CHAPITRE VIII
Comme M. Sidrac proférait ces sages paroles’, on vint avertir M. Goudrnan que l’intendant du feu comte de Chesterfield était à la porte dans son carrosse, et demandait à lui parler pour une affaire tres-pressante. Goudrnan court pour recevoir les ordres de M. l’intendant, qui, l’ayant prié de monter, lui dit :
Monsieur, vous savez sans doute ce qui arriva à monsieur et à madame Sidrac la première nuit de leurs noces?
Oui, monsieur; il me contait tout à l’heure cette petite aventure.
Eh bien ! il en est arrivé tout autant à la belle mademoiselle Fidler et à M. le curé son mari ; le lendemain ils se sont battus , le surlendemain ils se sont séparés , et on a ôté à M. le curé son bénéfice. J’aime la Fidler, je sais qu’elle vous aime; elle ne me hait pas : je suis au-dessus de la petite disgrâce qui est cause de son divorce, je suis amoureux et intrépide : cédez-moi miss Fidler, et je vous fais avoir la cure, qui vaut cent cinquante guinées de revenu ; je ne vous donne que dix minutes pour y rêver.
Monsieur, la proposition est délicate; je vais consulter mes philosophes Sidrac et Grou; je suis à vous sans tarder.
Il revoie à ses deux conseillers. Je vois, dit-il, que la digestion ne décide pas seule des affaires de ce monde, et que l’amour, l’ambition, et l’argent, y ont beaucoup de part. Il leur expose le cas, les prie de le déterminer sur-le-champ : tous deux conclurent qu’avec cent cinquante guinées il aurait toutes les filles de sa paroisse, et encore miss Fidler par-dessus le marché.
Goudrnan sentit la sagesse de cetle décision; il eut la cure, il eut miss Fidler en secret , ce qui était bien plus doux que de l’avoir pour femme : M. Sidrac lui prodigua ses bons offices dans Toccasion. Il est devenu un des plus terribles prêtres de l’Angleterre, et il est plus persuadé que jamais de la fatalité qui gouverne toutes les choses de ce monde.
BLANC