CHAPITRE XIII
s'élancent, reculent, se précipitent de nouveau, et font trembler d'espérance et d’effroi tout ce qui les entoure '.
Mais, à l’effroyable rumeur succède un profond silence; un voile blanc lancé du pulvinar impérial tombe en ondoyant dans le cirque. A ce signal , les claies peintes des carcères s'ouvrent à la fois, la trompette sonne , la chaîne suspendue aux Hermès de bronze des portes tombe , et les quadriges , placés selon le rang assigné par le sort , roulent déjà dans l'arène. La foudre , la flèche du Scythe , le sillon de feu de l’étoile qui file, ne fendent pas plus rapidement l'air. Les roues brûlent le cirque , des tourbillons de poussière jaunâtre s'élèvent et cachent les cieux. La poitrine penchée en avant , les auriges frappent à coups redoublés leurs coursiers. Ils se courbent sur eux avec tant d'audace, qu’on ne peut distinguer s’ils pèsent sur les timons nu sur les chars.
Dès que les concurrents, se dérobant pour ainsi dire aux regards, ont passé la seconde borne , un d’eux les devance tous. Les trois qui restent mettent leurs soins à ce que le premier, en se jelnnt vers la droite et en laissant un passage à gauche tandis qu'il se porte du cûté des spectateurs, soit dépassé par un char dirigé entre la borne et lui. Une lutte des plus vives, où il s'agit de la victoire et même de la vie , s’engage entre les plus ardents. Us s'épuisent en mouvements, en efforts, en cris : guides et coursiers arrosent la terre de sueur; le bruit des applaudissements va remuer toutes les âmes. Le |>cuplc est tour à tour brûlant des ardeurs de la course ou glacé par ses vives péri|>éties.
C’est ainsi que s’achèvent le premier, le second , le troisième , le quatrième tour. Au cinquième, l’aurige de la faction blanche , qu’on aurait cru d’abord sur le point d’obtenir la palme, ne pouvant plus résister à ceux qui le serrent de si près, que leurs fouets armés de balles, en flagellant les chevaux, font jaillir jusque sur son front des flots d'une écume sanglante, laisse un peu détourner les roues de son char, parce qu’il sent ses coureurs épuisés pour avoir été trop hâtés. Le sixième tour s’achève ainsi : le peuple décerne déjà la palme. L’aurige rose, qui se trouve en première ligne , voyant le blanc hors de combat et le bleu fatigué , commence à ne plus redouter les efforts de celui de la faction verte, et poursuit sa course sans inquiétude. Mais une ardeur nouvelle saisit tout à coup le dernier, qu'on n’acciicillail que par des huées; les rênes appuyées contre sa poitrine tendue en avant, le pied fortement fixé sur le char, il presse ses coureurs , qui paraissent avoir des ailes, il les encourage en les flattant de la voix, il les appelle par leurs noms, il atteint presque l’aurige rose.
Celui-ci , voyant le péril , tente un moyen désespéré , il serre la borne pour abréger sa course, mais l'aurige de la faction verte parvient à le pousser adroitement en passant, et une fois emporté, le char ne peut se replier qu’au bout de la carrière. Le bleu, étourdi par les applaudissements, s'écarte de la voie;
I. I. Argoli, De inièi C-rcnuibu». — Boulengrr, De Cire » Homme
JEUX ET SPECTAC1.KS
I prend une direction oblique , use l'ardeur de ses coursiers, et se laisse aussi devancer. Le blanc , changeant par un effort suprême la direction de son char, leute d'arrêter son heureux rival et le heurte, mais son attelage, épuisé, ne peut résister à l'impétuosité du quadrige vert. Scs chevaux de tête s'abattent : leurs jambes traînent et s'embarrassent dans les roues, tandis que les deux autres , courant toujours , brisent en fuyant les pieds de leurs compagnons. L'aurige lui-même tombe renversé de son char, et, le visage tout couvert de sang, roule dans la |ioussière. Alors éclatent des milliers d’applaudissements. Jamais l'Ossa aux forêts sombres, jamais la mer qui mugit autour du Bosphore, ne furent agités par un tel ouragan ; l'Empereur, dans son équité , ordonne qu’on joigne des bandelettes de soie aux palmes, des couronnes aux colliers, et l'album de la faction verte compte un vainqueur de plus
Les courses de chars terminées, les athlètes entraient dans le cirque. Ils étaient divisés en trois bandes : les coureurs , les pugiles et les lutteurs. Les coureurs qui paraissent avoir appartenu aux factions équestres, n'étaient qu'au nombre de quatre, et portaient les noms des vents dont ils devaient égaler la vitesse, Borée, Aquilon ,
Notus et Circius. Nus à l’exception d’une ceinture verte, blanche, bleue ou rose, qui *
leur serrait la taille, ils succédaient aux auriges, que, la plupart du temps, ils suivaient même sur le char *. Placés de front sur la ligne de craie du cirque , ils attendaient impatiemment le signal. Au son de la trompette on les voyait partir comme un tourbillon et dévorer l'espace. Borée laissait bientôt ses rivaux en arrière,
Aquilon le suivait de près, Notus & une assez longue distance; celui-ci sentait . presque sur son épaule le souffle ardent de Circius.
Sans les accidents du hasard et les perfidies tolérées dans les jeux, le premier en tête arrivait au but et remportait la palme. Mais, pour la perdre, il lui suffisait de broncher, de se retourner un instant pour regarder ses compagnons, ou d’être saisi au pied par son concurrent le plus proche, qui, désespérant de la victoire, la lui arrachait souvent par jalousie, au profit des derniers*. Les coureurs fameux ne manquaient pas à Rome, et l’on citait aux Grecs, si fiers du pâtre Polymnestor qui lassait les lièvres, un enfant de huit ans qu'on vit faire quarante-cinq mille pas, de la sixième heure à la douzième.
Le pugile, levant ensuite fièrement son front de taureau, se présentait dans la lice; il montrait ses larges épaules, et, déployant alternativement ses bras nerveux,