‹ RomansChapitre 12 sur 15 · SISCOURS PRONONCÉ DANS ONE ACADÉMIE CE PR©* VINCE · texte numérisé non relu

SISCOURS PRONONCÉ DANS ONE ACADÉMIE CE PR©* VINCE

Érasme fit au seizième siècle VÉloge de la folie. Vous m'ordonnez de vous faire relogé de la raison. Cette raison n'est fêtée en t^fTet tout au plus que deux cents ans après son ennemie, souvent beaucoup plus tard ; et il y a des nations chez lesquelles on ne l'a pointencore vue.

Elle était si inconnue chez nous du temps de nos druides, qu'elle n'avait pas même de nom dans notre lang-ue. César ne l'apporta ni en Suisse, ni à Autun, ni à Paris, qui n'était alors qu'im hameau de pêcheurs; et lui-même ne la connut guère.

Il avait tant de grandes qualités, que in raison ne put trouver de place dans la foule. Ce magnanime insensé sortit de notre payf dévasté pour aller dévaster le sien, et pour st faire donner vingt-trois coups de poignard par vingt-trois autres illustres enragés qui ne \p valaient pas, à beaucoup près.

Le Sicambre Clodvich ou Clovis vint, environ cinq cents années après, exterminer une partie de notre nation et subjuguer l'autre; on n'entendit parler de raison ni dans son armée ni dans nos malhem-eux petits villages, si ce n'est de la raison du plus fort.

Nous croupîmes longtemps dans cette horrible et avilissante barbarie. Les croisades ne nous tn tirèrent pas: ce fut à la fois la folie

iâ plus universelle, la plus atroce, la plus ridieule, et la plus malheureuse. L'abominable folie de la g-uerre civile et sacrée, qui extermina tant de gens de ^la langue de oc. et de la langue de owU, succéda à ces croisades lointaines; la Raison n'avait garde de se trouver là. Alors la Politique régnait à Rome; elle avait pour ministres ses deux sœurs, la Fourberie et l'Avarice; on voyait l'Ignorance, le Fanatisme, la Fureur, courir sous ses ordres dans l'Europe; la Pauvreté les suivait partout : la Raison se cachait dans un puits avec la Vérité sa fille; personne ne savait où était fie puits ; et si Ton s'en était douté, on y serait descendu pour égorger la fille et la mère.

Après que les Turcs eurent pris Constant!nople et redoublé les malheurs de l'Europe, deux ou trois Grecs, en s'enfuyant, tombèrent dans ce puits, ou plutôt dans cette caverne, demi-morts de fatigues, de faim et de peur.

La Raison les reçut avec humanité, leur donna à manger sans distinction de viandes, chose qu'ils n'avaient jamais connue à Constantinople : ils reçurent d'elle quelques instructions en petit nombre, car la Raison n'est pas prolixe; elle leur fit jurer qu'ils ne découvriraient pas le lieu de sa retraite : ils partirent, et arrivèrent, après bien des courses, à la cour de Charles-Quint et de François premier.

On les y reçut comme des jongleurs qui venaient faire des tours de souplesse pour amuser l'oisiveté des courtisans et des dames, dans les intervalles de leurs rendez-vous. Les ministres daignèrent les regarder- d^ns les mo-

mente de relâche qu'ils pouvaient donner au torrent des affaires : ils forent mêmeaccueillio par l'empereur et par le roi de France, qui i.> tèrent sur eux un coup d|œil en passant lorsqu'ils allaient chez leurs maîtresses ; îiîrJs ils firent plus de bruit dans de petites villes, où ils trouvèrent de bons bourgeois qui avaient encore, je ne sais conmient, quelque lueur de Bens commun.

Ces faibles lueurs s'éteignirent dans toute l'Europe parmi les guerres civiles qui la déso lèrent : deux ou trois étinceUes de raison ne pouvaient pas éclairer le monde, au milieu des torches ardentes et des bûchers que le fanatisme alluma pendant tant d'années. La Raison et sa fille se cachèrent plus que jamais. Les disciples de leurs premiers apôtres Be turent, excepté quelques-uns qui furent assez incGnsidéréâ pour prêcher la raison déraisonnablement et à contre-temps : il leur en coûta la vie comme à Socrate; mais personne n'y fit attention. Rien n'est si désagréable que d'être pendu obscurément. On fut occupé si longtemps des Saint-Barthélémy, des massacres d'Irlande, des échafauds de la Hongrie, des assassinats des rois, qu on n'avait ni assez de temps ni assez de liberté d'esprit pour penser aux menus crimes et aux calamités secrètes qui inondaient le monde d'un bout à l'autre.

