CHAPITRE XI
devant la huile du berger Faustulus et cette lance miraculeuse du fondateur, qui, fichée en terre avec force, avait, dit-on, pris racine et s'était couverte de feuilles. De là, l'escalier de Cacus conduisait aux temples de la région, qui étaient au nombre de vingt : dix supérieurs, et consacrés à Jupiter, à la Foi, à l'Apollon Palatin (celui-ci renfermait la Diane de Timothée et l’Apollon de Scopas), à la Lune, au Soleil, à Auguste, à Jupiter Défenseur, à Cybèle, à la Fièvre et aux dieux Pénates; et dix inférieurs, où l'on adorait le dieu des Conseils, la déesse Viriplaca, modératrice des ménages; la Fortune Voisine, Jupiter Vainqueur, les dieux infernaux, Vcsta, la Victoire, et ce dieu inconnu, Aïus Locutus, qui avait annoncé la nuit l’approche des Gaulois.
Mais quoique le temple d’Apollon, fondé par Auguste après le triomphe d'Actium et décoré avec magnificence, fit l’admiration de Rome par ses portiques de marbre africain, par la richesse et la profusion de ses ornements, par ses statues, dont plusieurs étaient d'or, comme celle du Soleil , on le quittait pourtant sans regrets pour aller voir les maisons monumentales, qui, au nombre de quatre-vingthuit, respiraient toutes la grandeur, l’opulence ou le goût de leurs maîtres.
On citait parmi les plus belles celle de l'orateur Crassus, pour l’élégance de son atrium et les six colonnes de marbre d'Hymette qui le soutenaient ; celle de Catulus, lieutenant de Marius dans la guerre des Kymris, pour son portique enrichi d’un taureau de bronze conquis sur ces Barbares; celle de Scaurus, pour sa hauteur et la richesse de ses salles; celle de Cicéron, si heureusement située que de sa terrasse on apercevait presque toute la ville1 ; celle de son ennemi Clodius, estimée dix millions de sesterces; celle de Catilina, placée à côté du palais d’Auguste; celles de Drusus , de Marc Antoine et de Dion Cassius l'historien.
On se rendait ensuite par les rues Salutaire, du Faon, des Curies, de la Fortune qui revient, de celle qui regarde, d’Apollon et du Jour, au Septizonium de Septime Sévère. Ce tombeau, ainsi appelé parce que sept zones de colonnes d’ordres différents , montant en pyramide , le composaient, renfermait les cendres du terrible vainqueur des Parthes conservées dans une urne d’or. Après avoir vu ce mausolée fastueux, et qui ne contenait qu’un peu de cendre , il était curieux de suivre plus loin les progrès du génie romain dans l’imposante architecture du palais impérial. A deux pas du toit de chaume de Romulus, Auguste, quand sa modeste maison eut brûlé , construisit un édifice où se déployait tout le luxe et la puissance des Césars. Nommé palais, parce qu’il développait scs immenses portiques sur le penchant du Palatin qui regarde la montagne Aventine, il embrassait dans son enceinte le temple d'Apollon dont nous parlions plus haut, celui de Vcsta, une bibliothèque grecque et latine, le colosse de Jupiter, qui avait deux cent cinquante pieds de haut, et un arc de triomphe.
Plusieurs Césars, et notamment Tibère et Domiticn, s'étaient plu à l'orner et à
I. lu foospeetn ptrterea totius urbi» domus est iucj. (Cicéron.)
REGIONS AUGUSTALES
l'agrandir; mais ni les trésors entassés dans ses temples, ni les chefs-d’œuvre de l'art grec dont il était paré, ni le quadrige paraissant voler dans les airs, ni les marbres et les métaux précieux, taillés ou façonnés partout en bas-reliefs, en dieux et en colonnes, n'étaient admirables comme les deux lauriers plantés devant la porte principale , et qui portaient suspendue à leurs vertes branches une couronne de chêne, signe du plus beau droit de l'empereur, la clémence *.