CHAPITRE XXV
et qui, selon Dion, remplissait la ville, on n'en retrouvait plus que huit : deux sur le Quirinal, qui étaient, dit-on, Bacchus et Saturne, les colosses attribués il Phidias et à Praxytèle, la statue de Marforio couchée au bas du Capitole, les deux paons de bronze du tombeau d'Adrien transportés à Saint-Pierre, et la statue équestre de Marc-Auréle à Latran
Les dieux remplacés par les saisis. — A l'exception du Panthéon, que le pape Ilouiface obtint de l’empereur Phocas et conserva en le consacrant, le 13 mai 610, à la Vierge et aux martyrs, tous ces magnifiques temples des dieux, l’orgueil de Rome païenne , étaient ou abattus ou remplacés par des églises. Dans le Morte ou région moderne XI, saint Ange avait succédé à Jupiter; saint Barthélemi, saint Cônie et saint Damien, saint Jean et saint Paul, faisaient oublier, l’un, Esculape dans l’Ue du Tibre , les autres, Romulus et Rémus au Forum, Claudius et Isis. Les autels de Marie s'élevaient à l’Ara Cccli sur les ruines du temple de Jupiter, au lieu nommé in Cosmedin , sur l'emplacement du temple de la Pudeur patricienne. Cette divine et poétique image, aux traits si touchants et si purs, effarait , dans leurs temples transformés en sanctuaires chrétiens, le souvenir de la Fortune virile, de Minerve, de Livie et de Saturne. Partout les martyrs chassaient les dieux : saint Laurent régnait dans le temple d’Antonin et de Faustine, saint Étienne dans celui de Vesta. Le palais des Césars était devenu le couvent de Saint- Grégoire , saint Nicolas avait son église au pied de la colonne Trajane, saint André la sienne au pied de la colonne Antonine, saint Michel sa chapelle au haut du tombeau d’Adrien.
Pas un ancien monument dans lequel le christianisme eût oublié d’ériger des églises comme trophées de sa victoire. Dédiés à sainte Agnès, sainte Bibiaue, saint Clément, saint Eustache, saint Sergius, saint Laurent, sainte Lucie, sainte Cyriaque, suint Martin, ces arcs de triomphes pieux s'élevaient sur les voûtes sombres et de cruelle mémoire du cirque Agonal, et sur les ruines des jardins de Licinius et d’ Agrippa, de la basilique Semproniane dans le Vélabre, du Nyinphée de Lucine, des thermes de Domitius et de ceux de Dioclétien. Avec les grandes basiliques des deux rives, celle de Saint-Pierre, construite sur le cirque de Néron, et celle de Latran, dont le palais de Lateranus, le patricien qui mourut pour avoir conspiré contre ce César parricide, avait fourni l’emplacement et les matériaux; on comptait à Rome, au xiv* siècle, quatre cent quatorze églises, dont deux cent cinquante-deux étaient paroissiales; sur ce nombre quarante-quatre manquaient de prêtres, onze étaient entièrement détruites, la basilique de Saint-Pierre menaçait ruine, et celle de Latran, embellie pendant mille années par les papes, aux deux tiers consumée par le feu dans le terrible incendie de 1308, n’offrait plus que les quatre murs’.