PREFACE
L'Adto-da-fé que Valence vient de célébrer à la face de l'Europe civilisée et de la royauté muette , est peut-être l'événement le plus important du siècle , parce qu'il caractérise le mieux l'époque actuelle ; c'est le grand holocauste qui clôture le Jubilé de 1856 , et qui se lie naturellement au vaste plan que les ultramontains ourdissent pour soumettre les peuples catholiques à leur pouvoir immédiat; on s'en convaincra , sans peine, pour peu qu'on ait lu les journaux jésuitiques de Rome et de Paris, lesquels n'ont jamas donné au clergé espagnol des éloges plus pompeux , (pie depuis l'assassinat religieusement juridique du malheureux RipoU. Ce grand attentat olFrait un uuignifKjue sujet à la muse sérieuse , et notre intention était d'abord de le traiter sur le ton le plus approprié à un sp(;claele de mort : mais en poésie, il faut aujourd'hui faire des concessions aux circonstances ; ce n'est (pie par le rire que le peuple veut arriver aux pleurs ; un tableau tout sombre l'efTraie, il en détourne ses yeux ;le poêle a recours à des fictions comiques pour lui apprendre de lamentables réalités.
Ces réflexions ont dirigé le plan de noire nouveau pocine ; ainsi le sujel principal qui est l'Auto-da-fé , est devenu un simple accessoire , ou , pour mieux dire , le nœud qui termine le drame. D'autres motifs encore , purement littéraires, nous ont servi de règles de conduite; il nous a semblé que la satire, agrandissant chaque jour son domaine , demandait de nouvelles formes , et voulait changer sa monotonie première en drame et en action : c'est donc une satire en quatre chants , plutôt <|u'un poëme, que nous avons essayé de faire. Comme nous avions heaucoup de héros à mettre en scène, nous avons choisi un cadre dans les plus vastes proportions, et un sujet principal autour duquel pussent se grouper, sans peine, un nombre infini de détails. Nous pensons d'ailleurs qu'il doit être permis aux poêles satiriques du 19*^ siècle, de violer quelquefois les règles et les formes anciennes pour s'en créer de nouvelles ; il est aisé de suivre à la lettre les préceptes littéraires (juancl on déclame en vers contre les médians poètes , les mauvais dîners et les sots prédicateurs; mais le poète politique qui alta([ue un pouvoir ombrageux redoute plus les réquisitoires que les arrêts du Parnasse, et il court souvent le risque d'oublier les seconds en voulant se soustraire aux preniiers par des détours adroits. Au reste , nous nous soumettons au jugement de ces censeui"s éclairés qui ont encourage nos pas dans une carrière épineuse, et qui, depuis, nous ont doniié tant de preuves dt bienveillunec.