‹ Rome ancienne et moderneChapitre 308 sur 428 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

avaient vote contre lui, et Sciara, leur neveu, ne s’était fait aucun scrupule de lui enlever la plus grosse partie de son trésor dans les gorges d’Anagni. Pour se venger de ces deux outrages et humilier une famille trop puissante, en 1297 il lança contre ses deux chefs une sentence d'excomunicalion , et les déclara déchus de leur dignité ecclésiastique et de leurs titres. Jacopo et Pictro délia Colonna en appelèrent au futur concile et se retirèrent dans leurs châteaux. Maître du terrain avec les Orsini, Boniface excommunia tous les Colonna et ne laissa pas une pierre du palais qu’ils .avaient élevé depuis deux siècles dans le tombeau d’Auguste.

Enflé de ce succès, périlleux déjà, car jamais les papes n’avaient été les plus forts en luttant contre la féodalité romaine, Boniface eut l’imprudence, après avoir battu le chien, comme dit le proverbe italien, de provoquer le lion. Sans se demander si les foudres de son excommunication ne seraient pas éteintes avant d’arriver en France, il les lança contre Philippe le Bel, qui, ne voulant pas que le pape levât des tributs sur ses sujets, défendait par un édit sévère de transporter hors du royaume ni or, ni argent, ni bijoux, ni munitions de guerre. En attendant l'effet de cette bulle, qui ne fut pas, comme nous le verrons bientôt, celui qu’il espérait, Boniface VIII prêche une croisade contre les Colonna, leur enlève Nepi, Zagarolo , Colonna, et les donne en fief aux Orsini ; puis il célèbre le jubilé universel avec un éclat extraordinaire.

Le Jubilé cmversel. — Le jubilé est la réminiscence païenne des jeux séculaires. Pour cacher sous une idée chrétienne le but de cette vieille fête si auguste dans les premiers temps, on accordait, diton, une indulgence plénière à ceux qui chaque centième année visitaient l’église de Saint-Pierrè. C’était du moins ce qu’assurait la tradition populaire. Ne trouvant rien à cet égard dans aucun livre, Boniface se fit amener à Latran un vieillard âgé de cent sept ans, qui dit devant les cardinaux : « Je me souviens qu’il y a cent ans, mon père, qui était laboureur, vint à Home et y demeura pour gagner l’indulgence jusqu'à ce qu’il eût achevé ses vivres. Il me recommanda d’y venir la prochaine centième année si j’étais encore en vie, ce qu’il ne croyait pas. »

Sur ce témoignage , le pape promulgua une bulle qui excita un enthousiasme général. En janvier et février 1300, les pèlerins affluèrent en tel nombre de tous les points de l’Europe, que, selon l’historien Villani, il n’était pas de jour où l’on ne comptât à Home deux cent mille étrangers de tout rang, do tout sexe et de tout âge. Les bénéfices du pape furent énormes : tout le jour et toute la nuit deux prêtres, qui se tenaient devant l’autel de Saint-Pierre, ramassaient avec des rateaux l’argent offert par les pèlerins ’. Au milieu de ccsjoies, Boniface reçut de mauvaises nouvelles de la France ; loin de s’en alarmer, son orgueil s’en indigna. Comme ce magnanime pécheur, ainsi que l’appelle Benvenuto d’imola, se croyait réellement le suprême arbitre de l’Europe, le souverain des souverains, il annula de son autorité pontifi-

Page 1