‹ Rome ancienne et moderneChapitre 323 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

leur pairie, et le louant comme il méritait d'étre loué, en termes magnifiques, Pétrarque disait aux Romains : a La liberté est au milieu de vous : la liberté, ce bien si doux , si grand , si enviable , qu'on ne connaît , qu'on ne sait apprécier que lorsqu'il est perdu. Jouissez-en avec bonheur, avec calme, avec modération, et ne cessez de rendre grâces à Dieu qui n'a pas voulu laisser dans les fers celle qu'il avait faite impératrice du monde. C'est pourquoi , fils des hommes forls , si la raison est revenue en voyant fuir la servitude , ne la perdez plus cette liberté si douce qu'avec la dernière goutte de votre sang ; car sans elle la vie n'est qu'un hochet misérable. Ayez toujours devant les yeux votre antique esclavage, et, dignes citoyens de Rome, vous aimerez mieux la mort de l’homme libre que l’existence de l'esclave. Le poisson sauvé de l’hameçon craint tout ce qui surnage; la brebis arrachée aux loups tremble en apercevant des chiens ; l'oiseau échappé de la glue vole plus loin h la vue d’un arbre. Prenez garde, Romains! Rien des hameçons vous seront tendus! Bien des gluaux perfides vont être cachés au Capitole ! Bien des loups faméliques rôdent autour du bercail ! Soyez vigilants ! Soyez fermes ! Serrez-vous autour de ce troisième Brutus qui vous a rendu la liberté !

o Les grands méprisent sa pauvreté et la bassesse de sa naissance, mais ils ne savent pas quel grand coeur bat sous cette humiliation. Avec le poignard teint du chaste sang de Lucrèce , il a vengé et préservé vos femmes et vos filles : comme Romulus, il a ceint la ville d’un rempart de paix plus fort que le granit. Comme Camille, il a fait sortir des ruines une cité nouvelle. Salut donc à toi le Brutus, le Camille, le Romulus de notre temps ! Salut, ô père de la gloire, de la justice, du repos de la République ! C’est par toi que la liberté éclairera nos tombes et les berceaux de nos enfants '.a

La Gloibe de Rieszo a son apogée. — Pendant quelque temps Rienzo mérita ces éloges sans restriction; il avait modéré les taxes les plus rigoureuses, diminué et souvent aholi le droit de passage sur les ponts , établi dans les marchés une police si sévère que les fraudes étaient impossibles. S'abandonnant à ses idées mystiques et se croyant, comme certains sectaires de l’époque, illuminé par le Saint-Esprit, il se préparait tous les matins , par la prière et la communion , aux devoirs de sa charge . et avait rendu un décret pour obliger tout citoyen à se réconcilier avec Dieu nu moins une fois l'an , sous peine de perdre le tiers de scs biens. Aussi , marchant au bien dans la pureté de ses intentions et la droiture de son cœur, il apparaissait au peuple comme un envoyé du ciel et ne concevait rien de plus beau que sa mission sublime.

a Dieu qui voit tout, disait-il à un ami d’Avignon , sait si je désire des honneurs , des dignités et ce vain applaudissement du monde qui tombe à nos pieds comme de la boue ! Non 1 non ! ma seule ambition est de servir la république et de maintenir

1. PraMeritam senilntcm ante orulos assidoè revocale... Sic erit præseos quant vit! charior liberus... Qui non raalii in libertate raori q tara in scnriinlc fiiertt... Elapsus hamo piaeis quiquld in untlis inicrnatai metuii. cxcus?a fjurtbus lupomm avis glaaco* etninas horrei canes, explicita visco volucris tnta eiiam arbust» formidal... ( Franchcl Pcirarclue, lloitalonaad Sic. Livrent, Trib. Poptü. de capettendi libertate, Op., p. 533.)

COLA RIENZO

le bon état. Dieu sait si j'ai accordé quelque chose à la faveur; si j’ai donne à mes parents des charges ou de la fortune; si j’amasse de l'or; si je m’écarte du droit chemin ; si je me laisse prendre aux pièges de la flatterie. Dieu est témoin des efforts que je fais pour améliorer le sort des veuves, des orphelins et des indigents, et il n’ignore pas que le pauvre Cola Rienzo vivait plus heureux dans son obscurité que le Tribun dans sa puissance a

Sos okcus. — Comment oublia-t-il ce noble langage, le libérateur de Rome? Comment tomba-t-il si vite l’homme qui faisait la gloire d'Israël? C’est qu’il est bien moins facile qu’on ne pense de résister à la (tonne fortune. L’homme qui a l’esprit éclairé, la raison ferme et le cœur probe la reçoit sans s’émouvoir et la regarde fuir sans regret. Celui dont la vertu était de l’envie et le patriotisme de l'ambition s’endort au contraire sous ses caresses et se réveille transformé. Plus il a été élevé subitement , plus il a le vertige. Enveloppé d’une atmosphère lununcuse de vanité , il ne voit plus que son triomphe qui l’éblouit. Pris aux gluaux perfides que lui avait en vain montrés la clairvoyance de Pétrarque , il céda tout il coup il l’enivrement du succès et à la fougue de l’imagination italienne. A ses habitudes de tempérance , à sa simplicité de costume et de mœurs succédèrent tout à coup le luxe des festins et la magnificence des vêtements. Le Capitole se remplit de chanteurs et de bouffons, et les salles où était née la liberté ne retentirent plus que du son des instruments, de la joie des banquets et du bruit des fêtes. Rienzo se para d'un habit de soie verte et jaune, fourré de menu vair et prit le bracelet d’or : sa femme, jeune et belle plébéienne, vêtue , comme une princesse , d'écarlate et de brocart , ne paraissait en public que respectueusement escortée de pages et de donzelles appartenant aux familles nobles et entourée de suivantes qui la rafraîchissaient à la mode antique avec leurs éventails. Il n’y eut pas jusqu'à son oncle , qu’on appelait Jean le Barbier, qui ne quittât alors sa boutique, et, prenant le nom de Jean le Itougc (Gianni Rosso), ne se mtt à courir les rues à cheval et à trancher du grand seigneur à la face de Rome 3.

Dès ce moment la grande réforme qu’il avait annoncée devint une parade, une attellanc de bouffon. Rienzo ne descendit plus du Capitole que dans l’appareil d’un satrape heureux et fier d'éblouir scs sujets. Le jour de la fête de saint Jean, qui est pour Rome un jour d’allégresse , il alla visiter l’église de Latran avec une pompe tout à fait théâtrale. Il était monté sur un cheval blanc; il portait un costume de soie blanche à franges d’or, tenait en main un sceptre d’argent et affectait une contenance martiale et majestueuse. Cent miliciens, armés marchaient devant

I. Iddio coi tullo è manifesio sa bene ehe nou desiderio di digniti, di onort o di plaoso mondano , senipre da nui sprcuatl corne faugo nu quello deU* mil t là délia Repabblica... (Manuscrit de la Bibliothèque de Tarin, fol. 175. Hobkonat , 530.)

5. Havea qoesto Cola usa sua mofUc mollo jovene cl bella laquait quando Ira a Santo Pietro era accompagnais da jovçni armati. Belle Patrieie la segoitavano II fan (esche II faceano vento perqae soa fjecia non fusse off.-sa da nrnschc. Havea uno suo zio Janul Barbiéri havea nome Barbiéri fo et falto fo grande «ignore c fo chiamato Janni Roscio. Havea una sua sorelta laquale volze wariiarc a lia roue de Castcila ( Vie originale de Cola Ricnto, m fragmentés Uutoriœ Roman* , cap. 20.)

Page 1