CHAPITRE XII
MOEURS ET USAGES. — VIE PRIVÉE A ROME PENDANT LES DOUZE PREMIERS SIÈCLES.
Population de Borne. — Droit qntritaire. — Les Frumentaires. - Origine de telle classe de la population de Rome. — Détail de la vie des Frumentaires. — Les Juins publics. — Les pablicalu. — Leurs exactions. — Fortunes colossales de l aristomüe. — Maisons monumentales, leor description. — Costumes du peuple et des patriciens- — Toilette dei matrone* romaines. - Repas des patriciens.- Luxe de leur table. — Naissance des enfants plébéiens et des entants patriciens. — Mariages et funérailles.
Quelque prodigieux qu'il nous semble par son immensité et ses magnificences, le monde de maisons, d’édifices, de temples, de monuments, dont nous venons de présenter une vue générale , n'était pas Rome; il n'était que l’aire de ce grand aigle appelé le peuple romain. Après l'histoire des pierres, il faut donc reprendre celle des hommes , et faire le tableau de la vie publique et privée , des moeurs et des institutions de cette vieille impératrice de l'univers païen.
Une question se pose d'abord à l'esprit quand on aborde ce sujet si souvent controversé. Quelle était la population de Rome? Ou, pour être encore plus clair, combien la ville avaitelle d'habitants trois cent vingt ans après Jésus-Cbrist? Le chiffre n’en ayant été exactement déterminé ni par les anciens ni par les modernes1, et variant, selon les
1. M Dornao-Delaiiuille. de l'Instltat. dent tes élude* sur la position et l'éteadee de Roaie, n'en porte la popalallao qu't 500,000 Ame* environ. Son erreur tient A ce qu'il a demandé a la géométrie la solution d'un problème que l'histoire peut seule résoudre. S’il s'était apposé sur rutsioire , M Bureau -Delanialle se fût bien gardé, pour évaluer la population
MOEURS ET USAGES
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uns, de cinq cent mille âmes & un million trois cent mille, et selon les autres, de quatre à seize millions, il est nécessaire de prendre pour base de notre calcul des éléments d’appréciation solides et incontestables. Appuyons-nous donc seulement sur des faits et sur ces grandes autorités historiques qu'il n’est pas permis de récuser.
Publius Victor, la Notice de l’Empire, Panvinius , Pancirole et Nardini, s’accordent tous sur le nombre des lies : ils en comptent quarante-six mille six cents. Les Iles, comme nous le savons déjà, étaient des maisons isolées, indépendantes les unes des autres , très-vastes , très-hautes , contenant une foule de logements, et habitées par des familles nombreuses qui appartenaient aux classes pauvres L’architecture particulière de ce genre d’habitations a été très-bien expliquée par Vitruve. Afin de loger l'immense multitude que Rome renfermait , on eut besoin dit-il , de bâtir une infinité de maisons ; mais comme on s’aperçut bientôt que le terrain ne pourrait suffire, on imagina un expédient qui était de hausser les bâtiments nouveaux en occupant l’air, et gagnant ainsi en élévation l’espace qui manquait en superficie. Grâce à ce mode de construction, les étages se multiplièrent , appuyés sur des charpentes admirables, mais effrayantes de hardiesse 2. Aussi, craignant pour leur solidité, Auguste limita à soixante-dix pieds la hauteur des Iles qu’on (lourrait construire désormais ; ce qui démontre que les anciennes dépassaient ce niveau. Martial nous dit en effet qu’on y voyait de son temps des escaliers de deux cents marches ’, et nous pouvons juger de leur profondeur par l'écritcau découvert à Pompe! , qui nous apprend qu'une Ile de cette petite cité contenait au rez-de-chaussée des tavernes, des chambres et des écuries *.
Peut-on supposer maintenant que dans chacun des sept ou huit étages de ces Iles, louées surtout aux classes pauvres, et composées, comme les ruches, d'une myriade de cellules, il se trouvait moins de dix locataires, hommes, femmes ou enfants T.... Nous ne le pensons pas. Mais restons au-dessous du probable; n’admettons que cinquante habitants par Ile. Comme elles étaient au nombre de quarante-six mille six cents, elles renfermaient nécessairement deux millions trois cent trente mille individus. Croit-on ce chiffre exagère!... Qu'on songe que Rome comptait trois cent cinquante mille frumentaires qui tous devaient être mariés, car le mariage donnait des droits ; qui devaient , en moyenne, avoir chacun trois enfants, car la constitution attachait des privilèges à cette triple paternité; et dont une moitié
romaine, d’aller chercher ses points de comparaison a Toulon. Toulon, en effet, ne ressemble i l'ancienne Rome ni |«ar le mode «te construction des maisons, ni par l'encombrement de U population. N. Delamalle aurait été pins près de la vérité en choisissant Lyon, qui du moins en donne aoe idée. 3unt aux auteurs contemporains qui, après avoir trouvé d'abord seize millions d’bablianu dans celte ville gigante.sque, tt’y en laissent plus, par refleziou, que treize cent mille, Ils sont en deçà de la vérité comme iis étaient au delà du possible dans leur appréciation première.
t. Domus nrbanc qua* non jonguntor communibus parielibus rum vieillis circuilaque publico aol privalo doguotur: fiera que rc macula et cukicula habebaat quac pturib us (andlilt lo> ubauiur et feri paupenarum. ( KoacEU.tR va. )