JEUX SCÉNIQUES
L’idée religieuse avait créé les jeux du cirque : les jeux scéniques sortirent de la même source. Vers l’an 392 après Romulus, une peste violente désolait la ville. Pour apaiser les dieux, les consuls Sulpicius Potitus et Licinius Stolon s'avisèrent d'un étrange moyen : ils firent venir des bouffons toscans, qui dissipèrent les terreurs de la population par leurs danses, et la guérirent en la divertissant J. Mais de cette grossière représentation théâtrale à la comédie et à la tragédie , la distance était grande encore : on mit deux cents ans à la franchir. Ce fut naturellement la satire qui servit de transitioh. Quand, pour remercier leurs divinités d'une
» Froniln, de» Aqueduc», II», t. — *. Ylrgilit Æneid., lib. ». — 1. Tiie-Lite, 11». »u.
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bonne récolte, les agriculteurs célébraient les vinalies, les dynnisiaqucs ou les opiconsives, échauffes par le vin nouveau, ils improvisaient, sans trop de souci de la mesure ni du goût, des vers pétillants d'une grosse gaieté, qu’on appelait saturniens et fescennins. Us avaient sacritié un porc A la terre, fait des libations de lait à Sylvain, et honoré les bons génies en répandant sur leurs autels du vin et des (leurs; quittes envers les immortels, ils laissaient donc éclater librement dans ces chants rustiques leurs joies et leurs rancunes*. La jeunesse romaine ajouta ces vers aux ballets étrusques; le peuple y prit goût, et les histrions ou danseurs toscans1 * 3 4 s'établirent définitivement à Rome , et se mirent à y représenter au son de la flûte des pièces qui réunissaient le charme de la poésie, de lu danse et de la musique , et qui, de ce mélange des trois genres, avaient pris le nom de satires’. Lorsque ces compositions se furent épurées, on les appela, en souvenir de la ville étrusque d'où étaient venus les danseurs , atlellanes , et on les joua ensuite pendant cent vingt-deux ans.
L’an 514 de la fondation, un esclave grec, Andronic, eut l'idcc de substituer à ces chants informes et décousus des pièces régulières. La tentative réussit. Les patriciens, trouvant ce genre plus noble, voulurent entendre si souvent Andronic, qu'il lui arriva un accident : comme il était le seul acteur et le seul chanteur de ses pièces, il s'enroua. Les patriciens lui permirent alors de prendre un récitateur pour dire ses rôles, tandis qu'il les dansait accompagné par le joueur de flûte. Voilà comment naquit la comédie latine. Dans le but d'augmenter l'intérêt des attcllanes, on y avait mêlé la tragédie & la satire, en sorte que les pièces d’Andronic, et celles d'Ennius et de Lucilius , qui les suivirent, furent bientôt les seules ayant un caractère exclusivement comique. On les nommait exodict, et on les jouait à la fin du spectacle*.
La comédie, à Rome, suivit le progrès des mœurs, et brilla surtout par une variété de formes qu'elle a perdue depuis. On eut la comédie tlataria, ou de dialogue; la comédie d'action , moloria ; la comédie élégante, palliata; la comédie noble, pretcztata; la comédie bourgeoise, togata ; mixte, rhintonica-, populaire, tabemaria ’. On eut en même temps la tragédie en robe de pourpre, trabratn, qui racontait les infortunes des héros et des dieux; et les pantomimes inventées par Labérius, et propagées avec tant de chaleur par Mécène.