CHAPITRE XXVI
SOUVERAINETÉ TEMPORELLE DES PAPES
Les nouveaux slaluls de Rome. — Le sénateur etranger. — Les sept Réformateurs. — Retour et départ ou pape Urbain. — Les drapeaux rouges. — Le» Caporioni — Retour définitif des papes. — Entrée triomphale de Grégoire XI. — Les officiers de la ville. — Lettre des Florentins. — Conclave de «378. — Les Romains et les cardinaux de France. — Le grand schisme. — Le pape de Rome et le pape d'Avignon. — Insurrection de 1393.
— Les barricades. — Le jubilé de 1*00. — Luttes violentes de 1*1*. — Massacre des ebefs do peuple. — Les grands conciles. — Agonie de la liberté. — Domination temporelle des papes. - Les sept papes de la fln du siècle. — Ils font one nouvelle Rome. — Innocent VIII.
Les kouveaux statuts de Roue. — Lorsque le vent eut dispersé les cendres de Rienzo , la noblesse et la papauté crurent n’avoir plus qu’à se disputer les fruits de la victoire. Elles se trompaient toutes les deux. Tandis que l'habile représentant du pape, Atbomoz, s’efforçait d’empêcher l’élection sénatoriale , qui , en immobilisant le pouvoir dans les grandes familles, annulait de fait la prétendue souveraineté du Saint-Siège , les Orsini et les Colonna s'emparaient, comme par le passé, de cette magistrature. Ils ne l’exercèrent pas longtemps. Quatre ans après le meurtre du tribun, un nouveau mouvement du peuple modifiait la constitution de Rome dans le sens démocratique. Vingt années auparavant, en 1.138, on avait emprunté à Florence des statuts qui furent remis en vigueur. Un article de cette charte écarta définitivement la noblesse , en stipulant que nul ne pourrait à l’avenir remplir la charge de sénateur s'il n’était étranger; une disposition non moins importante investit en réalité du gouvernement de la ville sept délégués du peuple nommés Réformateurs. '
1. Manuscrit do Vatican (Arthlvlo *egreio), cité par Vitale < S/or/a diplomalica de* ScmIou di Roma. 1. 1, p. 983). D. Marlène, Aneedd.. t. il, p. tue.
SOUVERAINETÉ TEMPORELLE DES PAPES
SU
Le sénateur étranger, en arrivant à Rome, devait, aux termes des statuts, amener avec lui six juges, dont deux docteurs ès lois, deux maréchaux ou officiers de justice , quatre notaires criminels , un notaire civil , un maréchal inférieur et quatre aides décemment vêtus, huit domestiques habillés de serge, et vingt chevaux de guerre d’une valeur de vingt-cinq florins Il ne restait en charge que six mois et recevait un traitement de quinze cents florins *. Dans un juste sentiment de défiance, les rédacteurs des statuts avaient rigoureusement limité le pouvoir de ce magistrat; mais le peuple ne tarda pas & s'apercevoir cependant qu'il en étendait le cercle dans l'intérêt du pape, et aussitôt il le chassa. Les réformateurs, parmi lesquels était un Baroncelli, fils peut-être ou parent du tribun qui dormait alors sous les pierres tombales de l'église de San Stefano, gouvernèrent tantôt seuls, tantôt à côté d'un sénateur étranger choisi par les papes jusqu'au retour définitif de ces derniers \
Retour rr départ do pape Ukbaix. — Ce fut Urbain V qui traça la route. En t3(>7, séduit par les offres des Romains, qui lui avaient envoyé les clefs du chAteau Saint- Ange et s’engageaient k reconnaître sa souveraineté, il fit sa rentrée solennelle dans la ville de saint Pierre. Ce pape n'avait jamais vu Rome. Sur la foi de l'histoire et des lamentations poétiques de Pétrarque , il s'en était fait une grande idée. Aussi fut-il désappointé cruellement en ne trouvant qu’un désert plein de ruines. Les majestueux monuments de l'antiquité étaient couverts de débris et de ronces; l'herbe croissait dans les palais; la plupart des églises étaient sans toits et sans autels. La population, décimée par la peste, la guerre civile et la misère, ne se composait plus que de dix-sept mille Ames *. Consterné d’avoir quitté sa fastueuse résidence d'Avignon pour ce qu'il appelait tin nid de hiboux, et voyant, malgré les promesses des Romains, qu'au milieu de ce peuple, républicain par nature et turbulent par habitude, le pape, selon l’expression du cardinal Ccccano, ne serait de longtemps qu'un archiprétre , Urbain V revint en France, après un séjour de deux années. Il n'arrivait pas à Marseille que l’état politique de la ville changeait encore. La république de Florence n'avait vu que d'un oeil défiant le retour du pape et scs prétentions au gouvernement temporel de Rome. Quand il eut quitté l'Italie, elle envoya au peuple romain des bannières de soie rouge sur lesquelles un seul mot , Liberté, brillait en lettres d'or.
L’envoi fut compris, et les treize chefs caporioni des quartiers du Cbamp-dc- Mars, de Ripa, de la Regola, de Parione, du Pont, de Trevi, de Colonna, de S. Eustachio , de Campitelli , de Trevi , de Saint-Ange in Pescaria , de la Pigna et du Trastevere , s’emparèrent de l'administration de la chose publique , ne laissant au sénateur que le pouvoir judiciaire. Celui-ci , dès lors , fut à divers intervalles
I. II avait U police des marchés, la aarvelllaace de* poids et mesure*. la direction adm n strauve des mét'ers, et le droit de prononcer en dernier ressort, au troisième son de la cloche, s’il s'agissait d’nn meurtre on d'un vol avéré.