DES ÉDITEURS DE L’ÉDITION DE KEIÎL
Après la paix de 1748, les esprits parurent se porter, en France, Vers l’agriculture et l’économie politique, et on publia beaucoup d'ouvrages sur ces deux objets. M. de Voltaire vit avec peine que, sur des matières qui touchaient de si près au bonheur des hommes, l’esprit de système vint se mêler aux observations et aux discussions utiles. C’est dans un moment d humeur contre ces systèmes qu’il s’amusa à faire ce roman.
On venait de proposer des moyens de s’enrichir par l’agriculture, dont les uns demandaient des avances supérieures aux moyens des cultivateurs les plus riches, tandis que les autres offraient des prolits chimériques. On avait employé dans un grand nombre d’ouvrages des expressions bizarres, comme celle de despotisme légal , pour exprimer le gouvernement d’un souverain absolu qui conformerait toutes ses volontés aux principes démontrés de l’économie politique; comme celle qui faisait la puissance législative copropriétaire de toutes les possessions, pour dire que chaque homme, étant intéressé aux lois qui lui assurent . la libre jouissance de sa propriété , devait payer proportionnellement sur son revenu, pour les dépenses que nécessite le maintien de ces lois et de la sûreté publique.
Ces expressions nuisirent à des vérités d’ailleurs utiles. Ceux qui ont < dit les premiers que les principes de l’administration des États étaient dictés parla raison et par la nature; qu’ils devaient être les mêmes dans Jes monarchies et dans les républiques; que c’était du rétablissement de ces principes que dépendaient la vraie richesse , la force, le bonheur des nations, et même la jouissance des droits des hommes les plus importants; que le droit de propriété pris dans toute son étendue, celui de É faire de son industrie, de ses denrées , un usage absolument libre, étaient des droits aussi naturels , et surtout bien plus importants pour les qua- < tre-vingt-dix-neuf centièmes des hommes , que celui de faire partie pour un dix-millionième de la puissance législative : ceux qui ont ajouté que la conservation de la sûreté, de la liberté personnelle, est moins \
liée qu’on ne croit avec la liberté de la constitution ; que , sur tous ces points, les lois qui sont conformes à la justice et à la raison sont les meilleures en politique, et même les seules bonnes dans toutes les for*
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mes de gouvernement; qu’entin, tant que les lois ou l’administration sont mauvaises, le gouvernement le plus à désirer est celui où l’on peut espérer la réforme de ces lois.la plus prompte et la plus entière : tous ceux qui ont dit ces vérités ont été utiles aux hommes, en leur apprenant que le bonheur était plus près d’eux qu’ils ne pensaient ; et que ce n’est point en bouleversant le monde, mais en l’éclairant, qu’ils peuvent espérer de trouver le bien-être et la liberté.
L’idée que la félicité humaine dépend d’une connaissance plus entière, plus parfaite de la vérité, et par conséquent des progrès de la raison , est la plus consolante qu’on puisse nous offrir ; car les progrès de la raison sont dans l’homme la seule chose qui n’ait point de bornes , et la connaissance de la vérité la seule qui puisse être éternelle.
L’impôt sur le produit des terres est le plus utile à celui qui lève l’impôt , le moins onéreux à celui qui le paye , le seul juste , parcequ’il est le seul où chacun paye à mesure de ce qu’il possède, de l’intérêt qu’il a au maintien de la société.
Cette vérité a été encore établie par les mêmes écrivains, et c’est une de celles qui ont sur le bonheur des hommes une influence plus puissante et plus directe. Mais si des hommes, d’ailleurs éclairés et de bonne foi, ont nié cette vérité, c’est en grande partie la faute de ceux qui ont cherché à le prouver.
