‹ Romans (volume 2)Chapitre 13 sur 167 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

L’esclavage.

Comme il entrait dans la bourgade égyptienne, il se vit entouré nar le peuple. Chacun criait : Voilà celui qui a enlevé la belle

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marchand arabe, nommé Sétoc, y mit l’enchère ; mais le valet p us propre a la fatigue, fut vendu bien plus chèrement que lé

;aÏefir;efaiSaU,PaS de,Cûmparaison entre ces deux hommes.

8 ff donc escIave subordonné à son valet : on les attacha ensemble avec une chaîne qu’on leur passa aux pieds; et en cet ctat ils suivirent le marchand arabe dans sa maison. Zadig en chemin consolait son domestique, et l’exhortait à la patience- mais selon sa coutume il faisait des réflexions sur la vie humaine. Je’ vois lui disait -il, que les malheurs de ma destinée se répan-

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, tenne , j ai pense etre empalé pour un griffon; j’ai été envoyé \ ?“-SUfP-P C<î; ParCe qUe j’aVaiS fait des vers à la louange du roi ;

Sans • Ul ' PTl d et -e étrangIé ’ parCe 'lUe ,a reille avait des ή-3*1 Ct me™lci esclave avec toi , parce qu’un brutal a atlu sa maîtresse. Allons, ne perdons point courage; tout ceci ira peut-etre : il faut bien que les marchands arabes aient des esclaves ; et pourquoi ne le serais-je pas comme un autre , puisque je suis un homme comme un autre ? Ce marchand ne sera pas impitoyable ; il faut qu’il traite bien ses esclaves , s’il en veut tirer des services. Il parlait ainsi ; et dans le fond de son cœur il était occupe du sort de la reine de Babylone

partitdeuxjour8 «Près pour l’Arabie déseite, avec ses esclaves et ses chameaux. Sa tribu habitait vers

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faisait bien plus de cas du valet que <ju maître , parce que le premier chargeait bien mieux les chamiux ; et toutes les petites dis- tinclions étaient pour lui.

Un chameau mourut à deux journées d’Oreb : on répartit sa charge sur le dos de chacun des serviteurs; Zadig en eut sa part. Setoc se rait a rire en voyant tous ses esclaves marcher courbés : Zadig prit la liberté de lui en expliquer la raison , et lui apprit les lois de 1 équilibré. Le marchand étonné commença à le regarder d un autre œil. Zadig voyant qu’il avait excité sacuriosité la redoubla en lui apprenant beaucoup de choses qui n’étaient point e tangeres a son commerce ; les pesanteurs spécifiques des métaux et des denrees sous un volume égal , les propriétés de plusieurs animaux utiles , le moyen de rendre tels ceux qui ne l’étaient pas • en in i ui parut sage. Sétoc lui donna la préférence sur son ca-

HISTOIRE ORIENTALE

marade qu’il avait tant estimé : il le traita bien , et n’eut pas sujet de s’cn repentir.

Arrivédans sa tribu, Sétoc commença par redemander cinq cents onces d’argent à un Hébreu, auquel il les avait prêtées en présence de deux témoins : mais ces deux témoins étaient morts ; et l’Hébreu, ne pouvant être convaincu, s’appropriait l’argent du marchand, en remerciant Dieu de ce qu’il lui avait donné le moyen de tromper un Arabe. Sétoc conïïa sa peine à Zadig, qui était devenu son conseil. En quel endroit, demanda Zadig, prêtâtes-vous vos cinq cents onces à cet infidèle ? Sur une large pierre, répondit le marchand , qui est auprès du mont Oreb. Quel est le caractère de votre débiteur ? dit Zadig. Celui d’un fripon , reprit Sétoc. Mais je vous demande si c’est un homme vif ou flegmatique, avisé ou imprudent. C’est de tous les mauvais payeurs , dit Sétoc , le plus vif que je connaisse. Eh bien ! insista Zadig , permettez que je plaide votre cause devant le juge. En effet il cita l’Hébreu au tribunal, et il parla ainsi au juge : Oreiller du trônede l’équité, je viens redemander à cet homme , au nom de mon maître , cinq cents onces d’argent qu’il ne veut pas rendre. Avez-vous des témoins P dit le juge. Non; ils sont morts : mais il reste une large pierre sur laquelle l’argent fut compté ; et s’il plait à votre grandeur d’ordonner qu’on aille chercher la pierre, j’espère qu’elle portera témoignage : nous resterons ici , l’Hébreu et moi , en attendant que la pierre vienne ; je l’enverrai chercher aux dépens de Sétoc , mon maître. Trèsvolontiers, répondit le juge : et jl se mit à expédier d’autres affaires.

A la fin de l’audience : Eh bien! dit-il à Zadig, votre pierre n’est pas encore venue ? L’Hébreu, en riant, répondit : Votre grandeur resterait ici jusqu’à demain, que la pierre ne serait pas encore arrivée : elle est à plus de six milles d’ici, et il faudrait quinze hommes pour la remuer. Eh bien! s’écria Zadig,' je vous avais bien dit que la pierre porterait témoignage : puisque cet homme sait où elle est, il avoue donc que c’est sur elle que l’argent fut eompté. L’Hébreu déconcerté fut bientôt contraint de tout avouer : le juge ordonna qu’il serait lié à la pierre , sans boire ni manger, jusqu à ce qu’il eût rendu les cinq cents onces, qui furent bientôt payées.

L’esclave Zadig et la pierre furent en grande recommandation dans l’Arabie.

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