La Raison, informée de ce qui se passait par quelques exilés qui se réfugièrent dans s;i retraite, fut touchée de pitié, quoiqu'elle ne passa pas pour être fort tendre. Sa fille, qui est plué hardie qu'elle, l'encouraorea à voir le monde.

et à tacJier de le guérir. Ellop parurent, eYi&è parlèrent ; mais elles trouvèrent tant de mé- Chiints intéressés à les contredire, tant d'imbéciles aux gages de ces méchants, tant d'iniifférents uniquement occupés d'eux-mèmei et du moment présent, qui ne s'embarrassaient ïii d'elles ni de leurs ennemis, qu'elles regnag'nèrent sagement leur asile.

Cependant quelques semences des fruits qu'elles portent toujours avec elles, et qu'eDes avaient répandues, germèrent sur la terre, et même sans pourrir.

Enfin il y a quelque temps qu'il leur prit envie d'aller à Rome en pèlerinage, déguisées tt cachant leur nom, de peur de l'inquisition : dôs qu'elles furent arrivées, elles s'adressèrent PU cuisinier du pape Ganganelli, Clément XIV ; elles savaient que c'était le cuisinier de Rome le moin?, occupé ; on peut dire même qu'il était, après v<îs eoinesseurs, messieurs, l'homme îê plus déscîuvré de sa profession.

Ce bontiomme, après avoir doimé aux deux pèlerines un dîner presque aussi frugal que celui du pape, les introduisit chez sa sainteté, qu'elles trouvèrent lisant les pensées de Marc- Àurèle. Le pape reconnut les mnsques, les embrassa cordialement, malgré l'étiquette. Mesdames, leur dit-il, si j'avais pu imaginer que vous fussiez sur la terre, je vous aurais fait Ifc première visite.

Après les compliments, on parla d'affaires. Dès le lendemain, Ganganelli abolit la bulle In cmna Domini, l'un des plus grands monuments de la folie humaine qui avaient si longtemps outragé tous les potentats : le suriec-

(36inain il prit la résolution de détruire la lompagnie de Garasse, de Guignard, de Garnet, de Busembaum, de Malagrida, de Paulian, :îe Patouillet, de Nonotte, et TEurope battit ies mains • le surlendemain il diminua les .rapôts dont le peuple se plaignait : il encouragea l'agriculture et tous les arts; il se fit limer de tous ceux qui passaient pour les enaemis de sa place : on eût dit alors dans Rome qu'il n'y avait qu'une nation et qu'une loi dans le monde.

Les deux pèlerines, très-étonnées et trèssatisfaites, prirent congé du pape, qui leur fit présent non d'agnus et de reliques,, mais d'une bonne chaise de poste pour continuer leur voyage. La Raison et la Vérité n'avaient pas été jusque-là dans rhai;.itude d'avoir leurs aises.

Elles visitèrenT toute l'Italie, et furent surprises d'y trouver, au lieu du machiavélisme, une émulation entre les princes et les républiques, depuis Parme jusqu'à Turin, à qui rendrait ses sujets plus gens de bien, plus riches, et plus heureux.

« Ma fille, disait la Raison à la Vérité, voici, ie crois, notre règne qui pciuTaiLbien commencer à advenir après notre longue prison : 1 faut que quelques-uns des prophètes qui 3ont venus vous visiter dans notre puits aient été bien puissants en paroles et en oeuvres pour changer ainsi la face de la terre : vous voyez que tout vient tard ; il fallait passer pai les ténèbres de l'ignorance et du mensonge avant de rentrer dans notre palais de lumière, doPt vous a^es été chassée avec moi pendant

tant de siècles : il nous arrivera ce qui est arrivé à la natui'e ; elle a été couverte d'un méchant voile, et toute défigurée* pendant des Biècles innombrables; à la fin il est venu un Galilée , un Copernic , un Newton , qui l'ont montrée presque nue, et qui en ont rendu les hommes amoureux. »