Nous disons en partie , parce que nous connaissons peu de circonstances où la faute soit tout entière d’un seul côté. Si les partisans de celte opinion l’avaient développée d’une manière plus analytique et avec plus de clarté ; si ceux qui l’ont rejetée avaient voulu l’examiner avec plus de soin, les opinions auraient été bien moins partagées ; du moins les objections que les derniers ont faites semblent le prouver. Us | auraient senti que les impôts annuels, de quelque manière qu’ils soient imposés, sont levés sur le produit de la terre; qu’un impôt territorial ne diffère d’un autre que parce qu’il est levé avec moins de frais, ne met aucune entrave dans le commerce, ne porte la mort dans aucune branche d’industrie, n’occasionne aucune vexation, parcequ’il peut être distribué avec égalité sur les différentes productions, proportionnellement au produit net que chaque terre rapporte à son propriétaire.
Un Vieillard, qui toujours plaint le présent et vante le passé, me disait : Mon ami, la France n’est pas aussi riche qu’elle l’a été sous Henri IV. Pourquoi? c’est que les terres ne sont pas si bien cultivées; c’est que les hommes manquent à la terre, et que le journalier ayant enchéri son travail , plusieurs colons laissent leurs héritages en friche.
D obvient cette disette de manœuvres? De ce que quiconque b est senti un peu d’industrie a embrassé les métiers de brodeur,
L’HOMME
de ciseleur, d’horloger, d’ouvrier en soie , de procureur , ou c théologien. C’est que la révocation de l’édit de Nantes a laissé u très-grand vide dans le royaume; que les religieuses et les mer diants se sont multipliés, et qu’enfin chacun a fui , autant qu’il pu , le travail pénible de la culture , pour laquelle Dieu nous a fai naître , et que nous avons rendue ignominieuse , tant nous somme senses I
Une autre cause de notre pauvreté est dans nos besoins nou veaux : il faut payer à nos voisins quatre millions d’un article e cinq ou six d’un autre, pour mettre dans notre nez une poudri puante venue de l’Amérique ; le café , le thé , le chocolat, la coche mue, 1 indigo, les epiceries, nous coûtent plus de soixante mil bons par an. Tout cela était inconnu du temps de Henri IV, au? epiceries près, dont la consommation était bien moins grande. Nous brûlons cent fois plus de bougie ; et nous tirons plus de la moith de notre cire de l’étranger, parce que nous négligeons les ruches, ous voyons cent fois plus de diamants aux oreilles, au cou, aux mains de nos citoyennes de Paris et de nos grandes villes, qu’il y en avait chez toutes les dames de la cour de Henri IV en comptant la reine. Il a fallu payer presque toutes ces superfluités argent comptant.
Observez surtout que nous payons plus de quinze millions de lentes sur 1 hôtel de ville aux étrangers ; et que Henri IV, à son avenement , en ayant trouvé pour deux millions en tout sur cet
vrer l’S"®; “ remboursa sagement une partie , pour délivi ei i ktat de ce fardeau.
Considérez que nos guerres civiles avaient fait verser en France
acheter' h V1*1 MeXiqU6’ lorsdue donPhelippo el Discrète voulait
nous on H K3”'6 ’ qUe d6puis Ce temP8-|à le« Serres étrangères ous ont debarrasses de la moitié de notre argent.
Sfti; *là f P*rtie les causea de notre pauvreté. Nous la cachons sous des lambris verms, et par l’artifice des marchandes de modes : ous sommes pauvres avec goût. Il y a des financiers , des entre-
soifl très ’r ÎS g°CiantS treS‘richeS; Ieurs enfants, leurs gendres sont ti es-nches : en general la nation ne l’est pas
Le raisonnement de ce vieillard , bon ou mauvais , fil sur moi
une impression profonde: car le curé de ma paroisse , qui a tou-
linu ^ de amit,e P°ul' moi, m’a enseigné un peu de géométrie et d histoire, et je commence à réfléchir, ce qui est très-rare dans
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ma province. Je ne sais s’il avait raison en tout; mais , étant fort pauvre, je n'eus pas grand’peine à croire que j’avais beaucoup dé compagnons x.
Désastre de l’Homme aux quarante écus.
