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Cil A PITRE XXVI.
1rs cardinaux avaient beau protester contre ces violences, et répéter qu'on dirait une messe du Saint-Esprit, et qu'ils obéiraient à son inspiration, les caporioni et leurs officiers continuaient à les menacer, et le peuple ne cessait de vociférer au dehors : « S’ils ne nomment pas un Romain ou tout au moins un Italien, nous les couperons par morceaux, ces cardinaux de France. > Toute la nuit ces clameurs retentirent aux portes du sacré collège. Au point du jour, le désordre atteignit son apogée. Las de crier en vain , les émeutiers enfoncèrent la porte du . clocher de Saint-Pierre, et en lancèrent la grosse cloche à toute volée, comme si Rome entière eût été en feu. A ce tocsin, une multitude furieuse accourt, envahit le conclave , maltraite les cardinaux , et les force , le couteau sur la gorge , à désigner l'archevêque de Rari , qui prit aussitôt le nom d'Urbain VI
t,i g luxa schisme. — Certes, s'il y eut jamais une élection nulle au monde, comme arrachée parla violence, ce fut celle-là. Les cardinaux, qui n’avaient feint d’y souscrire que pour sauver leur vie , ne furent pas plus tôt en sûreté qu'ils protestèrent, et, votant librement, choisirent à Fondi un autre vicaire du Christ. Alors , par un éclatant mépris de la vérité , le pape élu par force se prétendit seul légitime, et alluma au feu de son ambition un schisme qui, pendant cinquante ans, allait troubler l’Église. L’élu de Fondi, de son côté, établit, sous le nom de Clément VU, son siège à Avignon , et la chrétienté se divisa entre les deux pontifes. La guerre devait naître de cet antagonisme. Chacun des deux rivaux la fit comme on la faisait alors, en prenant à sa solde des compagnies de ces mercenaires ou malandrins (Masnadieri) qui se battaient par procuration, et vendaient avec indifférence leur sang au plus offrant : mais pour les garder sous sa bannière, Urbain VI fut contraint, en 1381, de mettre à l'encan les revenus des bénéfices de l’église romaine, et, cette ressource ne suffisant pas , de convertir en florins les calices d’argent et d'or, les croix, les images des saints et autres objets précieux, offerts à Saint-Pierre par la piété des fidèles.
En dilapidant ce trésor, il s’aliéna le clergé, et ne tarda pas, lorsqu'il voulut faire acte politique, à se brouiller avec les caporioni. Le 21 juin 1381, il venait de nommer sénateur un exilé de Florence. Dès que ce choix fut connu, les caporioni coururent au Capitole, et dirent à messer Lapo, le nouveau magistrat: a Nous n’entendons pas que tu viennes gâter Rome comme lu as gâté Florence. On te trouve de trop ici : pars donc sur-le-champ, ou nous te coupons à morceaux F » Cette menace, que messer Lapo ne se fit pas répéter, caractérise fidèlement les relations des deux pouvoirs. Les chefs du peuple se maintenaient dans une complète indépendance. Huit ans plus tard ils furent excommuniés pour avoir rejeté le sénateur du pape; en 1393, ils se révoltèrent contre Bonifacc IX, son successeur romain (car celui du pape avignonnais était Pierre de Luna), et en 1398, après une lutte très-vive, et qui avait duré cinq ans, ils le chassèrent
4. Balnie, Vit 4e Crffobe XI. — Men<c mal 1393. Rome itunrrcxrrnni BjuiIitciiscs contra Bonifacinna...
5. Antouino, archevêque de Florence, RelalioM kitlvriqne, cl . ni, |t. S.
SOUVERAINETE TEMPORELLE DES PAPES. fils
Un an ne s’était pas écoulé, qu'on le rebellait. Le jubilé, l'ère d'or de Rome, le rappela. Dans la crainte que son absence n'empêchât cette source séculaire des revenus de la ville de s'épancher avec son abondance accoutumée, 1rs Romains envoyèrent leurs orateurs à Boniface IX, pour le supplier de revenir. Il y consentit, mais à condition que les caporioni seraient supprimés, et qu'on lui livrerait comme garantie le cbùteau Saint-Ange. Les Romains, dit Muratori, tirent tout ce qu'exigeait leur intérêt; le pape rentra dans son palais, présida aux fêtes du jubilé, qui fut un peu troublé par la peste ; mais la concorde n'en devint ni plus facile ni plus durable qu'auparavant. A sa mort, le peuple se leva en masse pour la liberté: Rome se couvrit de barricades (fu sbarrata tutta Roina), et les caporioni furent rétablis par acclamation'. Une transaction, ménagée par les soins de Ladislas, roi de Naples, allié secret du pape, couvrit ta retraite de la papauté romaine. Innocent VII, son représentant, consentit à la création de sept gouverneurs de la liberté , qui maintinrent la paix sept ans. L'été de 1405 ramena les luttes violentes. Pendant la paix le pape était parvenu A s’emparer du château Saint- Ange et du Capitole, le peuple les lui redemanda les armes à la main. Le soleil d'aofU échauffait les têtes, aussi l’on se battit au Ponte Molle et dans les rues. Tout à coup, des propositions pacifiques viennent du Vatican aux chefs du peuple. Deux d'entre eux, accompagnés de citoyens notables, se rendent au palais pontifical pour les entendre. Puis, à leur retour, le neveu d’innocent, Lodovico di Megliorati , les arrête avec scs hommes au moment où ils passaient sous le fort Saint-Ange, et, après les avoir fait égorger tous les onze, jette leurs corps sanglants par les fenêtres du château ’.
Massacre des chefs dc peuple. — A la vue de ces cadavres la population poussa un seul cri : Aux cloches! Les cloches, frappées à grands coups de marteaux, mugissent bientêt de toutes parts, les bannières sont levées, chacun accourt avec ses armes, et l'on se porte au Vatican avec une telle fureur que le jour même, 6 août, le pape avait pris la fuite, le palais pontifical était mis à sac, et le sang de ses courtisans, massacrés dans les salles dévastées et vides, payait le sang des magistrats du peuple. Il y eut alors une nouvelle période pleine d'agitations. De 1 108 à 1411, le roi de Naples, Ladislas, exerça sous couleur de protectorat une véritable domination à Rome. A sa mort, un peu après l’avénement du pape Martin V, en 1422, et quinze ans plus tard, des mouvements ayant pour but d'annuler de plus en plus l'influence du sénateur papal et défaire passer le pouvoir des mains des trois Conservateurs dans celles des sept Réformateurs et des Gouverneurs de la liberté, éclatèrent au cri de ; Vive le Peuple! — Ils réussirent tous, car le grand schisme, en la divisant, affaiblissait faction de la papauté. Jusqu'en 1410 deux demi-pontifes s’étaient constamment disputé le gouvernement de l'Église : en vain
I. Lo popolo di Routa si levô a rumor? per rivotere la liberia... (L’infessura, t) tarie Romno.)
S. Frcc a »c trnirli esso Lodovico e con orrida crudclià li fwe iitti lagllar a pcizi e giiar dalle Onoirc. .. (Lcoiiariim Aretmus, Uuto.re ie ton Ump*.)