CHAPITRE XIV
A ces ramilles militaires s’ajoutaient les ramilles Iril uniticnnes Nonnia, Norbana, Oppia, l’apia, Pélilia, Ruscia, Rubria, Salvia, Scribonia, Sicinia, Silia, Terentia, Tlioria, Tilia, et celles des Annius, des Axius, des Fannius, des Licinius, qui défendirenl si glorieusement la liberté du peuple romain. Régulus, de la ramille Attilia; Marins, Caton de la gens Porcia; Pompée. Labiénus, lieutenant de César, Cicéron, Agrippa, Antoine, Arria, la femme intrépide de Pœtus, et Auguste, ferment cette liste qui eiU été sans tacbe si elle n'avait contenu les femilles des chevaliers.
Mais à côté des gentes illustrées par le courage, la vertu et le dévouement, sur le champ de bataille et au Forum, on trouvait ces pépinières de publicains : les ramilles Crepercia, Flavia, Fundania, Herennia, Fonteia, Vilia, Vocenia, Mescinia, Orata, Mamurra, que l’usure et les exactions avaient gorgées d’or, et qui, poussées par les illusions et les rancunes de l’orgueil, en jetant quelques poignées de cet or volé dans la balance politique, la firent souvent pencher i> leur gré vers le sénat ou vers le peuple *.
C'est dans ces ramilles d’élite, dont les branches couvraient tout le haut de lu société romaine, que le sénat et le peuple prenaient leurs chers et les magistrats de la République. Des rois aux Césars, c'est-à-dire pendant cinq cents ans, tous les magistrats furent créés par le suffrage universel, troublé quelquefois dans sa source, géné dans sa libre expression à la suite des intrigues patriciennes , mais en principe toujours souverain. Les assemblées où avait lieu l’élection s’appelaient comices, du vieux mot cumeo, qui veut dire : je réunis. On comptait trois sortes de comices : les curistes, où le peuple était divisé par curies ; les comices centuriates, où il votait par centuries; et les comices tribunitiens, où dominaient les tribus.
Les comices se tenaient ordinairement l’été, après la récolte, soit qu’il s'agtt de nommer les consuls, les juges, les magistrats, soit qu'on eût à délibérer sur quelque objet soumis à la sanction du peuple. Pendant trois nundines ou marchés consécutifs, le héraut les annonçait à Rome à son de trompe ; puis, le jour venu, les citoyens ruraux et ceux de la ville se réunissaient au Forum, au Capitole, ou au Champ-de- Mars. Là s’élevaient des sepla, enclos construits avec des pieux comme les parcs de moutons, dans lesquels on enfermait successivement, pour les distinguer et empêcher un double vote, chaque centurie ou chaque tribu. L'étendard blanc arboré sur le Janiculr, on apportait un siège d’ivoire, le consul y prenait place entouré de ses licteurs, qui baissaient leurs faisceaux en signe de respect pour la souveraineté du peuple, et le vote commençait au son de la trompette.
Dans les premiers temps, cet acte si grave s'accomplissait avec une sorte de solennité : on proclamait le nom de chaque candidat au milieu d’un profond silence ; le postulant prenait la parole, rendait compte de sa conduite, et citait pour témoins et pour garants ou le consul sous lequel il avait servi, ou celui dont il avait été questeur, ou, s’il le pouvait, l’un et l’autre; il nommait quelques-uns des sénateurs
I. Àntonlos Augustin!», De Famihit Romanorum, in Grzviu, i. VII, p. 1140
INSTITUTIONS CIVILES
qui lui avaient promis leurs suffrages : ceux-ci parlaient en sa faveur avec autorité el en peu de mois, el re témoignage était plus puissant que les prières. Quelquefois le candidat parlait sur la naissance, l'Age ou même les mœurs de son compétiteur. Le sénat écoulait avec une gravité rensoriale, et de cette manière le mérite l'emportait presque toujours sur le crédit
Mais plus tard, la coutume de donner son suffrage A haute voix fit sortir les assemblées des bornes même de la licence : on ne savait plus ni parler à son tour, ni se taire A propos, ni se tenir tranquillement en place. Partout un bruit confus de clameurs discordantes : chacun courait avec ses candidats ; des groupes nombreux formés en vingt endroits, présentaient la plus complète image du désordre. Pour corriger cet abus et laisser au peuple plus d’indépendance, il fut rendu, à partir de l’an 61 1 de Rome, certaines lois, dites labellaires, qui substituèrent an suffrage A haute voix le suffrage par bulletin. Des émissaires payés par les concurrents, qu’on appelait diribileurs, distribuaient A chaque volant une tablette portant la première lettre du nom du candidat. L’électeur, afin de voter, était obligé de sortir du parc par un pont étroit, au bas duquel des chevaliers, nommés rogntores, tendaient un long panier d'osier tenant lieu d’urne; en passant, il y jetait sa tablette et sortait. D’autres chevaliers, portant le titre de cuilodes , gardiens, pointaient les tablettes et, en additionnant ensuite le nombre des points, annonçaient successivement pour qui la centurie ou la tribu avait voté'. C'est ainsi que les candidats, au bout de deux ans de prières, après s'être mis pendant les trois nundines qui précédaient les comices aux genoux du peuple, avoir distribué nuit et jour les sesterces A pleines mains, et traîné leur robe blanche depuis la première heure, de curie en curie, A travers les rires, les refus et les huées, étaient élus consuls, prêteurs, édiles, questeurs, censeurs, tribuns du peuple.
Les préteurs avaient été établis, comme nous l’avons vu , en l'an 387 de Rome, pour dédommager l’ordre des patriciens de ce qu’il semblait perdre au partage du consulat avec le peuple, et pour suppléer les consuls en temps de guerre dans l'administration de la justice. D'abord on ne créa qu’un seul préteur; cent vingt-trois ans plus tard on en créa deux appelés, le premier, préteur urbain et majeur, et le second, préteur forain et mineur. Dix ans ne s’étaient pas écoulés sur cette adjonction, qu’on doublait le nombre des préteurs; trente ans après, en 8S6, on le triplait, et bientôt enfin on le porta A seize membres.
Les édiles, ainsi nommés des habitations (œdet) dont ils devaient prendre soin, étaient six, divisés en trois classes : les édiles plébéiens, les (“dites curides et les édiles céréaux. Aux premiers étaient dévolus l’entretien et l’inspection des bAtimcnls