‹ Rome ancienne et moderneChapitre 324 sur 428 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

lui , cl le gonfslonnier faisait onduler sur sa tête la bannière du Capitole. Un autre jour, il se rendit à Saint-Pierre avec un appareil plus fastueux encore. Les rues avaient été élargies pour livrer passage au cortège. Précédé par la milice équestre qui allait entrer en campagne contre le préfet de Vico, ce cortège se composait d'abord des juges, des notaires, des officiers de la chambre municipale, des pacificateurs (pacieri), des syndics et de tons les autres fonctionnaires. Venait ensuite, au milieu de quatre maréchaux, Gianni di Allô, portant la coupe de vermeil pleine de pièces k l'effigie du tribun , et que les sénateurs avaient coutume d'offrir au tombeau des Apôtres. Il était suivi par les hérauts de la ville, qui, avec leurs trompettes d'argent , sonnaient , dit le vieux Fortifioca , de mélodieuses fanfares. Entre les Hannitori, autres crieurs municipaux, et une troupe de cavaliers qui défilaient en silence était un officier, seul, portant haute et nue l'épée de justice. Puis venait un distributeur, jetant a pleines mains de l'argent au peuple , et enfin le tribun, montant le plus grand cheval qu'on avait pu trouver. Il était vêtu de velours blanc et vert, et agitait fièrement son sceptre à pommeau d'argent, surmonté d'une croix d'or sur lequel brillaient ces mots : Dieu cl le Saint- Esprit! Sur sa tète comme à Latran se déroulait un étendard orné de ses armes. Groupé sur l'escalier de Saint- Pierre le clergé l’attendait avec la croix et l'encens. En l’apercevant on entonna le Ve ni Creator et il fut reçu avec les honneurs réservés aux empereurs et aux papes 1 .

Prise d'armes dis itoBUts. — Une seule amertume se mêlait à ces joies de l'orgueil. Le plus farouche des barons romains , Jean de Vico , appelé le préfet , parce que cetle famille se prétendait propriétaire à titre d'hérédité de la magistrature urbaine, avait constamment protesté contre l'élection de Ricnzo. Maître de Vetrnlla , de Viterbo et de la roche inexpugnable de Rispampano, il bravait ses décrets et continuait à infester avec ses bandes toute la frontière toscane. Le tribun étant parvenu, gr&cc aux contingents envoyés par Todi, Nanti, Pérouse et Corneto, à réunir six mille hommes de pied et mille chevaux, marcha contre le rebelle. Giordano Orsini commandait l'armée pendant que le frère Acuto d' Assise , regardé connue un saint, traitait secrètement avec Vico. Ricnzo, qui ne songeait plus qu’aux effets de théAlrr, eut l'idée de ressusciter les prodiges des anciens Romains. La nuit qui suivit la négociation on l'entendit s’écrier tout & coup dans sa tente d'une voix forte : « Laisse, laisse-moi!... » Ses Vilorchiani fidèles accourent à ces mots cl lui demandent ce qu'il veut?... feignant de s’éveiller, il leur raconte aussitôt qu'il vient de voir en songe un moine blanc qui lui a dit : • Prends ta roche de Rispampano, je te la rends! En même temps, ajouta-t-il , ce fantôme me serrait la main avec tant de force qu’il m’a arraché des cris de douleur. » Le lendemain, comme il donnait audience sur son tribunal , le frère Acuto d’Assise parut monté sur un Ane, qui avait une housse blanche, et agitant des rameaux d’olivier en signo

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COLA I1IENZO.

«le paix. Dès qu’il l'aperçut, Rienzo dit aux siens : a Voilà le moine de mon songe ! » Le frère s’étant en effet approché, ne murmura que ces paroles : « Preuds la roche de Rispampano, je te la rends! « Et il continua sa route, laissant le tribun signer la paix avec Jean de Vico1.

Après ce succès, qui n’aurait pas dû l’enorgueillir outre mesure, car il cédait plus qu'il ne gagnait en continuant le seigneur de Velralla dans sa dignité, Rienzo crut tout possible. Son esprit prenant un essor insensé se perdit dans les plus liantes régions de l'orgueil. R se trouva trop grand pour rester dans le peuple, et Rome devint trop petite pour son ambition. Alors, le fils du tavernier de la Régula et de la pauvre lavandière voulut s'anoblir et élever de nouveau la ville qu’il gouvernait au rang suprême de capitale de l'univers. Toutes les villes qui avaient noué des relations avec Rome furent invitées à se faire représenter au Capitole le 1*' août. U avait choisi ce jour là, qu’on nommait ferragoslo, parce qu’il était férié et que la tradition , malgré les efforts du christianisme , lui conservait le caractère solennel que lui imprima jadis la fête d’Auguste. Ce qu’on a peine à s'expliquer, en considérant le double but de la réunion , toutes les villes envoyèrent des députés. La veille du jour fixé la fête commença avec pompe. Vers les trois heures de l'après-midi , suivi de son cortège ordinaire et des ambassadeurs étrangers , Rienzo s'achemina au milieu d’une foule de nobles vers l’église de Latran. Les premières dames de la noblesse accompagnaient sa mère, la haquenée de sa femme était conduite par deux pages de noble sang ’.

Folik de Rienzo; il se fait arxer chevalier. — Arrivé à Latran il descendit sous le portique construit en 1300 par lioniface VIII, et peint à fresque par Giotto , et se retournant vers le peuple, dont la présence lui était déjà importune : a Cette nuit, dit-il, je me fais armer chevalier : regagnez vos maisons et revenez demain, vous apprendrez des choses qui plairont à Dieu et aux hommes ! » Le peuple se retira. Alors Rienzo, entrant dans la basilique avec son cortège, entendit l’office, prit lu bain d'usage, dans la cuve antique , où, selon la légende, Constantin avait reçu le baptême , et alla se coucher ensuite revêtu de la chemise vermeille des poursuivants de la chevalerie, entre les huit colonnes de porphyre du baptistère. Ses nobles parrains remarquèrent avec joie, comme un augure sinistre, que le lit bien que neuf croula lorsqu’il y mit le pied. Ce présage troubla Rienzo mais ne put dissiper sa folie. Le lendemain, après une messe célébrée par le légat du pape, il se lit ceindre l'épée de chevalier par le vieux Vico Scolto et attacher les éperons d’or par un Orsini et le doyen des députés de Pérouse. Se tournant ensuite vers l'assemblée, il donna l’ordre au notaire du Capitole de lire une pièce dans laquelle lui Cola Rienzo se qualifiant candidat du Saint-Esprit, sévère et clément libérateur du la ville, zélateur d'Italie, ami du monde et tribun auguste, avait ordonné et ordonnait :

1 . lo me Monara cbe ans tols blanco vénéra 4 me c dice v* : Taolllla tna Roea de ItefinmpABO, eceo ebe le la reoiio.

( Vi ecrighwlf, ch. xvm.)

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