‹ Rome ancienne et moderneChapitre 279 sur 428 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

peuple se jeta sur son cadavre, le traîna dans toutes les rues, et, après l'avoir déchiré à coups de lance, l'abandonna aux chiens sous la statue de Marc Aurèle. C'est là que le clergé vint le chercher le lendemain pour lui donner la sépulture.

Cara créas ns la Réfublioub romaine au moyen ace. — Cencius supporta trois ans son successeur : au bout de ce temps il le chassa et ne consentit à lui rouvrir les portes de Rome que lorsqu'il apprit que le pontife offrait au jeune Othon III la couronne portée par son père et son grand-père. C’était le seul moyen pour les papes de briser le cercle dans lequel les reléguait inflexiblement la constitution politique de Rome. Formée comme autrefois des deux éléments les plus opposés, l’aristocratie et la démocratie, la République de Rome au moyen Age offrait une cohésion, un ensemble de vues, une unité d’action qui surprennent dans ces temps sauvages. L'esprit municipal , rejeton immortel de la vieille liberté romaine, et le souffle d'indépendance qui passait parfois sur le Forum dans le souvenir des aïeux, avairnt-ils seuls fait ce miracle? On pourrait le croire. Car les peuples comme les enfants apprennent tout par tradition et par habitude. La tradition du moyen Age qui survivait à Rome même, c’était que le peuple d’autrefois avait été libre : le peuple d'alors voulait donc être libre, et il se croyait dans la voie de ses pères en choisissant les décurions de ses quartiers et les chefs de ses corporations, en élisant ses sénateurs et ses papes cl gardant le droit d'acclamer les empereurs. Suivant assez docilement les nobles , car l'antique et religieux respect du patricial vivait toujours au fond du cœur de ces hommes , tous (ils d’esclaves, d’affranchis ou de clients , les Romains , ouvriers ou bourgeois , qui formaient la masse du peuple au moyen âge, se tenaient en général vis-à-vis de l’Église dans une froideur mêlée de défiance. 11 était rare qu’ils se portassent de son côté. Les papes, forcés dès lors de chercher un point d’appui ailleurs, appelaient à grands cris les rois d'Allemagne , qui les couvraient d’une protection réelle en échange d'un titre idéal.

Vengeance n’OrnoN. — A l’insu du consul Cencius et du sénat, Grégoire V reprit donc le projet de ses prédécesseurs et la reconnaissance lui en aurait fait un devoir quand bien même elle n’eût pas été conseillée par la politique, puisqu’il n’était monté sur la chaire de Saint-Pierre qu’à la recommandation d'Othon 111, son cousin , recommandation appuyée par une armée : Othon reçut donc la couronne impériale dans le courant d’avril !)!)6, à deux pas de la tombe de marbre qui renfermait les cendres de son père, et le (" mai il tint un plaid hors de la porte Saint- Laurent. Dans ces assises féodales, dont le but était d’effrayer les Romains, on lit comparaître Cencius, et les conseillers de l’empereur soufflèrent à leur maître le discours le plus sévère et le plus menaçant. Le comte de Tusculum l'écouta en souriant; il entendit parler d’exil, de châtiment, de pardon accordé à la seule considération du pape avec un calme ironique , et pour montrer aux Allemands le cas qu’il faisait de leur colère, à peine le jeune empereur eut-il quitté Rome que Cencius enleva au pape tout ce qu'il possédait et quand il l’eut fait habiller

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