, la panse fûsaît eau.
Elle s'était peu à peu emplie pendant l'absence de Gilliatt. Chargée comme elle l'était, vingt ponces dTeau étaient un surcroît périlleux. Un peu plus, elle cooliit* Si Gilliatt fût revenu une heure plus tard.