Je suis bien aise d’apprendre à l’univers I 2 que j’ai une terre qui me vaudrait net quarante écus de rente, n’était la taxe à laquelle elle est imposée.
Il parut plusieurs édits de quelques personnes qui , se trouvant de loisir, gouvernent l’État au coin de leur feu. Le préambule de ces édits était que la puissance législatrice et exécutrice est née de droit divin copropriétaire de ma terre, et que je lui dois au moins la moitié de ce que je mange. L’énormité de l’estomac de la puissance législatrice et exécutrice me fit faire un grand signe de croix. Que serait-ce si cette puissance qui préside à Y ordre essentiel des sociétés avait ma terre en entier ? l’un est encore plus divin que l’autre.
Monsieur le contrôleur général sait que je ne payais en tout que douze livres, que c’était un fardeau très-pesant pour moi, et que j’y aurais succombé, si Dieu ne m’avait donné le génie de faire des paniers d’osier qui m’aidaient à supporter ma misère. Gomment donc pourrai-je tout d’un coup donner au roi vingt écus?
Les nouveaux ministres disaient encore dans leur préambule qu’on ne doit taxer que les terres, parce que tout vient de la terre jusqu’à la pluie, et que par conséquent il n’y a que les fruits de la terre qui doivent l’impôt.
I Madame de Maintenon , qui en tout genre était une femme fort entendue, excepté dans celui sur lequel elle consultait le trigaud et processif abbé Gobelin , son confesseur; madame de Maintenon ^dis-je, dans une de ses lettres , fait le compte du ménage de son frère et de sa femme, en 1680. Le mari et la femme avaient à payer le loyer d’une maison
! agréable ; leurs domestiques étaient au nombre de dix ; ils avaient quatre chevaux et deux cochers, un bon dîner tous les jours. Madame de Maintenon évalue le tout à neuf mille francs par an, et met trois mille livres pour le jeu, les spectacles , les fantaisies , et les magnificences de monsieur et de madame.
II faudrait à présent environ quarante mille livres pour mener une
telle vie dans Paris : il n’en eût fallu que six mille du temps de Henri IV . Cet exemple prouve assez que le vieux bonhomme ne radote pas absolument ^
[Le mémoire présenté au roi en 1760. Lefranc de Pompignan commençait par : « Il faut que tout l’univers sache; » ce dont Voltaire s’est souvent moqué. ]
L’HOMME
Un de leurs huissiers vint chez moi, dans la dernière guerre . '! me deraal>da pour ma quote part trois setiers de blé et un sac dé feves, le tout valant vingt écus, pour soutenir la guerre qu’on faisait , et dont je n’ai jamais su la raison , ayant seulement entendu dire que, dans cette guerre, il n’y avait rien à gagner du tout pour mon pays , et beaucoup à perdre. Comme je n’avais alors ni blé , ni fèves , ni argent , la puissance législatrice et exécutrice me fit traîner en prison , et on fit la guerre comme on put.
En sortant de mon cachot, n’ayant que la peau sur les os, je rencontrai un homme joufflu et vermeil dans un carrosse à six chevaux; il avait six laquais, et donnait à chacun d'eux pour ga»es le double de mon revenu : son maître d’hôtel , aussi vermeil que lui, avait deux mille francs d’appointements , et lui en volait par an vingt mille ; sa maîtresse lui coûtait quarante mille écus en six mois : je l’avais connu autrefois dans le temps qu’il était moins riche que moi : il m’avoua , pour me consoler , qu’il jouissait de quatre cent mille livres de rente. Vous en payez donc deux cent mille à l’État, lui dis-je, pour soutenir la guerre avantageuse que nous avons? car moi, qui n’ai juste que mes cent vingt livres il faut que j’en paye la moitié.
