CHAPITRE XIII
troyen ne le fut pas moins aux empereurs. Tibère l'avait conduit dans son enfance; Caligula le fit exécuter autour du tombeau de Drusille, et Néron adolescent y recueillit, ponrla première fois, en costume de triomphateur, ces applaudissements et ces couronnes que le peuple devait porter jusque sur son tombeau.
Pendant que les colliers d’or et les lances luisantes des jeunes patriciens brillaient au soleil dans l'arène, le préfet du cirque avait donné ses ordres. Le jeu fini , l’euripe ou canal de ceinture, grossissant tout à coup, inondait la lice ou la cavea, si l'on était à l'amphithéâtre , et une large dérivation de l'eau , entrant comme un torrent par l'immense porte du cirque, y roulait quatre ou six trirèmes pour la naumachie1. On avait alors le spectacle d'un combat naval. Comme pour les courses, le sort fixait les rangs.
Debout sur la poupe, apparaissaient d'abord les chefs, vêtus de tuniques de pourpre brochée d'or. Les rameurs ceignaient leurs fronts de branches de peuplier, et l'huile, épanchée à grands flots, coulait de leurs épaules. Assis sur les bancs, qui formaient un triple étage, et les bras tendus sur la rame, ils prêtaient l'oreille, immobiles, et attendaient le signal. Pas un coeur dans les quatre trirèmes qui ne battit, agité par l’émotion et l’ardent désir de la victoire. L'éclatante trompette retentissait enfin : aux premières fanfares, toutes les rames plongeaient à la fois dans l'eau ; les marins remplissaient de leurs cris bruyants l'enceinte et les portiques. Sous l'effort de leurs bras bouillonnaient des vagues d'écume; de larges sillons fendaient l'onde, et la surface humide du cirque s'ouvrait à grand bruit sous le tranchant des rames et de l'éperon d'airain de la proue, jusqu'à ce que la trirème la mieux montée eût atteint la borne , s'il s'agissait d'une joute , ou remporté la victoire , st l'on se battait sérieusement avec les lances et les boucliers *.
Outre ces naumachies ordinaires, pour ainsi dire, les empereurs en donnaient parfois de grandioses dans des bassins creusés exprès sur les bords du Tibre et au Champ-de-Mars. Quatre mille rameurs et mille combattants figurèrent dans celles de César; celles de Néron furent surtout remarquables par la beauté des navires incrustés d'ivoire et d'or, et celles de Titus et de Domilien par la magnificence du spectacle.