CHAPITRE XXXII
gieusc, qui divisait l'église de France et l’église romaine : a Moins de libertés de l'église gallicane de votre part, moins de prétentions ultramontaines de la nôtre, et nous mettrions les choses à leur niveau naturel. »
Dans cette pensée de conciliation générale et de pacifique temporisation , Lambertini se laissait caresser parles philosophes. Flatté par Voltaire, qui lui dédia Mahomet , admiré par les protestants, qui lui élevaient des statues, il accomplit, quelques réformes ecclésiastiques , fonda quatre académies pour éclairer le jeune clergé, répara la basilique de Sainte-Croix en Jérusalem , fit construire une aile de l'hôpital du Saiut-Esprit ainsi que la façade de Sainte-Marie-Majeure , consolida la coupole de Saint-Pierre, et mourut en t7S8 en s'amusant d’éludes littéraires.
Slpfeession de la Société de JÉscs. — Tandis qu’il dormait réellement, ou feignait de dormir au chant des sirènes de la philosophie, celle-ci avait avancé à pas de géant; Rezzonico ou Clément XIII, le nouveau pape, la vit si près de l’autel qu’il s'effraya : reculer n’était plus possible, il fallait ou céder ou combattre. Clément XIII accepta le combat; malheureusement pour la cause qu’il défendait, et qui était belle, car la religion de saint Paul vaut bien la morale de l'Encyclopédie, il ne sut pas choisir son terrain, et se servit de mauvaises armes. Sa première attaque fut une faute. Au lieu de signaler au point de vue de la religion, ce qui était son droit, les pages dangereuses de V Émile, il déféra le livre de Jean-Jacques Rousseau à l'Inquisition, et donna raison à l’auteur aux yeux d’une société assez éclairée pour regarder le saint office comme un anachronisme aussi inutile qu'odieux. Après ce début , qui affaiblissait encore l’action du saint-siége en manifestant trop clairement ses idées séniles, le pape aborda laquestion brûlante de l'époque qui était le maintien ou la suppression de l’ordre des jésuites. Cette compagnie célèbre, qui possédait d’immenses trésors et comptait vingt-cinq mille membres répandus dans toutes les parties du monde, était la véritable armée du catholicisme romain et la garde prétorienne des papes. Rezzonico s’empressa donc de la couvrir de son corps, et, loin de la détruire comme on le lui demandait avec menaces , il fit dans une bulle fameuse le plus grand éloge de ses services et de ses vertus. Mais les jésuites avaient de puissants adversaires. Il ne s'agissait plus des jansénistes, des parlements français et des philosophes cette fois : la querelle était entre la maison d'Ignace et la maison de Bourbon. L'influence d’une courtisane, en France, madame de Pompadour, les jalousies d'un ministre, en Espagne, et la cupidité qui poussa jadis Philippe le Bel h détruire l’ordre des Templiers pour s'emparer de ses richesses , avaient mis contre les jésuites les trois cours de Paris, de Madrid et de Naples. En 1702, Louis XV les supprima en France; cinq ans plus tard, ils furent chassés d'Espagne et de Naples, et, en 1708, sur le refus du pape d'abolir l'ordre, les Français occupèrent Avignon, et les Espagnols Bénévent.
Clémest XIV Gasgakelu. — Telle était la situation à la mort de Clément XIII. Les Bourlions qui , pour obtenir l’extinction des jésuites, se préparaient à bloquer
LB NÉPOTISME ET LES JÉSUITES
Rome, bloquèrent moralement le sacré college; des intrigues d'une vivacité et d'une puérilité extrême aboutirent enfin à la nomination d'un cardinal qui disait très-haut, pour qu’on l'entendit à Paris, à Madrid et à Naples: a Le temps est venu où il faut obéir aux souverains , car leurs bras s’étendent beaucoup au delà de leurs frontières, et leur puissance s'élève au-dessus des Alpes.» Ce cardinal, appelé Canganelli, qui devint pape sous le nom de Clément XIV, tint la parole qu'il avait donnée aux trois cours, et, le 21 juillet 1773 , par un bref dans lequel il l’accusait d'avoir trop désiré les biens de la terre, et de s’élre brouillée avec les souverains, il abolit la société de Jésus, et mit le père Ricci, son général, au château Saint-Ange
Ainsi tomba cet ordre puissant qui soutint longtemps la gloire de l'Iîglise romaine. Né en 1540, il fut frappé au cœur, en 11156, par Pascal, et traîna pendant plus d'uu siècle le trait mortel des Provinciales. Au moment de son agonie une dominicaine de Valenlano, Teresa Poli, qui prophétisait , annonça sa résurrection. Plus tard, en effet, il sortit.du tombeau ; mais enveloppé pour toujours des bandelettes du Lazare et moins semblable à un vivant qu’à un fantôme.
«. Augu-iin Thii-wr, prtirc de rOntoire. Hulotte de Poelifieol de CUeteed XI Y, il'tprès les docouenls iuédlla d« Archive» seertte» da Vatican.