Moi ! dit-il , que je contribue aux besoins de l’État? Vous voulez rire , mon ami : j’ai hérité d’un oncle qui avait gagné huit millions à Cadix et à Surate; je n’ai pas un pouce de terre, tout mon bien est en contrats , en billets sur la place : je ne dois rien à l’État ; c’est à vous de donner la moitié de votre subsistance, vous qui êtes un seigneur terrien : ne voyez-vous pas que si le ministre des finances exigeait de moi quelques secours pour la patrie , il serait un imbécile qui ne saurait pas calculer? car tout vient dé la terre; l’argent et les billets ne sont que des gages d’échange; au lieu de mettre sur une carte au pharaon cent setiers de blé , cent bœufs, mille moutons , et deux cents sacs d’avoine, je joue des rouleaux d’or qui représentent ces denrées dégoûtantes : si , après avoir mis l’impôt unique sur ces denrées, on venait encore me demander de l’argent, ne voyez-vous pas que ce serait un double emploi ? que ce serait demander deux fois la même chose? Mon oncle vendit à Cadix pour deux millions de votre blé, et pour deux millions d’étoffes fabriquées avec votre laine ; il gagna plus de cent pour cent dans ces deux affaires. Vous concevez bien que ce profit fut fait sur des terres déjà taxées : ce que mon oncle ache^
AUX QUARANTE ÉCUS
tait dix sous de vous , il le revendait plus de cinquante francs au Mexique; et, tous frais faits, il est revenu avec huit millions.
Vous sentez bien qu’il serait d’une horrible injustice de lui redemander quelques oboles sur les dix sous qu’il vous donna. Si vingt neveux comme moi, dont les oncles auraient gagné dans le bon temps chacun huit millions au Mexique , à Buenos-Ayres , à Lima, à Surate, ou à Pondichéri, prêtaient seulement à l’État chacun deux cent mille francs dans les besoins urgents de la patrie , cela produirait quatre millions : quelle horreur î Payez , mon ami , vous qui jouissez en paix d’un revenu clair et net de quarante écus ; servez bien la patrie , et venez quelquefois diner avec ma iivrée.
Ce discours plausible me fît beaucoup réfléchir , et ne me consola guère.
Entretien avec un géomètre.
Il arrive quelquefois qu'on ne peut rien répondre , et qu on n’est pas persuadé ; on est atterré sans pouvoir être convaincu : on sent dans le fond de son âme un scrupule , une répugnance qui nous empêche de croire ce qu’on nous a prouvé. Un géomètre vous démontre qu’entre un cercle et une tangente vous pouvez faire passer une infinité de lignes courbes, et que vous n’en pouvez faire passer une droite : vos yeux, votre raison, vous disent le contraire : le géomètre vous répond gravement que c’est là un infini du second ordre ; vous vous taisez , et vous vous en retournez tout stupéfait, sans avoir aucune idée nette, sans rien comprendre , et sans répliquer.
Vous consultez un géomètre de meilleure foi , qui vous explique le mystère : Nous supposons , dit-il , ce qui ne peut être dans la nature , des lignes qui ont de la longueur sans largeur : il est impossible , physiquement parlant , qu’une ligne réelle en pénètre une autre : nulle courbe, ni nulle droite réelle ne passer entre deux lignes réelles qui se touchent : ce ne sont là que des jeux de l’entendement , des chimères idéales ; et la véritable géométrie est l’art de mesurer les choses existantes.
Je fus très^content de l’aveu de ce sage mathématicien , et je me mis à rire, dans mon malheur, d’apprendre qu’il y avait de la charlatanerie jusque dans la science qu’on appelle la haute fcience ,
L’HOMME
Mon geometre était un citoyen philosophe qui avait daigné quelquefois causer avec moi dans ma chaumière. Je lui dis • Mon sieur , vous avez tâché d’éclairer les badauds de Paris sur le plus grand interet des hommes , la durée de la vie humaine • le mimstere a connu par vous seul ce qu’il doit donner aux rentiers viagers , selon leurs différents âges; vous avez proposé de donner aux maisons de la ville l’eau qui leur manque , et de nous sauver enfin de 1 opprobre et du ridicule d’entendre toujours crier à Veau et de voir des femmes enfermées dans un cerceau oblong porter deux seaux d’eau , pesant ensemble trente livres , à un quatrième etage, auprès d’un privé : faites-moi, je vous prie, l’amitié de me dire combien il y a d’animaux à deux mains et à deux pieds en France, r
LE GÉOMÈTRE
On prétend qu’il y en a environ vingt millions ; et je veux bien adopter ce calcul très-probable ', en attendant qu’on le vérifie ce qui serait très-aisé, et qu’on n’a pas encore fait, parce qu’on ne s avise jamais de tout. *
l’homme AUX QUARANTE ECUS.
