‹ Rome ancienne et moderneChapitre 337 sur 428 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

quatre grands conciles avaient essayé de rétablir l'imité apostolique, le zélé et les efforts des Pères s’étaient toujours brisés contre la tenace ambition de ces deux vieillards. Le concile de Pise, déposant, en 1409, Grégoire XII, demi-pape de Rome, et Pierre de Luna ou Benoit XIII , demi-pape d’Avignon, élut Alexandre V pour les remplacer. Cet acte , loin d’éteindre le schisme , donna trois papes à l’Église.

I.rs gbands conciles. — Le concile de Constance, tenu en 1414 à la lueur du bêcher de Jean Huss et de Jérôme de Prague , excommunia Benoit XIII , força Grégoire XII à se déclarer démissionnaire, fit jeter dans un cachot Jean XXIII, successeur d’Alexandre, et proclama Martin V. Celui de Bêle, réuni en 1431, remplaça Eugène IV, successeur de Martin V, par le duc de Savoie, qui, excommunié à son tour par le concile de Ferrare, mit fin au schisme, en devenant, par amour de la paix, le premier cardinal de Nicolas V. Plus heureux que tousses prédécesseurs, Nicolas, dès lors sans rival, vit mourir à la fois au pied de son trône affermi le schisme do l’Église et la liberté de Rome. Vers la moitié du xv* siècle le peuple , courbé sous le pouvoir pontifical, mais non soumis, ne manquait que d’un chef pour s’y soustraire. Ce chef se rencontra en 1453 dans les rangs mêmes de la noblesse. Nourri de la lecture de Pétrarque, dont on ne connaît que les idées juvéniles, et qui eut un vrai cœur de Iribun, plein d’inspirations pures et de grandes pensées, Stefano Porcari résolut de relever la bannière arborée cent ans avant par Rienzo. La liberté de ses discours l’avait fait exiler à Bologne, il en revint secrètement et ourdit un complot qui avait pour but de substituer encore une fois le gouvernement populaire au gouvernement temporel du Saint-Père. Par malheur pour les esprits qu’elles entraînent, les conspirations ont peu de chances de succès dans les pays méridionaux. Le profond secret qu’elles exigent s’échappe toujours de l’&me ardente de ces hommes qui ne savent ni contenir la haine ni commander à la passion. Découvert avant d’éclater, le complot de Porcari perdit son auteur. Saisi dans sa maison , il fut traîné chargé de fers au Capitole avec cinq de ses complices. LA, selon Girolamo délia Corte, historien de Vérone, les conjurés avouèrent leur dessein et ne demandèrent qu’une grâce, qui leur fut refusée. Pour les punir dans ce monde et dans l'autre, le sénateur Lavagnola les fit pendre sans confession. Ainsi périt, dit ITnfessura dans son journal contemporain, ainsi périt cet homme de bien qui ne voulait que le bonheur et la liberté de Rome. Pour avoir montré son amour de la justice, il fut banni; il fut tué pour avoir voulu tirer sa pairie de la servitude '.

Domination tempokelle des papes. — De celle époque date sérieusement la domination temporelle des papes sur Rome. Ils y aspiraient depuis six cents ans, mais elle leur avait sans cesse échappé : le silence du peuple devant la potence de Porcari la leur donna, et l’immobililé de la noblesse confirma cet abandon pour des

f . PfTiltltc la viia qoesi' nomo da bene e amaiore dello beno e délia liberii dl Roraa, lo quale si vede sema rapiune euere sialo sbmnilo da Roma, vole per lib rar la pairia sua du smiiu mclicre la viu corne fece. (Sicfano lofessura, Diario Romano, L |j|, p. 1134-1136 des Sert flore» llaUci, L 111.)

SOUVERAINETÉ TEMPORELLE DES PAPES. 5ît

siècles. Le triomphe était complet : les dangereuses rivalités du schisme venaient de s’éteindre j de ces trois ennemis qui les tinrent si longtemps en échec, l'Empereur, la féodalité et le peuple, les papes n’en voyaient plus un seul sur leur chemin. Leur action pouvait donc se déployer librement Ils allaient montrer, comme souverains temporels, si leur gouvernement valait mieux que ceux sous lesquels avaient vécu Rome moderne depuis la chute du pouvoir impérial. Arrivés à cette hauteur dans l'histoire , les papes devinrent pour Rome nouvelle ce que les Césars avaient été pour Rome ancienne, ils la tirèrent des ruines, et, s’ils ne la firent pas aussi grande, ils la firent comme la première, noble, illustre, belle, et sans rivale encore. C'est dans cette œuvre de fondation et d'embellissement que nous allons suivre les papes en élargissant notre point de vue pour peindre leur influence sur les affaires de l’Europe, nous plaçant dans ces hautes sphères où l’esprit de secte et de système n’altèrent point la sérénité de l'histoire , jugeant les actes et non les mœurs des hommes et considérant la papauté comme un chêne à l’immense ombrage qui, malgré la mousse et les rugosités d’un tronc chargé de siècles, plane sur tout ce qui l’entoure, superbe de verdure , de majesté et de vigueur.

Ils rosT lire aocvitix Romb. — Sept papes, y compris Nicolas V, régnèrent à Rome durant la seconde moitié du xv* siècle : Calixte 111 depuis 1455 jusqu’en 14-58; Pic II jusqu’en 1164; Paul II jusqu’en 1471 ; Sixte IV jusqu’en 1484; Innocent VIII jusqu’en 1492; Alexandre VI pendant les dix années suivantes. Les cinq premiers, dont un seul événement important, la prise de Constantinople par Mahomet II en 1453 et le projet chimérique de la reconquérir en prêchant une croisade, appelèrent l’attention au dehors, ne furent distraits au dedans que par des faits secondaires, tels que le complot des savants sous Paul II qui tortura Platina, l'historien des papes et ses amis, persuadé qu'ils conspiraient parce qu’ils avaient pris des noms grecs, le jubilé de 1474, où il ne vint presque personne, le terme ayant été réduit à vingt-cinq ans, l'inondation et la peste de l’année suivante, et ils portèrent tous leur activité sur le but principal du saintsiège qui était alors de rendre digne de lui Rome sa capitale.

Nicolas V jeta les fondements de la nouvelle basilique de Saint-Pierre, celle qui existe aujourd'hui. Il bâtit un palais auprès de Sainte-Marie-Majeure , restaura l’église de Saint-Étienne-le-Rond (S. Stefano Rotondo), édifia celle de Saint-Théodore , couvrit de plomb la coupole du Panthéon et fonda la célèbre bibliothèque du Vatican. Calixte II continua ses travaux et fit bâtir l’église de Sainte-Prisca. Sous Paul II, qui, pour honorer le patron de sa pairie, reconstruisit l’église de Saint-Marc dans le neuvième rione et la décora d’un double portique , on vit s’élever le palais de Venise formé des débris de la façade méridionale du Colisée. Ce monument massif et lourd, du génie de Majano, était destiné à recevoir les papes quand la tramontane et les fièvres les chassaient du Vatican. Suivant la voie tracée par ses prédécesseurs, mais en les surpassant tous dans ses treize années de ponti-

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