CHAPITRE XXIV
et les Guelfes. En choisissant cet ambitieux désappointé, Capocci avait eu la main heureuse. Poussé par les chefs du parti populaire. Henri de Castille se jeta sur la noblesse avec ses braves Espagnols et l'écrasa. Les tours superbes de Napoléon et de Matteo Orsini, de Giovanni Savello, de Pietro et Angelo Malabranca, furent mises au niveau du sol ; il dépouilla les sacristies et les églises de tous les objets précieux et des dépôts d’argent qu'elles renfermaient , et ouvrit ensuite les portes de Home au jeune Conradin , le rival de Charles et l'Achille des Gibelins. '
Moat »a Comudir. — C’est de Rome que partit, dans l’été de 4268, ce dernier et poétique rejeton de la maison de Souabe pour aller disputer les Deux-Siciles à son rival et savoir qui l'emporterait de l'aigle d'Autriche ou de la fleur de lis de France. Vaincu par les vieux chevaliers français, Conradin eut le malheur de tomber entre les mains d’un Frangipani qui le vendit à son ennemi. Mais Charles flétrit un beau triomphe dans le sang, et quand la blonde télé de cet enfant eut rebondi sur l’échafaud au milieu du marché de Naples, il reprit le titre de sénateur de Rome, et en fit exercer les fonctions par un vicaire jusqu’en 1278. Cette année-là, Nicolas 111 exécuta le projet d'Urbain. N'ayant rien à craindre de Charles d'Anjou, qui ne pouvait se brouiller avec lui au moment où l’Italie méridionale frémissait sous sa main, où l’on entendait déjà les premières vibrations des cloches siciliennes, il le força de renoncer à la dignité de sénateur, s’en investit lui-méme, et choisit Orso son neveu pour vicaire. Nicolas III était un Orsini. Fort de l'influence de cette grande famille, qu’il fit plus riche et plus puissante encore, et qui, du haut du théâtre de Pompée qu’elle occupait depuis peu de temps , n'aspirait à rien moins qu’à dominer Rome, le pape avait la tête pleine de vastes pensées pour le gouvernement et la réforme du monde chrétien quand la mort vint lui rappeler qu’il n'était que poussière.
Las Oksisi et les Colons». — A la nouvelle de cet événement, qui fut connu à Rome le 23 août 4280, les Annibaldeschi s’empressèrent de prendre les amies pour arracher aux Orsini la moitié du pouvoir sénatorial. Ceux-ci, se voyant les plus faibles, cédèrent ; le sénat eut alors deux chefs, l'un Orsini et l’aulre Annibaldcsci, et les désordres, 1rs troubles, les meurtres recommencèrent impunément*. L'élévation d’un Français, Martin IV, au trône pontifical aurait changé cet état de choses : car, sur l’initiative des deux sénateurs, le nouveau pape fut élu, en 1284 , sénateur suprême à vie, et prit Charles d’Anjou pour vicaire. Toute l'année 4282 fut remplie par la lutte des Orsini et des Annibaldeschi. Les premiers, dont l’influence grandissait sans cesse , curent le dessus, pourtant après des combats acharnés. Us chassèrent leurs rivaux du Colisée, où ils avaient remplacé les Frangipani, les forçant d'abandon-
1 . Henri de Castille reçut, comme Brancaleone, le titre de CapUaiue du Peuple. L’anonyme des forum Sicularum in Muratori B. Script., t. vin, p. 834. ( Scbat de Maleepiua, 1U>. ut, chap. xvui et xix. )
2. Les deux Sénateurs représentaient les anciens consuls : toutes les fois qu’on en voit deux simultanément 4 la tête du peuple, on peut leur assigner ce caractère. La transformation du litre datait de (464. Ce fiat la seule concession que le pape Calixte III arracha au peuple que le titre ancien serait caché sous le nom nouveau : Allro mm pôle otuntre J\j/w Cnhtlo cke il popolo teguitaue ad etegere i coaeoli cou tiMo di Sénat en. ( Vitale, Sleria Diplomal/ea, 1. 1, p. 58.
ner Rome et de se retirer & Palestrin». Le lendemain de celle victoire, les Orsini triomphants ne rencontrèrent plus qu’une grande famille sur leur chemin. Toutes les autres s'étaient abaissées ou éteintes. Des comtes de Tnsculum , de l'énergique race des Cencius et des Grégoire, il ne restait plus qu’un souvenir. Les Frangipani ; qui les remplacèrent dans le passé, venaient d'être remplacés par les Annibaldi, effacés à leur tour par les Orsini. Aux Pierleoni succédaient les Savelli , établis dès <980 au théâtre de Marcellus, et aussi haut que toutes les familles mortes ou déchues , s’élevaient déjà les Colonna, les seuls en état de disputer la prééminence aux Orsini. Assez longtemps la balance parut égale entre les deux familles ; ce n'est qu'en 1990 que l'amitié passionnée de Nicolas IV pour les Colonna la fit pencher de leur côté. Ce pontife les favorisait avec tant de partialité et de chaleur, qu'on s'amusait à le représenter sur tous les murs enfermé dans une colonne d’où sortait seulement sa tête mitrée et ayant, par allusion aux deux cnrdinaux Colonna, deux autres colonnes devant lui. Laissant le peuple rire et les Orsini murmurer, Nicolas s'abandonna sans contrainte à ses sympathies. 11 ne continua pas seulement à prodiguer les faveurs et les dignités aux Colonna, il les en accabla. Giovanni fut créé marquis du territoire d’Ancône, Stephano marquis de la Romagne, et le cardinal Colonna élu seigneur de Rome aux acclamations du peuple
Grandeur boudai*! des Colonna. — Tant de grandeur blessait au cœur les Orsini. Renouveler la lutte toutefois ne leur parut pas prudent du vivant de Nicolas IV ; mais quand le pape blanc, comme l’appelait dans sa colère le parti noir ou guelfe, eut rejoint ses prédécesseurs, ils attaquèrent les Colonna dans le conclave et dans le Capitole. Jamais on ne reconnut mieux qu’en cette occasion la supériorité du suffrage universel sur le suffrage restreint pour l'élection apostolique. Il n’y avait que douze cardinaux afin de représenter toute l’Église, six Romains, quatre Italiens et deux Français. Ces douze électeurs formaient deux partis : le cardinal Matteo des Orsini était à la tête de l’un, Jacopo Colonna menait l’autre. Ils ne pouvaient s’entendre : aucun d'eux ne voulant céder, le Saint-Siège resta vacant deux ans. Du terrain religieux le combat fut porté avec la même furie sur le terrain politique : chaque faction entendait avoir un Sénateur et l'obtint en effet les armes à la main. Les choses étaient en cet état, lorsqu'une troisième famille, celle des Gaetani, essaya de se glisser entre les Orsini et les Colonna. Élu Sénateur, en 1993, par une majorité populaire, Pielro Gaetano aida puissamment le cardinal Benedolto, son frère, à remplacer sur le trône papal un pauvre ermite de Morrone, plein de simplicité, qu’on y avait mis provisoirement et de guerre lasse, en 1994, et qu'on renvoya cinq mois après & sa cellule, quand les Orsini furent d’accord avec les Gaetani.
Le pontife qui lui succéda, et qui prit le nom de Boniface VIII, était un homme d’un esprit inquiet et d'un caractère plein de fierté. Il portait sur la chaire de l’apôtre un vif ressentiment contre les Colonna : les deux cardinaux de cette maison