‹ Romans nationauxChapitre 241 sur 247 · LE HAVELET TOUT PROCHE DE L'EGLISE · texte numérisé non relu

LE HAVELET TOUT PROCHE DE L'EGLISE

Vou etM épout. (P*g« 3M.)

coDsidérable que le havre de Saint-Sampson. C'étaient deux grosses morailles cyclopéennes coarbes partant da rivage à tribord et à bâbord et se rejoignant presque à leur extrémité, ou il y avait an petit phare blanc. Sons ce phare on étroit goulet, ayant encore le double anneau de la chaîne qui le fermait au moyen âge, donnait passage aux navires. Qu'on se figure une pince de homard entr' ouverte, c'était lehavre de Saint- Pierre-Port. Cette tenaille prenait sur l'abîme un peu de mer qu'elle forçait à se tenir tranquille. Mais, par le vent d'est, il y avait du flot à l'entre-bàillement, le port clapotait, et il était plus sage de ne point

entrer. C'est ce qu'avait fait ce jonr-Ut le Casàmere. Il avait mouillé en rade.

Les navires, quand il y avait du vent d'est, prenaient volontiers ce parti qui, en outre, leur économisait les frais de port. Dans ce cas, les bateliers commissionnés de la ville , brave tribu de marins que le nouveau port a destituée, venaient prendre dans leurs barques, soit à Tembarcadére, soit aux stations de la plage, les voyageurs, et tes transportaient, eux et leurs bagages, souvent par de très-grosses mers et toujours sans accident, aux navires en partance. Le vent d'est est un vent de cdté, très-bon pour la traversée d'Angle-

LES TRAVAILLEURS DE LA MER

terre; on roule, mais on ne tangue pas.

Qaand le bâtiment en partance était dans le port, tout le monde s'embarqoait dans le port; quand il était en rade, ou avait le choix de s'embarquer sur un dea points de la côte voisins, du mouills^e* On trouvait dans toutes les oriques des bateliers « à volonté ».

Le Ha vêle t était une de ces criques. Ce petit havre, havelet, était tout près de la ville, mais si solitaire qo*il en semblait très** loin. Il devait cette solitude à rencaisse* ment des hautes falaises du fort George qui dominent cette anse discrète. On arrivait au Havelet par plusieurs sentiers. Le plus direct longeait le bord de Teau; 11 avait l'avantage de mener à la ville et à Téglise en cinq minutes» et rinconvénient d*ôtre couvert par la lame deux fois par jour. Les autres sentiers, plus ou moins abrupts, s'enfonçaient dans les anfractuo^ sites des escarpements. Le Havelet, même en plein jour, était dans une 'pénombre. Des blocs en porte-à-faux pendaient de toutes parts Un hérissement de roncea et de broussailles s'épaississait et faisait une sorte de douce nuit sur oe désordre de roches et àe vagues ; rien de plus paisible que cette crique en temps calme , rien de plus tumultueux dans les grosses eaux. Il y avait là des pointes de branches perpétuellement mouillées par Técume. Au printemps c'était plein de fleurs, de nids, de parfuma, d'oiseaux, de papillons et d'abeilles. Grâce aux travaux récents» ces sauvageries n'existent plus aujourd'hui; de belles lignes droites les ont remplacées; il ' y a des maçonneries, des quais et des jardinets; le terrassement a sévi^ le goût a fait justice des bizarreries de la montagne et de l'incorrection des rochers.

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