‹ Romans (volume 2)Chapitre 121 sur 167 · FREI1ND · texte numérisé non relu

FREI1ND

Saint Pierre, au rapport de saint Clément d’Alexandrie, eut des enfants, et même on compte parmi eux une sainte Pétronille. Eusebe, dans son Histoire de l’Église , dit que saint Nicolas , l’un des premiers disciples, avait une très-belle femme, et que les apôtres lui reprochèrent d’en être trop occupé , et d’en paraître jaloux.... Messieurs, leur dit-il , la prenne qui voudra , je vous la cède '.

Dans 1 économie juive, qui devait durer éternellement , et à laquelle cependant a succédé l’économie chrétienne, le mariage était * non-seulement permis , mais expressément ordonné aux prêtres , puisqu’ils devaient être de la même race ; et le célibat était une espèce d’infamie .

Il faut bien que le célibat ne fût pas regardé comme un état bien pur et bien honorable par les premiers chrétiens , puisque , parmi les hérétiques anathématisés dans les premiers conciles’, on trouve principalement ceux qui s’élevaient contre le mariage des prêtres , comme saturniens , basiîidiens , montanistes , encralistes , et autres en istes et en ites . Voilà pourquoi la femme d’un ' saint Grégoire de Nazianze accoucha d’un autre saint Grégoire de Nazianze , et qu elle eut le bonheur inestimable d’être femme et \ mère d’un canonisé ; ce qui n’est pas même arrivé à sainte Moni- ; que, mère de saint Augustin.

Voilà pourquoi je pourrais vous nommer autant et plus d’anciens évêques mariés que vous n’avez autrefois eu d’évéques et de papes concubinaires , adultères , ou pêdérasjes ; ce qu’on ne trouve plus aujourd’hui en aucun pays : voilà pourquoi l’Église ' grecque , mère de 1 Église latine , veut encore que les curés soient : mariés ; voilà enfin pourquoi , moi qui vous parle , je suis marié, ; et j’ai le plus bel enfant du monde.

Et dites-moi, mon cher bachelier, n’avez- vous pas dans votre i Eglise sept sacrements de compte fait, qui sont tous des signes visibles d’une chose invisible ? or un bachelier de Salamanque 1 Eusèbe , liv. III, chap. XXX,

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jouit des agréments du baptême , dès qu’il est né ; de la confirmation , dès qu’il a des culottes ; de la confession , dès qu’il a fait quelques fredaines; de la communion, quoiqu’un peu différente de la nôtre , dès qu’il a treize ou quatorze ans ; de l’ordre , quand il est tondu sur le haut de la tète, et qu’on lui donne un bénéfice de vingt, ou trente , ou quarante mille piastres de rente ; enfin del extrême-onction , quand il est malade. Faut-il le priver du saciement de mariage quand il se porte bien, surtout après que Dieu lui-même a marié Ad^m et Ève ; Adam , le premier des bacheliers du monde, puisqu’il avait la science infuse, selon votre école ; Ève, la première bachelière , puisqu’elle tâta de l’arbre de la science avant son mari ?

LE BACHELIER

Mais , s’il est ainsi, je ne dirai plus mais. Voilà qui est fait , je suis de votre religion; je me fais anglican: je veux me marier à une femme honnête, qui fera toujours semblant de m’aimer tant que je serai jeune , qui aura soin de moi dans ma vieillesse, et que j enterrerai proprement si je lui survis : cela vaut mieux que de cuire des hommes et de déshonorer des filles, comme a fait mon cousin don Caraçucarador, inquisiteur pour la foi.

Tel est le précis fidèle de la conversation qu’eurent ensemble le docteur Freind et le bachelier don Papalamiendo , nommé depuis par nous Papa Dexando. Gel entretien curieux fut rédigé par Jacob Hulf , l’un des secrétaires de milord.

Après cet entretien , le bachelier me tira à part, et me dit : Il faut que cet Anglais, que j’avais cru d’abord anthropophage, soit un bien bon homme , car il est théologien , et il ne m’a point dit d’injures. Je lui appris que M. Freind était tolérant , et qu’il descendait de la fille de Guillaume Penn , le premier des tolérants , et le fondateur de Philadelphie. Tolérant et Philadelphie ! s’écria-t-il; je n’avais jamais entendu parler de ces sectes-là. Je le mis au fait; îî ne pouvait me croire; il pensait être dans un autre univers, et il avait raison.

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