‹ Romantisme et révolution. Éd. définitive, avec une pref. nouv., de L'avenir de l'intelligence, suivi de Auguste Comte, Le romantisme féminin, Mademoiselle Monk, L'invocation a Minerve [et] Trois idées politiquesChapitre 109 sur 112 · RENCONTRE DES ATHÉES ET DES CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

RENCONTRE DES ATHÉES ET DES CATHOLIQUES

« ... les Jésuites de 1857, lorsqu'un ami d'Auguste Comte vint leur offrir l'alliance positiviste. »

(Page 262.)

Le projet de liguer les athées et les catholiques n'est pas une imagination de M. Brunetière, comme on le répète souvent.

La dernière année de sa vie (1857), Auguste Comte députa l'un de ses disciples, Alfred Sabatier, au Gesu de Rome pour y négocier, avec le R. P. Beckx, une alliance entre le positivisme et l'Institut des Jésuites contre le déisme, le protestantisme et les autres formes de l'anarchie moderne « qui entretiennent la société dans un état permanent de fermentation ».

Le Français fut reçu par un dignitaire de l'Ordre, qui, dès les premiers mots, perdit le sens de l'entretien, car il prenait Auguste Comte pour Charles Comte, l'économiste. Les interlocuteurs se séparèrent, sans avoir eu contact, sur ces mots d'Alfred Sabatier : « Quand les orages politiques de l'avenir manifesteront toute l'intensité de la crise moderne, vous trouverez les jeunes positivistes prêts à se faire tuer pour vous comme vous êtes prêts à vous laisser massacrer pour Dieu. »

Les choses ont marché depuis 1857. Du côté des Jésuites, mieux renseignés, est sorti un excellent analyste du positivisme : l'Autrichien Gruber1. D'autre part, « ces orages poli-

1. Un agrégé de philosophie, M. Georges Dumas, a résumé l'entretien du positiviste et du jésuite dans un article ironique et malicieux de la Revue de Paris (1er octobre 1898). Mais, bien qu'il ait conduit la suite de son histoire fort au delà de la mort de Comte, il s'est gardé de souffler mot des travaux du Père Gruber. M. Georges Dumas veut évidemment insister sur les différences du système

tiques de l'avenir »dont parlait Alfred Sabatier, sont devenus comme présents, et la crise intellectuelle semble plus forte de jour en jour. Celle-ci aura bientôt fait de déclasser les « libres penseurs » et les « incroyants », pour les répartir en esprits anarchiques et en esprits politiques, en barbares et en citoyens. Commentant la démarche de Comte et de Sabatier, le Dr Audiffrend écrivait, il y a peu d'années : « Le positivisme invite ceux qui ne croient plus en Dieu et qui veulent travailler à la régénération de leur espèce à se faire positivistes, et il engage ceux qui y croient à redevenir catholiques1. » « Athées » positivistes et catholiques théologiens ont là-dessus, au temporel comme au spirituel, de profonds intérêts communs, les intérêts de la tradition et du monde civilisé, menacés d'une dilapidation soudaine en même temps que d'une dégénérescence insensible. S'ils se distribuaient entre ces deux systèmes, l'un et l'autre énergiquement ordonnés, les défenseurs du genre humain auraient vite raison de leur adversaire, l'esprit de l'anarchie mystique. C'est contre cet esprit, ennemi-né des groupements nationaux aussi bien que des combinaisons rationnelles, que les deux Frances peuvent se réunir encore. Si elles ne parviennent à tomber d'accord de ce qui est vrai, il leur reste à s'entendre sur le bon et l'utile.

Je ne prétends point que cela arrive nécessairement ; mais si cela n'arriveras, nous sommes perdus.

catholique et du positivisme ; il néglige les ressemblances. Or, si les premières sont claires, elles sont d'ordre métaphysique et ne s'imposent point en un sujet de politique toute pure ; au lieu que les secondes, d'une égale clarté, sont ici d'intérêt capital. J'ai résumé ces ressemblances, ces sympathies, ces affinités, au cours d'une polémique avec M. Georges Renard, de la Lanterne, dans la Gazette de France des 11 et 23 juillet et 15 août 1898.

1. C'est d'ailleurs, à peine modifiée pour les termes, la formule dont se servait Auguste Comte dans une lettre à John Metcalf, en 1856 :

« 77 faut maintenant presser tous ceux qui croient en Dieu de revenir au catholicisme, au nom de la raison et de la morale ; tandis que, au même titre, tous ceux qui n'y croient pas doivent devenir positivistes. »

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