‹ Rome ancienne et moderneChapitre 310 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

COLA RIENZO

A»p«t tir R mm h mojé» Sge. — L« Dieu rcmplKét par In Stiau. — Da tombai d* liamni u Collaée.

— Pétnrqae a Rome en 1335. — Son triomphe poétique U Cifitolt, ca «Ul.-Lt peaple romain envoie des Upalia aa Papa. — Cola Rlaaaa. — La OMUOl dn peovrrs. — Jr aoulra de la cbnabK da Capitole. - Le ulileaa sjmbollqoe — Rieaio simule la folle de Bnlaa. — Assemblée aocliirae de monl Atealie. — Le lion Étal.

- La DOavdle consUlulion. — Rleato, tribun. - Stupeur dea nobles romains. — La jeslire da leibaa. - Le lape Clément VI approose la révolitloo de Rieaio. - Adresse de Rieaio au ellles nulle. — La gloire de Rlettio a son apogée. — Son dédia. - Prise d'artaes des nobles. - Folle de Rieaio t il le fait amer ebeialier.

- Silence do peuple. - Combat de U porte Saln-Uareat. - Mort dea quatre Coioiraa. - Choie de Rieaio. - U Jubilé de 1190. - Les nobles remontent aa Capitole — Politique de U papauté. - Bile fait reparaître Rtenra.

— Entrée triomphale de Rlenio — Sa mort.

Par la retraite de la papauté, la lutte qui depuis cinquante ans agitait Rome se trouva tout à coup circonscrite entre la féodalité et la République. En quittant le champ de bataille, le pape laissait en présence le peuple et les nobles. Un choc était inévitable : tôt ou tard il devait éclater, et avec d’autant plus de violence que le despotisme des nobles aurait été plus grand et la patience du peuple plus longue. Nous allons assister à ce combat , l'un des plus curieux épisodes de l'histoire; mais il est indispensable de jeter avant tout un coup d’œil sur la Rome du du xiv* siècle.

Aspect de Roua ad uothr âge. — L’aspect de la ville était bien changé. Tombée de quatre millions d’habitants à soixante mille, la population, qui se divisait en deux grandes classes, la noblesse et le peuple, semblait perdue dans l'ancienne enceinte. Les nobles , cachés dans les ruines comme des oiseaux de proie, occupaient tous les édifices que les siècles n'avaient pas abattus. Mais ces derniers monuments de l’antique splendeur de Rome, hérissés de tours, percés de meurtrières, entourés de fossés et de palissades, étaient

COLA R1ENZO.

devenus méconnaissables : de ces aires de granit que les vieux Romains élevèrent dans d’autres pensées, la noblesse exerçait sa seigneurie sur une moitié de la ville. Sur la rive droite, les Colonna dominaient du Corso à la porte du Peuple : leur château et leur bourg allaient, s'étendant vers le Quirinal, de la place San Marcello jusqu’aux Saints-Apôtres. Maîtres de la rive droite par le palais qu’ils possédaient auprès de Saint-Pierre et le château Saint-Ange, les Orsini se déployaient de plus sur la gauche, en face des Colonna, dans le Champ-des-FIcurs (Campo di Fiori), et ils les bravaient du haut du Monte Giordano et du théâtre de Pompée. Au sud, les Gaetani étaient seigneurs de l’ile Tibérine; les Savelli avaient leur bourg à l’ouest, autour du théâtre de Marcellus ; les préfets de Vico, ardents gibelins et redoutés de tous pour leur férocité, habitaient la rue qui porte encore leur nom ; les Conti étaient retranchés dans leur tour colossale, bâtie vers le forum de César ; les dentiers Frangipani au Septizonium, et les Annibaldeschi sur l’arc de triomphe de Titus et au Colisée.

Chacun des bourgs de ces barons ou princes, comme ils se qualifiaient pompeusement eux -mêmes, était fortifié avec soin et séparé du château voisin par des terrains vagues ou des champs cultivés : c’est là qu’on retrouvait le peuple. Chassé par la rupture des aqueducs et le manque d’eau de toutes les collines, il était descendu dans la plaine et se groupait au bord du Tibre, dans l’ancien Champ-de-Mars , depuis le Capitole jusqu'au tombeau d'Auguste. Cette partie plane de ta ville constituait, à proprement parler, Rome moderne. Là, par opposition à leurs voisins nobles, barons ou princes, tous les habitants portaient le titre de citoyens romains ; et, chose curieuse, les deux ordres inférieurs de l’ancien peuple s'y rencontraient encore sous le même nom et dans la même situation : les riches, représentant les chevaliers , s’appelaient cavaleriotli , et , comme leurs aïeux , servaient à cheval dans la milice civique ayant le droit de prendre part aux jeux équestres qu’on célébrait encore pendant le carnaval à la place Navone ; les pauvres , représentant les plébéiens, s’appelaient popolatii, minuti; mais, bien que placés au dernier rang dans les affaires de la ville , ils étaient égaux en influence aux cavaleriotli , comme ceux-ci étaient égaux aux nobles '.

Far suite de ce nouveau classement de la population, le vaste espace autrefois couvert par Rome antique offrait un tableau effrayant de solitude et de dévastation. La cite d’or de Virgile avait disparu sous la forêt de broussailles qu'elle étouffa si triomphalement pendant dix siècles. Un immense amas de ruines ensevelies dans l’herbe, quelques grands débris debout çà et là, partout des colonnes brisées, des marbres épars , des morceaux précieux de sculpture amoncelés devant les fours à chaux, voilà ce qui restait de tant de splendeurs monumentales! De ce peuple de statues de marbre, d’airain, d’argent et d'or que Fublius Victor n’avait pu compter

I. En iM* ou envoya six ambassadeurs au pape Clément II, qui forent pris : deux de la noblesse, deux de la classe des cattUriolil et deux du cens intime, re/e infimo. - Sex videliret de quolibet statu urbis majori et minorl. (Moratori, ScrijH. tu, p. 578.)

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