‹ Rome ancienne et moderneChapitre 278 sur 428 · LES COMTES DE TUSCULÜ.M · texte numérisé non relu

LES COMTES DE TUSCULÜ.M

punie. Un loi mépris de l’autorité impériale exigeait une éclatante vengeance; elle ne se fit pas attendre. Au commencement de 9110, Othon, qui était toujours sur le chemin de Rome, reparut de nouveau avec ses Allemands. Il commença par exiler au delà des monts les consuls de la ville et par faire pendre les décurions; il mit ensuite le préfet instigateur de tous ces désordres entre les mains du pape. C'était une belle occasion pour Jean XIII d'imiter celui qui guérit la blessure de Malchus, mais les papes du moyen Age connaissaient mieux la loi du talion que l’Évangile. Lorsque Jean XIII tint le préfet, il commanda qu'on lui coupât la barbe, et qu’on la suspendit comme trophée, dans l'ancien Forum, au cheval de bronze de Domitien. Cet ordre exécuté, on attacha le patient tout nu sur un inc, la tête tournée du côté de la queue de l’animal qu’il était forcé de tenir comme une bride. On lui empanacha la tête avec des plumes pour le punir de ses sarcasmes contre le pape , et , dans cet équipage on le promena avec une sonnette au cou dans toutes les rues de Rome en le flagellant à chaque carrefour. Ne pouvant châtier de la même manière Roffrrd et un autre noble qui étaient morts , le pape lit ouvrir leurs tombes et jeter les cadavres dans le Tibre.

Qui sème le vent recueille la tempête : de ces ossements profanés allaient naître d’autres violences. Toute la famille de Marozie n’était pas dans le sépulcre ou dans l’exil. Derrière les grands murs du château Saint Ange il restait encore un frère de la célèbre patricienne. Tant que l’empereur vécut, le vieux Crescentius ou Cencius, comme l'appelait le peuple en abrégeant son nom, parut aussi insensible que les statues oubliées sur le monument. Mais, aussitôt qu'Othon eut payé le tribut funèbre, Cencius se réveilla. Sortant tout à coup du château Saint-Ange , où les ennemis de sa famille le croyaient enterré , il monte au palais de Latran suivi d'un groupe de farouches vassaux, saisit le pape qui s’y trouve, c’était Dcnoit VI, et lui ôte la vie comme l’avaient perdue les décurions de la cité avec la corde. Il avait |K)ur complice un cardinal nommé Roniface Ferruci, qui s’éleva au trône papal en mettant le pied sur le cadavre de Benoit. Celui-ci ne l'occupa qu’un mois. Le frère de Marozie avait un parent qu'il voulait faire pape, Bonifacc dut bientôt quitter Rome et s'enfuit à Constantinople , mais il ne partit pas les mains vides. En sortant du palais de Latran il emportait le trésor pontifical et tous les vases sacrés de la basilique de Saint-Pierre.

La piété des pèlerins qui affinaient à Rome quand les Sa-razins ne fermaient fias trop hermétiquement les Alpes , eut bientôt réparé celte perle , et sous le gouvernement de Cencius ou de son fils onze années s’écoulèrent sans troubles. Le désordre ne recommença qu’en 9K4, nu retour de Bonifacc Fcrruci. Soit qu’il fût enhardi par la mort d’Othon le Roux , soit qu'il eût des intelligences avec le comte deTusculum, Boniface, ou plutôt, comme l’appelait Gerbert , lUali/ace, arrive comme à l'improviste, lue le pape Jean XIV et prend audacieusement sa place. Il la garda quatre mois. Vers la fin d'avril un coup de poignard l’envoya rendre compte de ses meurtres et de scs vols au tribunal de Dieu. Il était si abhorré que le

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