‹ Rome ancienne et moderneChapitre 218 sur 428 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ces impies qui se vaillent d'effacer avec un peu d'eau tous les forfaits dont un homme est souillé '.

Il n'en fallut pas davantage pour rendre Constantin l’exécration de Rome païenne. Elle se leva comme un seul homme pour maudire ce traître qui, du haut du trône des Césars, donnait publiquement la main aux chrétiens, et conspirait ainsi la ruine de la société antique et de l’empire. Constantin , alors soutenu en ses desseins par l'ardeur de réaction qui entraînait les chrétiens malgré eux, et poussé en avant avec plus de violence encore par les résistances qu’il rencontrait et les outrages dont il était accablé, mesura son énergie sur les obstacles à vaincre et foula tout aux pieds.

I.a Lauari* bt u Victoire. — Rome eut beau frémir de colère , la Victoire disparut des monnaies: les dieux furent jetés hors du palais d'Auguste, ouvert il deux battants aux confesseurs et aux évêques; les aigles elles-mêmes, dont les légions suivaient depuis douze siècles le vol triomphal , cédèrent la première place au labaruni. Un christ, tissu en fils d'or sur un voile de pourpre qui flottait à l’antenne d’une longue lance dorée , mena désormais les Romains au combat. Mais ce qui acheva d'irriter le vieux parti national tout puissant encore, ce fut quand Constantin refusa de célébrer les jeux auxquels la tradition attachait la conservation de Rome et de l’empire.

Il était dit dans les livres sibyllins : toutes les fois que le temps, en mesurant le cours de la vie mortelle, marquera cent dix ans, souviens-toi, 6 Romain , car l’oubli te serait fatal! souviens-toi de faire des sacrifices aux dieux immortels dans ce champ que le Tibre baigne de scs ondes Constantin n'ignorait pas que les cent dix ans étaient accomplis , et il oubliait volontairement la célébration des jeux séculaires, malgré les instances du peuple et du sénat. Rome en conclut que l'ennemi de ses dieux voulait la ruine de l'empire, et les malédictions éclatèrent autour de l’empereur avec une telle furie qu'il dut songer à choisir un autre séjour ’.

Constantin quitte l'Occident. — Ce fut alors qu’exaspéré par ces outrages, Constantin s’empara d’une idée vieille déjà de plusieurs siècles dans le monde romain. Depuis la conquête de l'Orient, de sourdes rumeurs circulaient parfois dans la ville. On disait tout bas qu’il était question de transporter le siège de l’empire à l'autre bout de l’univers. Alexandrie était même désignée comme la future métropole. Suétone assure que les conjurés prêtèrent ce projet à César : Antoine l'avouait hautement; on soupçonna Caligula , Néron et Titus d’en nourrir l'arrière-pensee.

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