‹ Rome ancienne et moderneChapitre 217 sur 428 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

prosélyte, et pour les païens le souveraiu pontife, le premier protecteur de leurs dieux. Los avantages de cette position ralliant les deux partis lui donnèrent la victoire. Maxence, dont les légions avaient déjà reculé à Suze et à Vérone, essaya vainement d'arrêter son rival à neuf milles de Rome : abandonné des siens au premier choc sur le champ de bataille des Roches rouges (Saxa Rubra), et chaudement poursuivi, il se noya en fuyant au pont Milvius, où il avait fait placer comme défense un ponton à bascule qui céda sous lui et l'engloutit. Constantin entra donc à Rome au milieu de l’allegresse générale. L'immense population de celte ville accourut pour applaudir à son triomphe et insulter à la tète de Maxence, qu’on portait sur une pique devant son char.

Maître de Rome, Constantin, par un édit daté de Milan, confirma les édits de Galerius en faveur des chrétiens. Mais son adhésion au christianisme se borna, pour le moment, à cet acte d'équité. Toutes ces poétiques visions de labarum et de croix lumineuses n'ont brillé que dans l'imagination du bon évêque de Césarée. Quatorze ans après la bataille des Roches rouges, personne ne savait au juste quelle religion professait réellement Constantin. Tenant la balance du pouvoir égale entre les deux cultes pour continuer à se concilier les deux partis, il trompait, avec la dissimulation du caractère oriental qu'il avait sucé au sein de sa mère Héléna , la crainte et l'espoir des deux camps ennemis, en publiant dans la même année deux édits , l’un pour prescrire d'observer religieusement la célébration du dimanche, et l'autre pour régler, comme souverain pontife du paganisme, les cérémonies des aruspices'. Déconcertés par ce système d'équilibre politique, les païens et les chrétiens examinaient attentivement la conduite de Constantin , mais avec des dispositions bien différentes : les uns, par un mouvement de zèle et de vanité , exagéraient les preuves et l’évidence de sa foi ; les autres, au contraire, jusqu’au moment où leurs craintes se changèrent en certitude, s’efforcaient de cacher à tous et de se cacher à eux-mêmes que le chef de l’empire et de la religion allait trahir les dieux de Rome *■

Triomphe dk Coustastir. — Tant que Licinius, qui avait épousé sa sœur, posséda l'Orient, c'est-à-dire la plus belle moitié de l'empire, Constantin fut impénétrable; mais à peine ce rival, attaque à l’improviste sous prétexte qu'il persécutait les chrétiens, eut— il subi le sort de son beau-frère Maxence , que , fort de l'autocratie impériale réunie sur sa tête, Constantin ne dissimula plus. A son retour à Rome, ses véritables sentiments éclatèrent. C'était en 3iÜ. En réjouissance de sa victoire, deux solennités, la dédicace d'un monument et la célébration des Viccnnales, l’attendaient sur la voie Sacrée et au Capitole. Emporté par cette fièvre d'adulation et de bassesse qui a rendu son servilisme immortel, le sénat ne crut pas avoir assez fait en etfaçant le nom de Maxence de sa superbe basilique et en lui substituant celui de Constantin ; pour eleruiser le souvenir du désastre du Pont Milvius , il venait d’cle-

Code Tkeodotkn, Ht. il, lii. tiii, le* 1.

8. l’.ililwtt , llnlory of lhe décliné and fait of lhe roman empire.

CONSTANTIN

3ÏÎ

ver, en face de l'amphilhétïlre Flavien, un arc de triomphe à trois portes. Huit colonnes de niarhre de Numidie , soutenant chacune la stntue d'un soldat barbare, en décoraient les deux façades: il était orné de magnifiques bas-reliefs, débris d'un arc ancien de Trajan, et d'autres sculptures, d'un style corrompu par la décadence des arts, représentant grossièrement la prise: de Vérone , l’événement du pont Milvius, l'empereur, couronné par la Victoire, foulant les Barbares aux pieds de son cheval , Rome assise, des fleuves, des nymphes et les saisons, emblèmes de l’éternité. Le char triomphal du vainqueur, attelé de quatre chevaux de bronze, en couronnait le faite. Il portait l’inscription suivante, écrite sur l'attique en lettres d'airain :

A l'Empereur César Flavius Constantin très-grand ,

Pieux. briireut . auguste. le Sénat et le Peuple Romain Ont dédié cet Arc insigne de triomiilic En reconnaissance de ce qu'il a délivré généreusement .

Avec son armée , et vengé la République opprimée Par un tyran et sa faction.

Une les années suivantes tassent comme les dix et les vingt dernières ! 1

li. ainsi as sacrifier a Jipitcr. — Cet arc, tout couvert des symboles du paganisme et dans lequel on ne découvre d’autre trace de la religion qu'aurait professée l'empereur depuis quatorze ans , qu’une allusion timide et ambiguë interpolée quelques siècles plus tard 1 , fut dédié devant Constantin, par les prêtres de la majorité de son peuple. Comme il n'avait pas encore renoncé publiquement au culte de ses aïeux, Constantin se tut; car s’il eût refusé son adhésion aux sacrifices, les païens, qui tenaient note de tous ses actes, en auraient instruit la postérité ; mais lorsque le sénat, les chevaliers, les magistrats, les pontifes et l’armée le menèrent au Capitole pour adresser aux dieux les vœux décennaux et vicenuaux, c’est à- dire pour les remercier de la prospérité dont il avait joui pendant les dix premières aimées et les dix dernières de son principal , au lieu de prendre l’encens des mains des prêtres , il se détourna avec mépris, et, proférant les paroles les plus outrageantes h la majesté de Jupiter, quitta le Capitole. Le sénat et surtout la caste sacerdotale, restés fidèles aux autels de leurs pères, se voilèrent d’horreur. Un cri d’indignation et de colère, parti de toutes les bouches, maudit le déserteur, et les flammes racontèrent ainsi au peuple l’histoire de sa conversion. Quand il eut fait étrangler, dirent-ils , dans l'ivresse de ses triomphes , le frère de sa sœur Commoda , qu'il eul égorgé son propre fils Crispus et ordonné d'étouffer dans la vapeur de ses thermes l’impératrice Fausta, qui avait trahi, pour le sauver, son père et son frère, il vint implorer du flamiue dial des lustrations expiatoires. Le prêtre de Jupiter ayant répondu qu’il n’en avait point pour laver de tels crimes, il s'est adressé ii

I. Celte inscription est on des témoignages les plus importants de l'histoire; car. en constaunt la part que prirent Constantin avec son fils a une (été parcmrnl païenne , elle recale b la date ll\ee pur Zuiiuu* 1a convertiou de rei empereur et met b néant tomes les fables placées avant 347.

X. On substitua ces mots institut* dirinilati* menti*, qui soûl d'une latinité très-douteuse, b la formate du rilnel païen; mai», pour tperer ce changement, il fallut deurber la partie du marbre qui contenait les premières lignes : or celle qu’on mil b la place trahit ennue aujourd’hui le faussaire, rar elle ne s'adapte nullement b la table primitive.

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