‹ Rome ancienne et moderneChapitre 155 sur 428 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Pollux, Hélène, Triptnlème, Pan, Camicnta, Kvandre son fils, Énée, et Itmnnliis.

Après la famille assez nombreuse des demi-dieux se déroulait sur une longue file de chars la phalange des morts illustres, sortie du palais impérial pour monter, par decret du sénat, dans l’Olympe païen. On revoyait là, taillées en or et en argent, ou en ivoire, les statues de César, d'Auguste, de Livic, de Julie, d’Augusla , de Drnsille , sueur de Caligula , de Claude , de Claudia , de Poppée , de Vespasien, de Titus, de Julia et de Domitilla, sœur de Dnmitien, de Domitien huitième; de Nerva, de Marcieu , de Trajan , de Plotine, d' Antinous, de Sabine, d'Adrien, de Paustine et de sa fille, d'Antonin le Pieux, de Vérus, de Marcus, de Commode, de Pertinax, de Sévère, de Géta, d’Alexandre, de sa mère, des trois Gordiens, des deux Philippe, des deux Valérien, de Carus, de Maxiniin, de Galérius, et enfin de Dioclétien.

Sur les truces des tcnsæ roulaient aussitôt les arinamaxes, composés de deux chars réunis, traînés par quatre chevaux et couronnés île trophées splendides. Puis se déployaient en groupes séparés , que précédait le souverain pontife , les huit pontifes majeurs et les sept mineurs, les quinze (lamines, coiffés de leur bonnet de |ieau de brebis et portant des rameaux d’olivier, le roi et la reine des sacrifices , les quinze augures appuyés sur le lituta, ou b&lon recourbé par un bout, les quindécemvirs, gardiens des livres sibyllins, les septemvirs épulons qui préparaient les banquets des dieux, les six vestales, élégamment drapées du leur paludamentum , dont la pourpre tranchait avec grâce sur une robe aussi blanche que leurs bras nus , les trente curions préposés à la surveillance du culte avec leur pontife , les douze saliens , prêtres de Mars , et les vierges salieunes dansant en l'honneur de leur dieu, et frappant en cadence un bouclier de cuivre avec une verge d'airain , les saliens agones , à la robe multicolore , au grand bonnet de forme conique , les vingt féciaux avec leur père Patral , les frères Arvales , si reconnaissables à leur couronne d’épis attachée avec des bandelettes blanches, les vingt-cinq compagnons de Titius , augures ruraux, les soixante prêtres publics des curies, les sodales augustaux, voués au culte des empereurs divinisés, les luperques ou prêtres de Pan, brandissant, pour en frapper les femmes enceintes, leurs courroies de peau de chèvre, la prétresse grecque de Gérés, les prêtres de Cybèle, et les ministres de tous l< s autres dieux.

Quand le clergé païen avait pénétré dans le cirque, douze licteurs portant sur l’épaule leurs faisceaux entrelacés de laurier, annonçaient la venue des magistrats : précédés, en effet, par les consuls tant qu'il y eut des consuls, par le dictateur, le maître de la cavalerie, l’interroi, tant que ces charges existèrent de fait, et enfin par l'empereur et ses fils quand elles ne furent plus que nominales , les magistrats défilaient les derniers. Aux consuls ou à l’empereur succédaient les douze prêteurs, les juges criminels, le préfet de Rome, les six édiles curules, les dix tribuns du peuple, les questeurs urbains, les trente-cinq curateurs des tribuns, les triumvirs capitaux, nocturnes, de la monnaie, les quatuumvirs, qui veillaient à l'en-

JEUX ET SPECTACLES. Ï47

Iretien et à la réparation des voies , les décemvirs des causes rurales , les préfets «lu trésor, les curateurs des monuments publics, les curateurs des égouts et du Tibre, le préfet du prétoire, le préfet des vigiles, les curateurs et leurs lieutenants des quatorze régions, les maîtres des quartiers (vicomayùtri) , l'avocat du fisc, les triumvirs sénatoriaux , les inspecteurs de l'ordre équestre, leurs agents et appariteurs , les scribes , les viateurs , les crieurs et les licteurs.

La pompe se déroulait majestueusement dans l’oidrc que nous venons de décrire autour de l’épine du cirque : là , aussitôt que les derniers rangs étaient placés , le consul ou l'empereur qui avait conduit le défilé levait son sceptre d’ivoire , terminé par un aigle , et à ce signal les sacrifices commençaient. Tous les prêtres se lavaient d’abord les mains, puis ils aspergeaient d'une eau pure le corps et la tête des victimes. Cela fait , on adressait aux dieux les prières et les vœux accoutumés, et , sur un signe du grand pontife , le roi des sacrifices ordonnait aux |iopes et aux victimaires de s'acquitter de leur office. En un clin d'œil alors, la victime roulait abattue sous la masse du pope, le victimaire l’évenlrait, l'augure, retroussant sa robe écarlate, fouillait ses entrailles avec le couteau sacré ; on apportait dans des corbeilles les chairs destinées à la flamme; les ministres des choses saintes, et les camilles rangés à droite et à gauche , sur le devant de l'autel , tendaient les vases et les |>arfums; les pontifes et les flamines, debout derrière la flamme, en observaient les pétillements avec inquiétude. Enfin le roi des sacrifices mettait le morceau choisi sur l’autel ; une fumée exhalant les parfums les plus suaves montait vers le ciel; les joueurs de flûte, les trompettes et les citharistes, groupés autour de l’autel , faisaient enlendrp des accords doux et graves , et , en secouant leurs rameaux humides du côté du peuple, les quindécemvirs lui apprenaient que le sacrifice était fini Les prêtres, après avoir couché sur les coussins ou pnlvinars de pourpre les statues de leurs «fieux et débarrassé l'arène des chars sacrés, prenaient leurs places , et une ardente émotion agitait ce |>euplc immense; un frémissement d'impatience courait comme le souffle de l’orage, des gradins aux loges grillées des chevaux.

L’œil attaché sur le podium impérial ou sur le balcon à baluslres de marbre du pavillon consulaire, le |>euple murmure, crie, s’indigne d'attendre si longtemps le signal des courses. Tandis que l'épouvantable et sourde rumeur de ces trois cent quatre-vingt mille voix gronde aux pieds de César, qui rit avec ses affranchis et s'amuse à irriter la vieille Itome , comme sa lionne favorite , pour l'entendre rugir de colère et l’apaiser ensuite d'un geste , les chevaux , rendus furieux par ce tumulte et les excitations des agitateurs, semblent s’enivrer d'avance ries ardeurs de la lutte. Hennissants derrière ces barreaux peints aux couleurs de leur faction, ils frémissent sous les rênes, frappent la terre du pied avec rage, lancent, en aspirant l’air à pleins naseaux, une colonne humide à travers les grilles; ils bondissent,

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