CHAPITRE XVIII
PRÉFETS DE LA VILLE
Préfètlnre urbaine. — Attnbatiotis de» Préfets de Hmue. — Juge* des rlM*cs sarrees et pcrsémieui» de» Chrétiens. — Ils remplareni les F.u»|», rcur*. - Caractère de leur administration. - Le neveu de Cons amin ri Ma;nentius. - Vigueur des Prefel». — Troubles religi us — Le fils de Constantin. — Réaction pair nue — Emeutes. — Les Magiciens et les Empois itueurs. — Syiuinaqne cl Tbèotlose. — Latte de U Victoire et de la Crois. — Le» l'snrim du t*« siècle. — Stilicbo. — On rétrécit de moitié l'enceinte de la tille. 40C. — Table»o mor;i'. de Rome.
Le départ de Constantin et son séjour à Byzance n'exercèrent pas d’abord sur les destinées de Rome l'influence que l'histoire leur attribue. Bien que dépouillées moitié du titre de capitale du monde ruinai», la vieille cité des triomphes ne perdit rien de son prestige à l'éloignement des Césars. A peine si elle s’aperçut de leur absence, à laquelle les longues guerres et les déplacements forcés des chefs de l’empire l'avaient accoutumée depuis longtemps. Constantin eut beau, pour donner le change è l’esprit des peuples, diviser sa ville en quatorze régions et former des curies , des tribus et un sénat; comme en transportant l'image de ces grandes institutions dans la nouvelle Rome, il ne pouvait y transporteries douze siècles de gloirede l’ancienne, Byzance ne fut , pendant quatre-vingts ans, que l’ombre de sa rivale. L’empire seul était blessé à mort par ce changement , qui , en reculant le centre du pouvoir quand il devenait si nécessaire de le maintenir près des Alpes, livrait d’avance l’Occident aux Barbares.
Rome, au contraire, délivrée des tyrans du Palatin, se crut, le lendemain de la fuite du parricide, indépendante et libre comme avant 1’usiirpation impériale. L’admirable constitution de la République avait si bien prévu tontes Ips éventualités
PRÉFETS DE LA VILLE
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et rencontrait tant de respect et d'obéissance , que l’autorité changea de nom et de main sans la moindre difticullé. La transition s’opéra sur-le-champ par cette voie légale qui plaisait tant au peuple. L'empereur parti, le préfet de la ville le remplaça, et les choses restèrent sur le même pied que la veille. Le peuple conservait sa royauté nominale, son froment quotidien , ses thermes, ses théâtres, et le sénat se retrouvait debout avec la majesté de ses attributions, qui, n'étant plus effacée à demi par celle de César, semblait plus haute et plus illustre Le seul cfTet remarquable de cette révolution , fut de ressusciter tout à coup le pouvoir des consuls pour en armer la préfecture urbaine.
PaarscTtiaa tmBAisE. — Cette magistrature, que nous avons entrevue h peine jusqu’ici, était née avec Rome. Tacite en attribue l'idée à Romulus, qui institua, dit-il, les préfets pour remplacer les rois absents. Sous la république, ils remplacèrent les consuls; ceux-ci n’ayant plus occasion de s’absenter pendant l’empire, l'importance des préfets s'abaissa comme les faisceaux; ils tomlèrent au sixième rang des grandes magistratures, et placés après les questeurs, les édiles, les préteurs , les légats et les proconsuls, ils n'eurent plus à s’occuper que de la célébration des fériés latines et des soins secondaires de police et d'édilité. Mais dans une ville de quatre millions d'âmes, ces détails administratifs constituaient une immense autorité. Le préfet de Rome était chargé de surveiller l’arrivage, la mise en magasin et la distribution du blé des frumentaires; il contrôlait les poids et les mesures, sur lesquels était gravé son nom ; il fallait que sa vigilance embrassât à la fois les marchés du vin et de la viande, les pistrines ou boulangeries, les moulins, les aqueducs et les spectacles ; il avait la direction des travaux publics , la nomination des chefs des corporations et des décuries, le soin des testaments et des successions ouvertes à Rome. Comme arbitre des choses sacrées , il fut revêtu plus tard d'une puissance judiciaire absolue qui s'étendait hors de la ville, en vertu d'un décret d'Auguste, jusqu'au centième milliaire, seule limite de son ressort administratif *.
Las Préfets rkwflaceîit lf.s Ehfiritors. — Un luxe magnifique relevait l'éclat de cette dignité : comme les Romains aimaient à imposer le respect par le déploiement de leur splendide opulence , le préfet portait la trabéc sénatoriale , le manteau de pourpre, les calcei ou bottines diversicolores, l’une de pourpre , l’autre de drap d’or, et ne paraissait en public que dans un char trniné par quatre chevaux blancs. Magistrats éminemment utiles sous les premiers Rois , bien que leur charge ne durât qu'un an, les préfets laissaient, en général, de bonnes traces de leur passage au pouvoir urbain. Rome, reconnaissante, a écrit sur le marbre les noms
4. Il avait sous se* ordres ceux qu'on nommait le* officier* de la ville ( officiales urbis). c'est-à-dire le prrfel Je l'annone ou froment public, le centenier du port, les naviculaires, les tabulaire*, les appariteurs, les boulangers, les inspecteurs de la chair de porc, les mesureurs, le préfet «le ces gardes appelés Vigiles parce qu’ils répondaient la nuii de la sûreté de la ville, le maître du cens chargé d'évaluer les bieus des citoyens, les curateurs da port, des aqueducs et des cloaque', ceux des grands travaux qoi avaient dans leur département les cirque* . les amphithéâtres et le Champde-Mars, les curateurs des édifices attaché* à chaque forum, aux btbliollièques, aux lbe*tres, aux basiliques, aux rurles, aux arcs de triomphe, les curateur* des statues, le tribun des chose* brillante», élu |>our entretenir la propreté et l'élégance des lui»*, des temples, des forums et des voies, cl pour l'aider dans les moindres attributions un ttralre ou pro-prrfet. — Voir llujas. C.odefroi : Diaetfr, liv. i, lit. xtt.