‹ Romans (volume 2)Chapitre 30 sur 167 · DE SC ARMENT ADO · texte numérisé non relu

DE SC ARMENT ADO

je fusse si mal logé, mais que tous les appartements de la maison étaient remplis , et qu’une autre fois il espérait que je serais plus a mon aise : ensuite il me demanda cordialement si je ne savais pas pourquoi j’étais là. Je dis au révérend père que c’était apparemment pour mes péchés. Eh bien! mon cher enfant, pour quel péché ? parlez-moi avec confiance. J’eus beau imaginer, je ne devinai point : il me mit charitablement sur les voies.

Enfin je me souvins de mes indiscrètes paroles. J’en fus quitte pour la discipline et une amende de trente mille réales. On me mena faire la révérence au grand inquisiteur : c’était un homme poli qui me demanda comment j’avais trouvé sa petite fete. Je lui dis que cela était délicieux , et j’allai presser mes compagnons de voyage de quitter ce pays, tout beau qu’il est ; ils avaient eu le temps de s’instruire de toutes les grandes choses que les Espagnols avaient faites pour la religion; ils avaient lu les mémoires du fameux évêque de Chiapa, par lesquels il parait qu’on avait égorgé, ou brûlé, ou noyé, dix millions d’infideles en Amérique pour les convertir. Je crus que cet évêque exagérait; mais quand on réduirait ces sacrifices à cinq millions de victimes, cela serait

encore admirable. . , P .

Le désir de voyager me pressait toujours. J’avais compte finir mon tour de l’Europe par la Turquie; nous en primes la route. Je me proposai bien de ne plus dire mon avis sur les fêtes que je verrais. Ces Turcs , dis-je à mes compagnons , sont des mécréants qui n’ont point été baptisés, et qui par conséquent seront bien plus cruels que les révérends pères inquisiteurs : gardons le sdence quand nous serons chez les maliométans.

J’allai donc chez eux. Je fus étrangement surpris de voir en Turquie beaucoup plus d’églises chrétiennes qu’il n’y en avait dans Candie ; j’y vis jusqu’à des troupes nombreuses de moines qu on laissait prier la vierge Marie librement , et maudire Mahomet , ceux-ci en grec, ceux-là en latin, quelques autres en arménien. Les bonnes gens que les Turcs! m’écriai-je. Les chrétiens grecs et les chrétiens latins étaient ennemis mortels dans Constantinople ; ces esclaves se persécutaient les uns les autres comme des chiens qui se mordent dans la rue, et à qui leurs mailres donnent des coups de bâton pour les séparer. Le grand-vizir protégeait alors les Grecs. Le patriarche grec m’accusa d’avoir soupéchez le patriarche latin,

et je fus condamné en plein divan à cent coups de latte sur la 4 s.

HISTOIRE DES VOYAGES

plante des pieds , rachetai, les de cinq cents sequins. Le lendemain le srand-vizir fut. Piftannri/.. i , . 1 utI,iain

. j . . « » “ ^ sequins. Le lendemain

le grand- vizir fut étranglé; le surlendemain son successeur qü était pour le parti des latins, et qui ne fut étranglé qu’un es c pies , me condamna a la même amende pour avoir soupe chez le 1 uarche grec. Je fus dans la triste nécessité de ne plus fréquener m l’Eghse grecque ni la latine. Pour m’en consoler S

tZLT Circassienne, qui était la personne' ’Jpu

endre dans le tete-a-tete, et la plus dévote à la mosquée. Une nui!

sa, U AlhUIl!raT,0rtS ^ SOnamour’ elle s’®cr'a en m’embras-’ Tn . ’ A a’ AU“; 06 SOnt les Paroles sacramentales des Tu es: je crus que celaient celles de l’amour; je m’écriai aussi fort tendrement, Alla, Ilia, Alla. Ah! me dit-elle, le Dieu miséricordieux so,t loué ! vous êtes Turc. Je lui dis que je le bénissais de m en avoir donné la force, et je me crus trop heureux. Le ma- .1 .'7" V*Dt P°ur me circoncire; et comme je lis quelque difficulté e cad, du quartier, homme loyal , me proposa de m’empa- 1er . je sauvai mon prepuce et mon derrière avec mille sequins et je m enfuis vite en Perse, résolu de ne plus entendre ni messe g, ecque ni latrne en Turquie , et de ne plus crier Alla , Ilia , Alla dans un rendez-vous. ’

En arrivant a Ispahan on me demanda si j’étais pour le mouton no,r ou pour le mouton blanc : je répondis que cela m’étaTfÏÏ indiffèrent . pourvu qu’il fût tendre. Il faut savoir que les factions du mouton blanc et du mouton noir partageaient encore les Persans On crut que je me moquais des deux partis ; de sorte que ie

™il -0ilmVnJa T Vi°lente affail‘e SUl' ks bras aux P^'tcs de la lie . m en coûta encore grand nombre de sequins pour me dé- : barrasser des moutons. F 1 ;

c’éîaiîh S" v qU’à|!a Ghine aV6C U" interprètc ’ (lui m’assura que c eta t la e pays ou 1 on vivait librement et gaiement • les Tari-,

res s’en étaient rendus maîtres, après avoif tout mis à feu e! à I

sang , et les révérends peres jésuites d’un côté , comme les révé

ir/ZdriniCainS de raUtre ’ diSaiCtU ^’ils y ornaient des mes a Dieu , sans que personne en sût rien. On n’a jamais vu de

ZC.l6S ! Car ils Se Perséeu(aient les uns les autres tour a tour ; ils écrivaient à Rome des volumes de calomnies • ils 1 se traitaient d’infidèles et de prévaricateurs pour une” Il v vait surtout une horrible querelle entre eux sur la manière de

f ire la reverence ; les jésuites voulaient que les Chinois saluassent

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