Combien croyez-vous que le territoire de France contienne d arpents ?
LE GÉOMÈTRE
Cent trente millions , dont presque la moitié est en chemins en villes, villages, landes , bruyères , marais , sables , terres stériles couvents mutiles, jardins de plaisance plus agréables qu’utiles' terrains incultes, mauvais terrains mal cultivés. On pourrait
réduire les terres d’un bon rapport à soixante et quinze millions (1 arpents carres ; mais comptons-en quatre-vingts millions : on ne ’ saurait trop faire pour sa patrie.
Combien croyez-vous que chaque arpent rapporte l’un dans 1 autre , annee commune, en blés , en semencesde toute espèce vins , étangs , bois , métaux , bestiaux , fruits , laines , soies , lait, huiles , tous frais faits , sans compter l’impôt?
prou,vé Par ,ës mémoires des intendants, faits à la fin do da-septiemesiecie, combinés avec le dénombrement par feux corn
f ie d’Argenson , et sSut avec Toude la Michaudière, “l hommes^ plül Ss* * ‘’in,endant
AUX QUARANTE ÉCUS
LE GÉOMÈTRE
Mais, s’ils produisent chacun vingt-cinq livres, c’est beaucoup ; cependant mettons trente livres , pour ne pas décourager nos concitoyens : il y a des arpents qui produisent des valeurs renaissantes estimées trois cents livres ; il y en a qui produisent trois livres : la moyenne proportionnelle entre trois et trois cents est trente ; car vous voyez bien que trois est à trente comme trente est à trois cents ; il est vrai que s’il y avait beaucoup d’arpents à trente livres , et trè£-peu à trois cents livres , notre compte ne s y trouverait pas; mais, encore une fois, je ne veux point chicaner.
l’homme aux quarante ECUS.
Eh bien ! monsieur, combien les quatre-vingts millions d’arpents donneront-ils de revenu , estimé en argent ?
LE GÉOMÈTRE
Le compte est tout fait : cela produit par an deux milliards quatre cents millions de livres numéraires, au cours de ce jour. l’homme aux quarante écus.
J’ai lu que Salomon possédait lui seul vingt-cinq milliards d’argent comptant; et certainement il n’y a pas deux milliards quatre cents millions d’espèces circulantes dans la France , qu’on m’a dit être beaucoup plus grande et plus riche que le pays de Salomon.
le géomètre.
C’est là le mystère : il y a peut-être à présent environ neuf cents millions d’argent circulant dans le royaume ; et cet argent , passant de main en main, suffit pour payer toutes les denrées et tous les travaux ; le même écu peut passer mille fois de la poche du cultivateur dans celle du cabaretier et du commis des aides,
l’homme aux quarante écus.
J’entends. Mais vous m’avez dit que nous sommes vingt millions d’habitants , hommes et femmes, vieillards et enfants : combien pour chacun , s’il vous plait ?
le géomètre.
Cent vingt livres ou quarante écus.
l’homme aux quarante écüs.
