FRE1ND
Molina et Grillandus diront tout ce qu’ils voudront, j’aime mieux croire saint Paul lui-même ; car il dit , dans sa première aux Corinthiens 1 : « N’avons-nous pas le droit de boire et de manger “ à vos dépens? n’avons-nous pas le droit de mener avec nous « nos femmes , notre sœur, comme font les autres apôtres , et les « frères de Notre-Seigneur, et Céphas? Va-t-on jamais à la guerre « à ses dépens? Quand on a planté une vigne , n’en raange-t-on « pas le fruit ? » etc.
LE BACHELIER
Mais , monsieur, est-il bien vrai que saint Paul ait dit cela ?
FREIND.
Oui, il a dit cela, et il en a dit bien d’autres.
LE BACHELIER
Mais quoi! ce prodige î cet exemple de la grâce efficace !...
FREIND.
II est vrai, monsieur, que sa conversion était un grand prodige. J’avoue que, suivant les Actes des apôtres , il avait été le plus cruel satellitedes ennemis de Jésus. Les Actes disent qu’il servit à lapider saint Étienne; il dit lui-même que, quand les Juifs faisaient mourir un suivant de Jésus, c’était lui qui portait la sentence, detuli sen tentiam 2. J avoue qu Abdias, son disciple, et Jules Africain, son traducteur, l’accusent aussi d’avoir fait mourir Jacques Oblia , frère de Notre-Seigneur ; mais ces fureurs rendent sa conversion plus admirable, et ne l’ont pas empêché de trouver une femme. Il était marié , vous dis-je, comme saint Clément d’Alexandrie le déclare expressément.
* Chapitre IX.
2 Actes, chap. XXVI.
3 Histoire apostolique d’ Abdias, traduction de Jules Africain, liv. VI , pages 595 et suiv»
HISTOIRE
LE BACHELIER
Mais c était donc un digne homme , un brave homme que saint Paul ! Je suis fâchéqu’il aitassassiné saint Jacques et saint Étienne, et fort surpris qu’il ait voyagé au troisième ciel : mais poursuivez, je vous prie.