GLADIATEURS
il faut le reconnaître cependant, malgré ces efforts, les jeux de la scène amusaient faiblement le peuple. Passionné au cirque , il était froid ou distrait au théâtre, et ne sentait l’intérét se réveiller énergiquement dans son ceeur avec la passion qu’aux luttes des gladiateurs. Le combat , le péril , les incertitudes de la lutte , voilà ses plaisirs les plus doux ; le sang, l’agonie et la mort, ses voluptés suprêmes! Une joie féroce brille dans tous les yeux : la lèvre des vestales ellesmêmes, placées au premier rang, se dilate de joie; avide et palpitante d’impatience, toute cette foule qui remplit l’immense Colisée se penche vers la cavea comme si elle voulait le boire, ce sang prêt à rougir l’arène. Ils viennent, ils arrivent, les voilà ceux qui vont mourir ! — Défilant , deux à deux , sous la loge de l’empereur , ils lui montrent que leurs glaives sont de bonne trempe et leurs poignards bien aiguisés, car Rome n'entend pas raillerie sur ce point, il lui faut un combat sanglant et de larges blessures.
Quelques-uns jettent en passant ces touchantes paroles au pied du Pulvinar : o Adieu, César, ceux qui descendent dans la tombe te saluent 1 b Puis la trompette sonne, et le duel impie commence. Deux gladiateurs se détachent du groupe. Une draperie écarlate, fixée au corps par une brillante ceinture de cuivre, les distingue de leurs compagnons : l'un porte le cothurne de cuir bleu au pied gauche, au pied droit une bottine de bronze ; un long bonnet d'où pendent des réseaux d’or s'élève sur sa tête. D’une main il tient un trident , de l’autre un filet , d’où lui vient son nom : c’est le Rétiaire. Le second, armé d’une faux recourbée et d’un grand bouclier rond, a pour signe caractéristique un poisson qui forme le cimier de son casque : c’est le Mirmillon.
Ils s'attaquent avec acharnement, car la vie de l'un ou de l’autre est le prix du combat. Le Mirmillon, agile et vigoureux Gaulois, lève sa faux; on croit son adversaire atteint, mais celui-ci recule, et , lançant tout i coup le filet, cherche è en envelopper son ennemi. Le danger rend la vue perçante : se couvrant â temps de son bouclier , le Mirmillon se sauve , mais la lutte n’en devient que plus vive. Enivrés par les applaudissements et les cris du peuple , les combattants ne songent plus qu'â s'égorger. Le trident et la faux brillent et se choquent tour à tour. Bientôt le Rétiaire, qui a deux armes offensives, le filet et le trident, profite de ses avantages; il presse le Mirmillon, le force de fuir et le poursuit de ces mots empreints
4. Aussi od appela ce jour le Jour doré. ( Dion Cassius, Vie de Sfron. — Pline, idem, cb. «9. )