En conversant ainsi elles arrivèrent à Venise. Ce qu'elles y considérèrent avec le plus d'attention ce fut un prociArateur de Samt- Marc, qui tenait une grande paire de ciseaux devant une table toute couverte de griffes , de becs et de plumes noires. « Ah ! s'écria la Raison, Dieu me pardonne , illustrissirao signor, je crois que voilà une de mes paires de ciseaux que j'avai? apportés dans mon puits lorsque je m'y réfugiai avec ma fille ! Comment votre Excellence les a-t-elle eus! et qu'en faites- •f ous f — Illustrissima signora, lui répondit le procurateur, il se peut que les ciseaux aient appartenu autrefois à votre Excellence, mais ce fut un nommé Fra-Paolo qui nous les apporta il y a longtemps ; et nous nous en servons pour couper les griffes de l'inquisition, que vous voyez étalées sur cette table. »

Ces plumes noires appartenaient à des harpies qui venaient manger le dîner de la république ; nous leur rognons tous les jours les ongles et le bout du bec: sans cette précaution, elles auraient fini par tout avaler ; il ne serait rien resté pour les sages grands, ni pour les pregadi, ni pour les citadins.

Si vous passez par la l'rance , vous trouverez peut-être à Paris votre autre paire de ciseaux chez un ministre espagnol qui s'en ser

vait au même usa^e que nour^ dans son paya» et qui sera un jour béni du genre humain.

Les voyageuses, après avoir assisté à l'opéra vénitien, partirent pour l'Allemagne. Elles virerit avec satisfaction ce pays , qui du temps d€ Charlemagne n'était qu'une forêt immense, entrecoupée de marais , maintenant couvert de villes florissantes et tranquilles; ce pays peuplé de souverains autrefois barbares et pauvres, devenus tous polis et magnifiques ; ce pays qui n'avait eu dans les temps antiques que des sorcières pour prêtres, immolant alors des hommes sur des pierres grossièrement creusées; ce pays qui ensuite avait été inondé de son sang pour savoir au juste si la chose était in, cum, sub, ou non ; ce pays qui enfin recevait dans son sein trois religions ennemies, étonnées de vivre paisiblement ensemble. « Dieu soit béni ! dit la Raison, ces gens-d sont venus enfin h moi à force de démence. » On les introduisit chez une impératrice qui étail bien plus que raisonnable, car elle était bienfaisante : les pèlerines furent si contentes d'elle , qu'elles ne prirent pas garde à quelques usages qui les choquèrent ; mais elles furent toutes deux amoureuses de l'empereur son fils.

Leur étonnement redoubla quand elles fiirent en Suède. « Quoi ! disaient-elles , une révolution si difficile et cependant si prompte , si périlleuse et pourtant si paisible ! et depuis ce grand jour pas un seul jour perdu sans faire du bien, et tout cela dans l'âge qui est si rarement celui de la raison! Que nous avons bien fait de sortir de notre caeJie quand ce

grand événement saisissait d'admiration l'Europe entière ! »

De là elles passèrent vite par la Pologne, c Ah ! ma mère, quel contraste, s'écria la Vérité! il me prend envie de regagner mon puits; voilà ce que c'est que d'avoir écrasé toujours la portion du genre humain la plus utile , er d'avoir traité des cultivateurs plus mal qu'ils ne traitent leurs animaux de labourage : ce chacs- de l'anarchie ne pouvait se débrouiller autrement que par une ruine ; on l'avait assez clairement pridit ; je plains un monarque vertueux, sage, et humain; et j'ose espérer qu'il sera heureux, puisque les autres rois commencent à l'être, et que vos Imnières se communiquent de proche en proche. Allons voir, continua-t-elle, un changement plus favorable et plus surprenant ; allons dans cette immense région hyperborée , qui était si barbare il y a quatre-vingts ans, et qui est aujourd'hui si éclairée et si invincible; allons contemple! celle qui a achevé le miracle d'une création Qouvelle... Elles y coururent , et avouèrent qu'on ne leur en avait pas assez dit.

