‹ Rome ancienne et moderneChapitre 238 sur 428 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

leur chef leur abandonna les douze autres. Quand il mourut, au bout de trois mois, des fatigues de la campagne, il ne restait plus dans ces malheureuses régions que la faim et la peste. Les deux qu’ils avaient épargnées les nourrirent encore quatre mois, au bout desquels Gondibar, neveu d'un patrice qui s’était fait nommer maître de la milice par Olybrius, voyant que la peste venait d’emporter ce triste César, en alla créer un autre aussi impuissant à Ravenne. Déposé en 473, le successeur d’OIybrius cédait ce nom dérisoire d’empereur à Ncpos; celui-ci en était dépouillé en 47 1 par Oreste, qui le donnait à son lits Romulus en 473.

Avec cette fatale année allait finir l’empire d'Occident. Le même jour qu’Orestc , ancien secrétaire d’Attila, proclamait Auguste ce fils que Rome , toujours railleuse malgré ses désastres, surnomma si justement Augustule, Odoacre passait les monts avec une nuée de nouveaux Barbares qui venaient comme des chacals au cadavre de l’Empire romain.

Parti du fond de la Hongrie avec des masses d’Hérules aux joues pâles , et de Turcilinges vêtus de peaux , Odoacre traversait les Alpes Noriques : on lui montra la cellule d’un solitaire nommé Sévérinus dont le pieux renom remplissait ces montagnes. Le chef barbare arrête son armée , et va demander à la grotte sainte la bénédiction de Sévérinus : il l’obtint , et lorsque , pliaut sa grande taille pour sortir de la cellule, il avait déjà la tête hors de la porte, voici les paroles qu’il entendit : o Va maintenant en Italie, va, toi qui es couvert de viles peaux de bêtes . bientôt tu ne sauras que faire de la soie et de l’or ' . » Celte prophétie s'accomplit. Battu, pris et tué à Plaisance , Oreste emporia dans sa tombe le dernier espoir de l’empire. Alors Odoacre vint à Rome , s’en proclama le roi en 476 , et força le timide Augustule à se dépouiller humblement à ses pieds de ces insignes impériaux que des Romains ne devaient plus revêtir.

Telle fut la revanche des Barbares; telle fut la fin de l’empire de Rome après cinq cent six ans de durée. D’Auguste à Augustule, en y comprenant les tyrans, cent douze empereurs portèrent la pourpre , et dans cette multitude de souverains , à l’exception de cinq ou six, on ne rencontre pas un seul homme qui ait songé sérieusement au bien public. La passion du pouvoir suprême pour la grande autorité qu’il donnait et les trésors dont il rendait maître , l’ambition de s’élever au gouvernement du monde pour apparaître un moment sur ce faite auguste couronné des rayons de la vanité , un égoïsme féroce, une soif ardente de jouissances à satisfaire aux dépens de l’honneur et de la dignité du genre humain, voilà tous les mobiles des Césars. Jamais gouvernement plus misérable et plus pervers n’a pesé sur les hommes.

La république était pleine d'excellents germes, mais les autocrates les étouffèrent ou leur firent produire des fruils amers. En dépouillant les peuples de leurs droits, ils avaient pactisé avec les aristocraties , qui étaient devenues leurs

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