CHAPITRE PREMIER
qui les élève dans les huiles de paille du mont Palatin ; puis l'atné des fils de In Vestale, appelé Romulus, renouvelant le crime rie Caïn, et à côté du cadavre sanglant de son frère Hémus fondant la ville éternelle : voilà ce que la tradition montre dans le lointain des siècles.
Mais ces inventions poétiques ne conviennent qu’à l’enfance des peuples : en arrivant à l’àge de raison ils les rejettent ou les expliquent. Tite-Live, qui écrivait sept cents ans après l’ère romulienne, rendit donc à la tradition les couleurs de la vérité. Le petit-lîls de Numitor, réduit aux proportions humaines, ne fut dans son livre que ce qu’il était sur le Palatin , un chef de brigands et d’esclaves fugitifs. Soufflons comme Tite-I.ive sur l’auréole mythologique de Romulus , et nous entrons à l’instant dans le champ du possible. La fameuse louve elle-même n’est plus, celte rectification faite, que la courtisane rurale Acca Laurentia qui donna son sein à l'enfant exposé, dans la cabane de Faustulus.
Romclcs. — Devenu homme , Romulus ouvre un asile aux lieux où il avait été nourri : des bergers, des bandits, des esclaves se groupent derrière ses palissades : soit en feignant d’honorer Neptune équestre par des jeux , soit dans leurs expéditions nocturnes, ils enlèvent les Altos des Sabelli leurs voisins pour en faire des femmes , et tracent la première enceinte de Rome avec le sang des Coenicenses, des Crustumini, des Antemnales, qui s’efforçaient d'étouffer sous le poids de leurs lioucliers la colonie naissante. Apaisées par la défaite, les tribus hostiles sont bientôt des tribus amies : les Sabelli ou Sabins eux-mêmes oubliant leur colère vont élever des huttes à côté de celles des vainqueurs, et Romulus est forcé de reculer le pomœrium de sa ville ‘.
Il avait tracé le plan des murs avec tant de sagesse qu'ils s’appuyaient de tous côtés sur de hautes montagnes , et que le seul point accessible entre le mont Ksquilin et le mont Quirinal était défendu par un fort retranchement et par un large fossé. La citadelle s’élevait sur un massif de roches esearpées et taillées pour ainsi dire à pic. Cet emplacement choisi sur des collines dont l'air est purifié par les vents et qui protègent les vallées de leur ombre, offrait en outre, selon la remarque de Cicéron , tous les avantages d’un lieu très-salubre dans un pays malsain.
Quant à l’enceinte, elle dessinait une sorte de carré long, flanqué de tours de distance en distance et percé de trois portes. La première, appelée Mngonia à cause du mugissement des bœufs qu’on avait l'habitude d’y faire laisser en les conduisant au pâturage, qui était située au bas du Palatin près du temple de Jupiter Stator 1 : ht porte Ilomanula qui regardait l’Avcntin, et la porte Januale ornée du buste de Janus, du côté de la roche Tarpéicnne. Celle-ci ne s'ouvrait que pendant la guerre.
4. Ce ponweriom ou glacis du rem; art, conféré aux dieux, pariait, selon Tacite, do forum Boarinm et par conséquent des environs du Janus; il passait par la vallée du Cirque en loichanl au Sepiisonium et il la tête de la Via dcl Colosseo ; sous les thermes Mils depuis par Tra.au, il gagnait ta hauteur de Valia prés de la chapelle des Lares , peut aller Unir, après avoir longé la Via Sacia et coupe le Forum, aux aurais du Vrlabr& a. Sur l'empla eatenl actuel de Sauta Maria délia Pace.
LES KOIS.
La triple poile Carmcntale, construite un peu plus tard , ferma l'espace compris entre le Capitole et le Tibre.
Telle était Home à la mort de son fondateur : pour se délivrer d'un tyran, les compagnons de Romulus en firent un dieu, fl passait une revue au l>ord du marais de la Chèvre : un orage affreux éclate tout à coup, le jour s'obscurcit , et des torrents de pluie dispersent les soldats tremblants sous les éclairs et le tonnerre. Quand l'arc-en-ciel brilla sur l'Aventin, ils revinrent au marais de la Chèvre, mais ne trouvèrent plus leur chef, a II est là, leur dirent les conjurés en montrant ces beaux nuages rouges qu'enfiamme le soleil de Rome ; nous venons de le voir emporté sur un char milieux dans le palais de Mars, son père, s A ces mots, quelques incrédules secouèrent la tète, des rumeurs accusatrices coururent dans les rangs, et après avoir murmuré la veille, le lendemain on aurait nommé les coupables, si le plus vénéré des compagnons de Romulus n'eût apaisé l’effervescence des soldats-bergers avec la légende suivante :
« Je revenais d’Albe la Longue; le croissant d'argent de Diane, rayonnant dans les cieux, éclairait mes pas, lorsque je fus environné soudain d'épaisses ténèbres : mes cheveux se dressèrent d’horreur sur mon front, et je restai cloué au sol. A ce moment, Romulus m’apparut. Il était plus beau, plus grand qu'un mortel et d'une admirable majesté avec sa Irabée de pourpre. — Pourquoi mes Quirites, dit-il , versent-ils tant de larmes? pourquoi outragent-ils ma divinité par leur douleur?... Va défendre ees regrets et ces plaintes, et ordonne-leur de me préparer de l’encens et des autels et de s’adonner sans partage à la guerre, qui est l’art sacré de la patrie. »
Grâce au récit de Proculus et à l’autorité qui s'attachait à ses paroles, les meurtriers en furent quittes en bâtissant un temple à leur victime et en donnant son nom de Quirinus, fils de Mars, à la colline sur laquelle ce temple s'éleva. Ils essayèrent ensuite de gouverner à sa place ; mais, emportés par la fougue sauvage de ces hordes indisciplinables, au bout d'un an d'interrègne , ils remirent l’autorité aux mains d’un autre roi.
Ncha Poxmics. — Le sabin Numa, dont la faiblesse de caractère et les mœurs douces rassuraient les chefs , fut chargé de retenir ce peuple , qui leur échappait , à l’aide du frein religieux. Aussi , pendant trente-neuf ans, il s'occupa avec le plus grand zèle de sa mission pacifique et ne songea qu'à transplanter, sur cette terre foulée par des hommes de violence et de sang , le culte et les institutions sacerdotales des Étrusques. Alors , aux augures déjà établis par le fondateur vinrent se joindre les pontifes, sénateurs sacrés du sacerdoce, les fiamines, prêtres de Jupiter, de Mars et de Romulus, son fils, qu’on adorait, après l'avoir tué, sous le nom de Quirinus; les frères des champs (Jralres anales), les victimaires, et les fériaux créés pour déclarer la guerre et faire la puix au nom des dieux. Tout ce clergé païen, habilement pris dans les familles des chefs et ne travaillant qu'à établir leur influence sur les bases vénérées de la religion, enchaîna pendant près d’un demi-