JEUX DU CIRQUE
Ils étaient au nombre de sept : les jeux enrôles ou equestres, les jeux gymniques ou des athlètes, la pompe, le jeu de Troie, les chasses, les combats à pied et à cheval . et les naumachies. Les jeux enrôles remontaient jusqu'à Romulus. Mais depuis le fils de Sylvia , qui se contenta probablement de faire courir, pour piquer la curiosité des Sabines, quelques mauvais chevaux de l'Algide, au poil gris, ou des Marais Pontins, et depuis Tarquin l’Ancien même , qui traça l'enceinte du grand cirque avec des pieux, et imagina d'atteler, à l’exemple des Orées, deux, trois et quatre chevaux à un char, ces jeux s’étaient bien perfectionnés.
La religion , qui se mêlait à tout , les avait d'abord marqués de son cachet gracieux et poétique. Ainsi on attelait aux biges un cheval noir et un cheval blanc, en l’honneur de la Lune, qui voit la nuit et le jour; on en mettait trois aux triges, en mémoire des trois Parques; quatre de front aux quadriges, par res|>ect pour le Soleil, qui marque les quatre saisons ; six aux séjuges consacrés à Jupiter, parce qu’il était le père des dieux. l)e même, les deux roues du char, construit en forme de coquille , figuraient l’Orient et l’Occident. Pour les chevaux , ils étaient sous la protection spéciale de Neptune. Si on ne songeait que la guerre ayant été la vie de Rome, le cheval, symbole si noble du combat, devait flatter ses plus doux souvenirs, on aurait peine à se figurer l’enthousiasme et les ardentes sympathies qu'excitaient les chevaux de course. Aussi Caligula, très-excentrique dans son admiration, pour ceux qui n’ont franchi que le premier seuil de l’histoire, fil une chose parfaitement dans les mœurs de Rome et applaudie de tout le peuple en donnant une crèche d’ivoire, une couverture de pourpre et une mangeoire d'or à son vaillant Incitatus. Personne ne trouva mauvais que le patricien Capitolinus eût élevé à Volucri, coureur aussi rapide que l’oiseau, une statue d’or cl un monument superbe au Vatican ; et lorsque Commode montra au peuple, assemblé dans le cirque, le vieux Pertmax, les sabots dorés et couvert d’une draperie d’or, deux cent mille voix éclatèrent, et quatre cent mille mains battirent pour acclamer l'ancien vainqueur. Grèce à cette passion des Romains pour les chevaux du cirque , nous savons les noms des beaux coureurs qui repassèrent sous les voûtes colossales des tours tnénianiennes la tête couronnée de laurier. Le marbre, en conservant leurs noms, a immortalisé tes plus illustres'.
I. Voici leurs noms : NllMus, t|'Ji .-la»; blanc ; T taras, cendré ; Decoiaïus, bai ; Viril, ronge ; le Superbe, bai-bran;
JEUX ET SPECTACLES. f*3
De ces nobles coursiers, les uns, tels que l'Hilare, Floridus, Valentin, le Cei:- ; taure, l'Iîgyptien, le Latin, avaient triomphé quatre fois ; d'autres, comme Signifrr, Pompéianus, Colynus, le Viril, seize, vingt-trois, vingt-huit et trente fois, et le noir Indus, cent vingt fuis. Les auriges ou conducteurs de chars gardaient la même proportion dans le nombre de leurs couronnes. Malunis en avait obtenu quinze , Hufus trente, Marcus cinquante-six, et le célèbre Hisponis trois cent soixante-dixhuit1. Appartenant à la classe affranchie, à la classe servile et souvent aux premières familles patriciennes, les auriges, qu'on appelait aussi agitateurs (bigarii et quadrigarii ) des chars à deux chevaux et des quadriges, composaient quatre factions nommées lu blanche, la verte, la rose et la bleue, parce qu'elles avaient adopte, comme signe distinctif, les couleurs des quatre saisons. La blanche (alha) figurait l'hiver, la verte (prasina) le printemps, la rose (rubea et russata) l'été, et la bleue l'automne dont le ciel est si doux et si pur en Italie3. A ces factions, pour ainsi dire nationales, Domilien en ajouta deux auxquelles il donna la couleur pourpic et la couleur d'or, muis qui ne lui survécurent pas longtemps.
Chaque agitateur portait un demi-casque ( gulerus ) et une tunique courte cl flottante de la couleur de sa faction. Il est à noter que ces factions formaient un corps si nombreux qu'on les nommait yreges (familles) ; elles avaient leurs préfets, leurs maîtres, leurs seigneurs, leurs patrons, leurs fondateurs, et comptaient une multitude d'employés particuliers, dont les plus importants étaient les médecins qui soignaient les agitateurs quand on les rapportait mourants ou avec un membre fracturé; les conditeurs et succonditeurs , chargés du gouvernement domestique de la faction, les procurateurs du Drôme, qui s'occupaient des chars; les aurigateurs, aides des cochers : les margaritaires , qui choisissaient les perles et les pierreries dont les tuniques des auriges étaient ornées, les morateurs du jeu, (pii arrêtaient les chevaux à la tin de la course; les selliers, les lenteurs sparteurs, cordonniers et sarcinateurs, auxquels revenaient les soins de l'habillement et de l'équipement; les vialeurs, qui précédaient les auriges, et les villici, pourvoyeurs rustiques *.
Les quatre factions avaient leurs écuries, qui ressemblaient a des palais dans la neuvième région, auprès du cirque Klaminius. Quand les jeux, annoncés avec éclat sur des alliches qu'on placardait à tous les coins de Home , se donnaient au cirque Maxime; que, pour obéir aux édits, les habitants des rues voisines avaient tendu leurs maisons de draperies, et que la munificence patricienne , afin de ménager de l'ombre au peuple , venait de couvrir un espace immense de bannes de pourpre , les agitateurs revêtaient leur tuuiquc rose , bleue , verte ou blanche , qui étince-
Poljnice, noir; Romain», bai; le Dragon, rouge, le Dévastateur, noir; le Fastuiirux, roux; te Libre, bai; le Tjrrbeme», roux; l'Amour, alezan; le délicat, de la même nuatvc; U Matrone. lai-brune; la Palme, (Mireille ; la llomuia roa«*e; la Pbedre, noire; U Perdrix, durée ; la Licence, nolrcw, rl cent autre» dont quinte siècles n’onl pu flétrir les palme».
I. Inscription d'un marbre trouvé sur IVinplarcuirnl do C lump-de- Mars et relevée par Pain inus.
3. Pline, liv nu, eli. 42. Tranquillus, In VltcUio. cb. 14. TcrtulUen, de Speruculis.