Elles ne cessaient d'admirer combien le aïonde était changé depuis quelques années, sues en concluaient que peut-être un jour le Chili et les terres australes seraient le centre de la politesse et du bon goût, et qu'il faudrait aller au pôle antarctique pour apprendre à vivre.

Quand elles furent en Angleterre, la Vérité dit à sa mère : « Il me sembla que le bonheuî de cette nation n'est point fait comme celui des autr^^s ; elle a été : lus folio, plus fanatique,

plus cruelle, et plus malheureuse qu'aucune de celles -lue je connais; et la voilà qui s'est fait •jn g-ouvernement unique , dans lequel on a conservé tout ce que la monarchie a d'utile, et tout ce qu'une re'publique a de nécessaire : elle est sup«*ieure dans la guerre , dans les iois, dans les arts, dans le commerce. Je la vois seulement embarrassée de l'Amérique septentrionale qu'elle a conquise à un bout de l'univers, et des plus belles provinces de l'Inde, subjuguées à l'autre bout : comment portera-t-elle ces deux fardeaux de sa félicité?— Le poids est lourd, dit la Raison, mais , pour peu qu'elle m'écoute , elle trouvera des leviers qui le rendront très léger. »»

Enfin ia Raison et îa Vérité passèrent par la France. Elles y avaient déjà fait quelques apparitions, et en avaient été chassées. « Vous souvient-il, disait la Vérité a sa mère, de l'extrême envie que nous eûmes de nous établir chez les Français dans les beaux jours de Louis XIV? mais les querelles impertinentes ( 'es jésuites et des jansénistes nous firent enfuir bientôt; les plaintes continuelles des peuples ne nous rappelèrent pas : j'entends a présent les acclamations de vingt millions d'hommes qui bénissent le ciel ; les uns disent : «Cet avènement jst d'autant plus joyeux que nous n'en payons pas la joie ; » les autres crient : « Le luxe n'est que vanité; les doubles emplois, les dépenses superflues, les profits excessifs vont être retranchés. » — Et ils ont raison. — « Tout impôt va être aboli. » — Et ils ont tort, car U faut que chaque paiticulier paye pour le boaheur i^enéral. -- « (.es lois vont être iinifor*

mes. » — Rien n'est plus à désirer ; mais rien n*est plus difficile. — « On va répartir aux indigents qui travaillent, et surtout aux pauvres officiers, les biens immenses de certains oisifs quj ont fait vœu de pauvreté; ces gens de mainmorte n'auront plus eux-mêmes des esclaves de mainmorte ; on ne verra plus des huissiers de moines chasser de la maison paternelle des orphelins réduits à la mendicité, pour enrichir de leurs dépouilles un couvent jouissant des droits seigneuriaux, qui sont les droits des anciens conquérants ; on ne verra plus des familles entières demandant vainement l'aumône à la porte de ce couvent qui les dépouille. — Plût à Dieu ! rien n est plus digne d'un roi. Le roi de Sardaigne a détruit chez lui cet abus abominable. Fasse le ciel que cet abus soit exterminé en France. N'entendez-vous pas, ma mère, toutes ces voix qui disent : « Les mariages de cent mille familles ■ utiles à l'État ne seront plus réputés concubi- » nages; et les enfants ne seront plus déclarés » bâtards par la loi?» — La nature, la justice, et vous, ma mère, tout demande sur ce grand objet un règlement sage, qui soit compatible avec le repos de l'État et avec les droits de tous les hommes. On rendra la profession de soldat si honorable, que l'on ne sera plus tenté de déserter. - La chose est possible, mais délicate. Les petites fautes ne seront point punies comme de grands crimes, parce qu'il faut de la proportion à tout: une loi barbare, obscurément énoncée , mal interprétée, ne fera plus périr sous des. barres de fer et dans les flammes des enfants indiscrets et imprudents