Vous avez deviné tout juste mon revenu; j’ai quatre arpents ,
L'homme
Produit, me ïa]en\tL“sttvS°.S “ïp "T î“ 3nnées de Quoi! sichacnmwf . es • c est peu de chose.
chacun n’aurait que cinq^ou^d’or par an ? C°mme dans Page d’or,
P J LE GÉOMÈTRE
est l’état f M PeU enflé : ,el
nees; on ne vit à Paris |’„n n . ! *' f rlune sont bien horvingt-trois ans; l’un portant f a!, f 3U*1?’ ^ vingt-deux à
cent vingt livres par an à dépLser-c’êst°àd at0Ut ^ P'US que
turc, votre vêtement voire )« ’ ,s a'dlre que votre nourri-
sentés parla somme de’ cent viiglTvres. ^ "^k'63’ S°nt repré-
Héh's t nm L’H0MME AÜX QUARANTE ÉCUS.
Est-il vrai que iTn’aîe of^ p0U,r,n’ôterainsiIa fortune et la vie? ne vole la part de mes camarades 7'* à ViV‘'C ’ à m°inS que îe
viüe de paris; mais de «■ fonce; car l’enfal „W ^ 3U m°ins dix de votre en-
Préparation, c’est le vestibule dTllSr^utbre’ ^
encore donné de fruits • c’est i» ^ ' î ï, bre qui n a Pa*
de treize années j°Ur :
.l’ennui, c’est au SiS “PS dU S°mmeil etceIui de passez dans le chaerin i» i ’ 5 e Slx ans et demi, que vous rance. ^ ,1 les, douleurs, quelques plaisirs , etl’espé-
l’homme AUX quarante feus.
supportable ' V°tre C°mpte ÜC Va Pas à trois ai)s d’une existence
LE GÉOMÈTRE
dus.^îy ISreÎTn SeSOUciefort Peu desindivil’espèce dure ki^1ïnT “ T"1 q“’UU J0ur’ raais dont qui comptent p* ta IfZT ”7* grands P™ces pourvu qu’ils viennent à bout de *
L HOMME AÜX QUARANTE ÉCUS
vous
AUX QUARANTE ÉCUS
Pour la vie, il faudrait rendre dans Paris l’air plus pur , que les hommes mangeassent moins, qu’ils fissent plus d’exercice , que les mères allaitassent leurs enfants , qu’on ne fut plus assez malavisé pour craindre l’inoculation ; c’est ce que j’ai dit : et pour la fortune, il n’y a qu’à se marier , faire des garçons et des filles.
l’homme aux quarante ECUS.
Quoi î le moyen de vivre commodément est d’associer ma misère à celle d’un autre?
le géomètre.
Cinq ou six misères ensemble font un établissement trèstolérable. Ayez une brave femme, deux garçons et deux filles seulement, cela fait sept cent vingt livres pour votre petit ménage, supposé que justice soit faite , et que chaque individu ait cent vingt livres de rente. Vos enfants en bas âge ne vous coûtent presque rien ; devenus grands, ils vous soulagent; leurs secours mutuels vous sauvent presque toutes les dépenses, et vous vivez très-heureusement en philosophe, pourvu que ces messieurs qui gouvernent l’État n’aient pas la barbarie de vous extorquer à chacun vingt écus par an : mais le malheur est que nous ne sommes plus dans l’âge d’or, où les hommes, nés tous égaux, avaient également part aux productions succulentes d’une terre non cultivée : il s’en faut beaucoup aujourd’hui que chaque être à deux mains et à deux pieds possède un fonds de cent vingt livres de revenu.
l’homme aux quarante écus.
Ah ! vous nous ruinez 1 Vous nous disiez tout à l’heure que dans un pays où il y a quatre-vingts millions d’arpents de terre assez bonne , et vingt millions d’habitants , chacun doit jouir de cent vingt livres de rente, et vous nous les ôtez.
LE GÉOMÈTRE
Je comptais suivant les registres du siècle d’or, et il faut compter suivant le siècle de fer. Il y a beaucoup d’habitants qui n’ont que la valeur de dix écus de rente , d’autres qui n’en ont que quatre ou cinq, et plus de six millions d’hommes qui n’ont absolument rien.
Mais s’ils mouraient de faim au bout de trois jours?