‹ Rome ancienne et moderneChapitre 38 sur 428 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

esclaves n'entendirent pas. Rien ne bougeant dans les Krgaslula1 où gémissait ce bétail humain, et le peuple, qui avait pourtant rudement jeté au bas de sa colline le consul Opimius lorsqu'il avait essayé de la gravir avec les princes du sénat et leurs clients, abandonnant ses chefs pour une promesse d'amnistie, il ne restait plus qu’à mourir. Caïus allait se tuer dans le temple de Diane quand deux amis fidèles, Pomponius et Licinius, les seuls qui ne l'eussent pas quitté , lui arrachèrent son poignard , et à force de supplications, le décidèrent à se dérober par la fuite à la vengeance patricienne. Ulcéré de tout ce qu'il venait de voir, avant do sortir il tomba à genoux, et levant les mains vers la statue : o O Diane, s'écria-t-il, fais que le peuple romain, pour expier sa trahison et son ingratitude, ne puisse jamais briser le joug qu'il accepte aujourd'hui! »

Il est tué d»ss lk bois des Fuiues. — Entraîné par ses amis, il gagna ensuite ce pont de bois qu'on appelait Sublicius ; là , Licinius Crassus et Pomponius renouvelèrent, par dévouement à l'amitié, le beau trait qu’avait fait Coclès, à la même place, par dévouement à la patrie. Les nobles qui suivaient Caïus de près, l'ayant atteint au bout du pont, ils le forcèrent de prendre les devants, et défendirent si vaillamment le passage, l’épée à la main, qu'il eut le temps de gagner un bois consacré aux Furies. S'étant retourné au moment de s'enfoncer sous les cyprès , il vit tomber ses deux amis, épuisés de sang et criblés de blessures; un esclave fidèle lui restait encore; il lui montra sa poitrine, et Philocrate , après avoir obéi , se tua sur le corps de son maître. Trouvant Caïus mort, les satellites du consul lui coupèrent la tète, et l'un d’eux, qui avait été le plus ardent des flatteurs du tribun au temps de sa puissance, coulant frauduleusement du plomb fondu dans le crâne, alla se faire payer cette tête an poids de l’or par le sénat. Pour le corps, il fut jeté dans le Tibre avec ceux de Fulvius et de son jeune enfant dont l'innocence et la faiblesse ne purent trouver grâce devant les vainqueurs. La réaction aristocratique gardait cette fois moins de mesure que la première. Trois cents cadavres seulement avaient été jetés au Tibre avec Tibérius, on y en traîna trois mille avec son frère. Puis le consul Opimius bâtit un temple à la Concorde I

Un triomphe aussi violent ne pouvait passer sans protestations. Comme après le meurtre de Tibérius, le peuple se repentit et s’indigna : des voix s’élevèrent au Forum contre la barbarie du sénat; des mains plébéiennes écrivirent sur le fronton du temple nouveau, la nuit même qui en suivit la dédicace : Ce temple de In Concorde est le temple de la Fureur ! On consacra les lieux où les deux frères avaient péri, leurs statues y furent dressées, on y mit celle de leur mère avec cette inscription célèbre : Cornélie, mère des Gracqucs. Les pauvres et les colons ruraux vinrent y offrir les prémices des fruits de toutes les saisons : on en vit qui sacrifiaient à leur mémoire , comme à une divinité , et qui s'agenouillaient devant leurs images avec autant de vénération que dans les temples. Mais regrets, respects et prières s'exha-

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