comme s'ils avaient assassiné leurs pères et leurs mères. — Ce devrait être le premier axiome de la justice criminelle. — Les biens d'un père de famille ne seront plus confisqués, parce que les enfants ne doivent point mourir de faim pour les fautes de leur père, et que le roi n'a nul besoin de cette misérable confiscation. — A merveille ! et cela est digne de la mag-nanimité du souverain. — La torture, inventée autrefois par les voleurs de grands chemins pour forcer les volés à découvrir leurs trésors, et employée aujourd'hui chez un petit nombre de nations pour sauver le coupable robuste, et pour perdre l'innocent faible dç corps et d'esprit , ne sera plus en usage que dans les crimes de lèse-société au premier chef, et seulement pour avoir révélation des complices ; mais ces crimes ne se commettront jamais. — On ne peut mieux. Voilà les vœux que j'entends faire partout; et j'écrirai tous ces grands changements dans mes annales, moi qui suis la "Vérité. J'entends encore proférer autour de moi dans tous les tribunaux ces paroles remarquables : « Nous ne citerons plus » jamais les deux puissances, parce qu'il ne » peut en exister qu'une ; celle du roi ou de la » loi dans une monarchie, celle de la nation 0 dans une république. La puissance divine est » d'une nature si différente et si supérieiu*^ » qu'elle ne doit pas être compromise par un mé»

* lange profane avec les lois humaines ; l'infini » ne peut se joindre au fini. Le pape Gré-

* goire VII fut le premier qui osa apiDeler l'infini » à son secours dans ses guerres, jusqu'alors » inouïes, contrp. Henri IV, empereur trop fini;

» J'entends trop borné: ces guerres ont ensan- » g-îîinté l'Europe bien longtemps ; mais enfin B oii a séparé ces deux êtres vénérables qui • n'ont rien de commun, et d'est le seul moyen « d'être en paix. « — Ces discours que tiennent tous les ministres des lois me paraissent bien forts. Je sais qu'on ne reconnaît deux puissances ni à la Chine, ni dans l'Inde, ni en Perse, ni à Constantinople , ni à îiloscou , ni à Londres, etc.. Mais je m'en rapporte à vous, ma mère ; je n'écrirai rien que ce que vous aurez dicté. »

La Raison lui répondit : «Ma fille, vous sentez bien que je désire à peu prés les mêmes choses, et bien d'autres : tout cela demande du temps et de la réflexion; j'ai toujours été très contente quand , dans mes chag-i-ins , j'ai obtenu une partie des soula.g-sments que je voulais; je suis aujourd'hui trop heureuse. Vous souvenez-vous du temps où presque tous les rois de la terre, étant dans une profonde pai7., s'amusaient à jouer aux énigmes, et où la belle reine de Saba venait proposer tête à tête des logog-riphes à Salomon?— Oui, ma mère; c'était un bon temps, mais il n'a p;-s duré. — Eh bien ! reprit la mère , celui-ci est infiniment m.eilleur : on ne songeait alors qu'à montrer un peu d'esprit; et je vois qut depuis dix à douze ans on s'est appliqué dar.f l'Europe aux arts et aux vertus nécessaires q;ii adoucissent l'amertume de la vie ; il semble en général qu'on se soit donné le mot pour penser plus solidement qu'on n'avait fait pend lit des miniers de siècles. Vous qui n'avez Jamais pu mentir, dites-moi quel temps vous

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auriez choisi oa pvéïévé au temps où nous sommes, pour vous habituer en France ?— J'ai la réputation, répondit la fille, d'sùner à dire des choses assez dures aux gens chez qui je me trouve, et vous savez bien que j'y ai toujours été forcée ; mais j'avoue que je n'ai que du bien à dire du temps présent , en dépit de tant d'auteurs (jui ne louent que le passé. Je dois instruire la postérité que c'est dans cet âge que les hommes ont appris à se garantir d'une maladie affreuse et mortelle , en se la donnant moins funeste, à rendre la vie à ceux qui la perdent dans les eaux ; à gouverner et à braver le tonnerre; à supplée.- au point fixe qu'on désire en vain d'occident en orient. On a foit plus en morale : on a osé demander justice aux lois contre des lois qui avaient condamné la vertu au supplice ; et cette justice a été quelquefois obtenue : enfin on a osé proaoncer le mot de tolérance.

— Eh bien! ma chère fille, jouissons de ces beaux jours : restons ici s'Ds durent; et si les orages surviennent, retournons dana Qotre puits. »

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