CHAPITRE XIV
et des monuments publies, aux seconds la direction et la surveillance des jeux et des spectacles, et aux derniers la mission de faire venir en quantité suffisante le blé des frumentaires, légalement partagés en trois catégories, les questeurs urbains, les questeurs provinciaux, et ceux du parricide, appelés aussi duumvirs, les questeurs, qui furent au nombre de vingt sous Sylla et de quarante sous César, encaissaient les deniers publics à Rome cl dans les provinces, et jugeaient les causes capitales ' .
Quant aux tribuns du peuple, qui n’étaient que deux dans l’origine, et qui, en l'an 283 de la ville, furent portés à cinq et soixante-deux ans après à dix, ils avaient le pouvoir d'arrêter, avec un seul mot : Veto , j’empéche, toutes les résolutions du sénat, et de suspendre l'autorité des consuls et des magistrats. Rien, du reste, ne les distinguait des autres citoyens qu'une baguette et un licteur qui marchait devant eux. Lis entraient en charge le 4 des ides de décembre, quelques jours avant les censeurs.
La censure, dédoublement politique du consulat, armait les magistrats qui l'exerçaient d'un pouvoir immense. 11 sembla bientôt si redoutable que, de cinq années qu’il durait d'abord, on le réduisit à un an et même à six mois. Les censeurs affermaient les biens et les revenus de la République; ils édictaient des règlements somptuaires ayant force de loi, dressaient la liste du sénat et en retranchaient les membres indignes, ôtaient le cheval entretenu par l'Êtat aux chevaliers, changeaient l'assiette des tribus et en renouvelaient à leur gré le personnel, privaient un citoyen du droit de suffrage, notaient d'infamie patriciens et plébéiens s’ils avaient contracté des dettes sans nécessité, manqué de courage il la guerre, violé les coutumes anciennes ou porté un faux témoignage.
Assis sur sa chaise curulc, celui des censeurs que désignait le sort faisait, tous les cinq ans, le recensement de la population au Chainp-de-Mars. Chaque tribu défilait devant lui , et chaque citoyen était tenu de déclarer son nom, son âge, celui de ses enfants, le nombre de scs esclaves et la valeur de sa propriété. La moindre dissimulation était punie des verges, de la perte de la liberté et de la confiscation. Ce recensement quinquennal s'appelait lustre , & cause du sacrifice expiatoire d’une truie, d'une brebis et d'un taureau que faisaient les censeurs à la clôture du cens pour purifier le peuple ’. Après avoir brûlé une queue de cheval encore saignante , celui de ces magistrats qui présidait à la cérémonie prononçait cette sage prière composée pur Scipion l’Africain :
« Puissent les Dieux immortels maintenir la République dans ses bornes actuelles* I »
Dépouillés de toutes ces prérogatives souveraines sous l’empire et réduits au vain titre de maîtres des mœurs , ces censeurs furent supprimés de fait sous les successeurs de Domitien.
1 Merula, Mores r elerum Rouuuorum.
i. Properce IV.