‹ Romantisme et révolution. Éd. définitive, avec une pref. nouv., de L'avenir de l'intelligence, suivi de Auguste Comte, Le romantisme féminin, Mademoiselle Monk, L'invocation a Minerve [et] Trois idées politiquesChapitre 108 sur 112 · TEMPÉRAMENT DE LA SCIENCE PAR LA SAGESSE · texte numérisé non relu

TEMPÉRAMENT DE LA SCIENCE PAR LA SAGESSE

« ... quand, à l'exemple de certains positivistes, on hésite à se réjouir de la perfection des microscopes ou qu'on se fait scrupule d'observer les constellations. »

(Page 260.)

C'est moins la conscience, comme le croyait Rabelais, que la sagesse dont peut être tempérée la science. Il ne faut donc point se hâter de sourire des avertissements donnés parla philosophie à l'hystérie de quelques savants.

L'ancien directeur du positivisme, M. Pierre Laffitte, dans sa Théorie générale de V enlendemenl, parle « de ces appareils de précision par qui nos sens acquièrent une si extraordinaire puissance » et se demande si le résultat en est proportionnel à l'orgueil que nous en avons.

Il écrit :

Loin de nous assurément la pensée de médire d'inventions dont plusieurs témoignent si éloquemment en faveur du génie humain et nous rendent d'incontestables services en une foule de cas particuliers ; mais en quoi, nous le demandons, ces instruments si perfectionnés nous ont-ils aidés à trouver des lois ? Ce dont nous sommes sûrs, en revanche, c'est qu'ils ont contribué à en détruire, et qu'en nous montrant quantité de faits inaperçus, ils ont contribué à ruiner nombre de relations ou de similitudes que nous tenions pour démontrées, et qui, suffisantes pour la pratique, pouvaient sans danger être tenues comme certaines. La belle avance, en vérité ! Rien ne serait mieux assurément que de perfectionner notre faculté contemplative, s'il était en notre pouvoir de perfectionner du même coup la méditation. Alors que nous embrassons déjà avec une difficulté singulière la marche des phénomènes que nos sens, dans leur médio-

crité, nous révèlent, n'est-ce point folie que d'en chercher de nouveaux ? N'est-ce point duperie que d'accumuler les obstacles, que de nous embarrasser de nos propres mains, que de compliquer le spectacle du monde quand il y aurait plutôt lieu de le simplifier ?

En admettant que cette sagesse soit un peu courte et qu'au milieu des mystères de l'univers il y ait profit pour la science à chercher parfois l'aventure, on voit ici sur quels principes se devrait régler tout au moins la conduite ordinaire de nos savants. Mais, sous couleur d'évolutionnisme, ils ont tous aujourd'hui la rage de la nouveauté, même fausse.

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