CHAPITRE XI
distinctes, la Transtihérine proprement dite, 111e d'Fsculape et la vallée du Vatican, cette région était reléguée dédaigneusement au delà du fleuve. Ses habitants, en effet, plus pauvres encore que ceux de l’Aventin, formaient la dernière classe de la population romaine. ■
Les premiers furent des proscrits, que le sénat confina sur cet emplacement de la rive droite pour punir l'insurrection de Vellctri , et des Campaniens qui avaieut suivi le drapeau d'Hannibal. A ceux-ci vinrent s’ajouter , 396 ans plus tard , ces esclaves juifs qui bâtirent le Colisée et les monuments des Flaviens, et dans la suite, comme la proscription et la misère sont sœurs et s'attirent, tous ceux que flétrissait une profession odieuse dans les idées romaines, tels que les porteurs de morts, les malheureux voués aux métiers insalubres, et les chrétiens, s'établirent dans la région Transtibérine. il en résulta une agglomération d'habitants supérieure à celle des autres quartiers. Quatre mille quatre cent cinq lies, encombrées du sol au toit, couvraient le Trastévéré; les quartiers principaux des Jumeaux, du Censeur, des Rostres, de Longus Aquila, de la statue Siciane, de Quadratus, du grand et du petit Racilianus, du Janicule, de Brultianus, des Lares ruraux, Salutaire, de Paulus, de Lucius, du Dauphin, de Patratillus, du Dassin restauré, de la Statue Valériane, de Sauséius, Scrgius, Plotus et Tibérinus, se déployaient du nord au sud depuis le pont du Janicule jusqu'aux Jardins de César.
Chacun de ces quartiers avait, selon l’usage, son édicule ou chapelle ; mais la région ne possédait que deux grands temples dédiés à la Fortune et à Apollon, et six temples inférieurs où l'on adorait les Furies, Isis, Jupiter, Faune, Esculape et la Diane des faubourgs.
Trois morts célèbres et chers aux Romains à divers titres, reposaient sous les sarcophages du Janicule, Numa, Ludius et Statius Cœcilius : le premier avait civilisé Rome par scs lois , le second l'avait effrayée en tombant frappé de la foudre au milieu du Cirque pendant les jeux, et le troisième l'avait amusée avec scs comédies. Vis-à-vis de sa pyramide funèbre et de la statue mutilée de Ludius apparaissaient vers le Tibre, le temple de la Fortune forte, où venaient en pèlerinage, au mois de juin, des milliers de barques montées par la jeunesse romaine; le Forum des pécheurs, dont le préteur urbain réglait les fêtes ; le camp des Hébreux ; la Maison méritoire, asile des vétérans entretenus par le trésor; le palais de Symmaque; les thermes d’hiver d’Aurélien et ceux de Sévère, devant lesquels était couché un Hercule de bronze.
A deux pas s'ouvrait la porte Septimiane que distinguait le double visage de Janus ; en la franchissant et laissant à gauche le Jardin de Domitia, cette aïeule de Néron qui aurait vécu plus longtemps si elle avait eu un autre héritier, on arrivait par la vallée du Vatican au cirque du fils d’Œnobarbus et au môle d’Adrien. Le cirque de Néron, dont les constructions devaient devenir douze siècles plus tard les fondements du premier temple de la chrétienté, était fait sur le plan de celui de Caracalla, et avait
RÉGIONS AUGUSTALES
sept cent vingt palmes de long et quatre cents de large. I.es Jardins d’Agrippine le réunissaient au Tibre par ce ravin du Vatican qui abaissait la voie Aurélia. De là il suffisait de remonter la rive droite jusqu'au pont Ælius pour se trouver vis-à-vis du môle d'Adrien.
La mort n’ayant pas laissé de place pour les Césars dans le mausolée d’Auguste , Adiien , comme si les cendres d’un empereur avaient besoin d’une urne plus grande que celles du dernier de ses sujets, se construisit ce tombeau gigantesque, il amoncela une montagne de travertin, de pépérin et de marbre, afin d’élever les deux étages circulaires et terminés en pyramide, qui, avec le soubassement et la coupole, composent l’édifice. Couronné d'une pomme de pin colossale, en métal doré, ce tombeau était entouré de quarante-huit colonnes de marbre violet, et, chose qu'on aurait peine à croire sans l'affirmation d’historiens graves, de plus de sept cents statues ordinaires ou équestres 1 .
En continuant de remonter la rive droite du côté de l’ancien hippodrome, trois autres tombeaux s’offraient ensuite. Les modestes pyramides des deux premiers couvraient, dit le Scoliaste d’Horace, les restes de Scipion l’Africain et de Marc-Auréle ; la colonne fastueuse du troisième, ornée d’une statuette d’or, marquait 1a place où avaient été mis les ossements du cheval de Vérus, un des héros de la faction Verte Après ce mausolée étrange et les Jardins d’Ovide, il ne restait plus à visiter que l’ile d’Ksculape.
Les prêtres racontaient que des députés étant allés à Épidaure consulter l’oracle virent à leur retour entrer dans le navire un serpent qui se réfugia, dès qu’il en eut aperçu les oseraies, dans l’ile du Tibre, où , ne doutant pas qu’il ne fût Esculape lui-même, leurs aïeux lui avaient aussitôt élevé un temple. Caché dans le nuage mystérieux de ces légendes, et objet des secrètes terreurs du peuple , ce temple ne s’ouvrait en général que pour recevoir les esclaves vieux ou malades qu’abandonnaient leurs maîtres.
Deux ponts, bâtis depuis près de cinq siècles, l’an 613 de Rome, par les curateurs Fabricius et Coestius, et qui portaient les noms de ces magistrats, le rattachaient aux deux rives; au-dessus était le pont Palatin ou Sénatorial , dont Fulvius construisit les piles, Scipion l’Africain et Mummius censeurs, les arches, et l’ancien pont de bois Sublicius, illustré par Coclès, que le préteur Ëmilius refit en pierre , et d’ou l’on jeta le corps d’Héliogabale dans le Tibre. Au-dessus, trois autres ponts, sans parler du Milvius (depuis Ponte-Molle), situé plus haut hors des murs, mettaient Rome en communication avec la rive droite par la neuvième région. Le premier, appelé du Janicule, parce qu’il aboutissait à la colline de Janus, venait d’être restauré par Rusticus, curateur des voies et des rives; le second, dit du Vatican, et quelquefois Triomphal , ouvrait ses trois arches massives vis-à-vis de la vallée Vati-
4. l/> père N. Je B alion Je l'Oratoire : CuriooUi» de t'unt el t'atire Rome, p. 472. î. Volucri «quo muriuo Jk'pulerum in Vaticano feelt. (Camoiiüri.)