CHAPITRE XIII
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d'une horrible ironie : « Pourquoi fuis-lu, Gaulois ? ce n'est pas à toi que j'en veux, c’est à ton poisson! (piscem peto) » S’il essaie d’une feinte pour échapper au Réliaire, mille cris la dévoilent : il est Gaulois, il appartient à cette race délestée qui a rançonné Rome , et les fils ne pardonnent pas la honte de leurs pères ; il faut qu'il meure, et lorsqu'il s’arrête hors d’haleine, et s’appuie, pour respirer une minute, aux parois de la cavea, le Réliaire le coiffe de son filet, le terrasse, et, voyant que deux cent mille mains se tendent vers lui , le pouce renversé , l’égorge sans pitié. Un des curateurs de l'amphithéâtre s'approche, le mort est traîné avec un croc dans le Spoliarium, et le jeu continue.
Voici les Samnites avec leur bottine de bronze à la jambe gauche , leur bouclier d’argent, leur jupon de lin, et leur casque orné de plumes rouges. Encore une vieille dette de l'orgueil romain ! encore une rancune nationale à satisfaire! Rome se souvient des fourches Caudines, et croit se venger chaque fois que les gladiateurs de ce nom inondent l’arène de leur sang. Les Homoplachi , combattant par couples, et les Catervarii, qui n’en venaient jamais aux mains que par groupes nombreux, succèdent aux Samnites; les Laquéateurs, habiles à lancer le lasso, courent après les Thraces, qui leur opposent le petit bouclier et le poignard; les Dimachaircs, brandissant une épée de chaque main, repoussent les Sécuteurs, armés d'une masse de plomb. Montés sur des chevaux blancs, les gladiateurs équestres inaugurent , neuf cents ans avant le moyen âge , la folie des tournois , et tes Essédaires recommencent, avec l’attrait d’un péril déplus, celui du combat corps à corps, la course des chars. Singulière aberration de l’esprit humain ! au lieu de dépenser cet amas d'or, comme le remarque avec tant de sens uu roi barbare', pour prolonger la vie, qui fuit si vite, on ne songeait qu'à inventer des moyens plus cruels encore pour l'abréger. Ainsi l’on mettait à cheval des malheureux appelés Andabates, qui, la tête emprisonnée dans un casque sans oculaires, allaient, se cherchant en aveugles, frappant à l’aventure et se tuant au hasard, au graud plaisir du peuple et des nobles de Rome*.
L’amphithéâlre avait deux portes pour les gladiateurs. Par la première, qui s’appelait Vitraria , ou porte de la vie, ceux qui, après trois ans d’exercice, échappaient au glaive, au poignard, à la lance, au trident, au filet, ou qui, s'étant signalés dans quelque beau carnage , avaient mérité et obtenu la faveur du peuple , sortaient libres et citoyens. Le préfet des jeux leur donnait un gros bâton ( ruilis) marque de leur affranchissement; ils prenaient, s’ils étaient de condition servile, le bonnet de la liberté, et n’avaient plus qu’à se rendre à l'autel d’Hereule, protecteur des athlètes, pour y consacrer leurs subligacvla rouges ou blancs, leurs casques et leurs armes ’.
Ceux qu’on emportait au contraire, en les traînant avec un croc, par la porte
4. Heu mundi error dolendns! SI esset ulliis aeqnitaiis iniuiius, tant* diviiie pro vit! roorialiura debereni dari quanta ln mortes hominam vidrntur effuntii. ( Cassiodore, lit. v. — Epiât. Tbeodorlel Refis ad Maximum.)