‹ Rome ancienne et moderneChapitre 5 sur 428 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

siècle la turbulence des Romains. En allant dormir sur ses livres dans- le tombeau qu'on lui avait creusé au Janicule, Numa laissait la jeune Rome soumise au joug des lois et docile à la voix de la religion.

Tuu.cs IIostilius. — On vit bientôt sous l'albain Tullus, son successeur, combien cette voix était puissante. Albe ayant osé provoquer Rome, les fils de Quirinus, sor- ; tant enfin de leur repos, se précipitèrent comme des lions dans la plaine. Les armées des deux villes se rencontrèrent au bord de la fossa Cluilia', entre le cinquième et le sixième milliaire à partir de la porte Capéne. Les arcs étaient déjà tendus, on entendait le sifflement des frondes et le sang allait couler, lorsque les féciaux, juges souverains de la paix et de la guerre, intervenant tout à coup, ordonnèrent au nom des dieux de remettre le sort de la bataille à trois combattants choisis dans chacun des deux camps.

Les rois y consentirent pour épargner l'effusion du sang : Tullus choisit les trois Horaces, et le chef d’Albe les trois Curiacos leurs cousins : ceux-ci s’étant avancés fièrement entre lus deux armées, le plus vénérable des féciaux prit la parole, et s'adressant à Tullus :

« M’ordonnes-tu, Ô roi, lui dit-il, de conclure un traité avec le père du jugement qu’envoie le peuple Albainî... — Oui, répondit Tullus. — Roi, je te demande l’herbe sainte. — Prends-la pure! »

Le fécial alla en cueillir de toute fraîche, et dit è Tullus:

« Roi , me fais-tu ton interprète et celui du peuple romain, fils de Quirinus, et acceptes-tu mes compagnons et ces vases pour le sacrifice?... — Pourvu que ton choix ne soit un piège ni pour moi, ni pour le peuple romain, fils de Quirinus, je l’approuve. »

Le père du jugement couvrit alors scs cheveux de verveine et prononça la formule du traité, qui portait que le peuple dont les champions seraient battus se soumettrait è l’autre; puis, après avoir invoqué Jupiter et assommé d’un coup de pierre le porc du sacrifice, il donna le signal de ce combat , d'où le plus jeune des Horaces revint seul, ivre d’enthousiasme et de sang, pour égorger sa sœur.

Aux termes du pacte conclu, Albe devenue l’auxiliaire de Rome devait marcher avec scs guerriers quand ils iraient à l’ennemi ; mais ces peuplades demi-sauvages oubliaient facilement la foi jurée. Tullus Hostilius , attaqué par les Véiens et les Fidénates, ayant réclamé le secours des Albains, le roi de ces derniers, Mettus Suffétius, s’arrangea de façon à rester spectateur du conflit , afin d’écraser les Romains s’ils étaient les plus faibles, ou de partager sans péril les fruits de la victoire si elle se déclarait pour eux. Vainqueurs, en effet , ceux-ci s’empressèrent de rendre perfidie pour perfidie. Attiré dans le camp de Tullus par l’espoir du butin, Mettus fut lié à deux chars attelés de quatre chevaux, qui, lancés violemment en sens opposés, arrachèrent et emportèrent dans leur course scs membres sanglants. Pendant ce

t. Au lieu même ou elle coupe la limite du territoire romain et la vole latine, près de Scllebassi.

LES MOIS

temps, l'homme déjà si fatal aux Albains, Horace, surprenait leur ville, la rasait au son des trompettes, et en chassait la population éplorée vers Rome, où Tullus la parqua sur le mont Cœlius.

Qu’on juge de la fureur des Sabins à cette nouvelle ! Impatients de venger leurs frères, car tous ces petits peuples étaient autant de rejetons de la vieille famille étrusque, ils marchèrent contre Tullus, qui les attendait dans la forêt Matiliosa et les battit. Après ce succès, il obtint du peuple lo droit de se faire précéder de douze licteurs avec des faisceaux ; mais cette extension de pouvoir déplut sans doute aux pères des vieilles familles et aux pontifes, car on ne tarda pas à publier qu’il était mort d'un coup de foudre.

Ames Mastics. .— Ce qui prouve, du reste, que les pontifes n'étaient pas étrangers au prodige, c’est qu’on lui choisit pour successeur le petit-ftls de Numa. Ce nouveau prince, appelé Ancus, ne s’occupa effectivement, au début de son règne, que des intérêts du corps sacerdotal, un peu négligés par Tullus; et ce ne fut que lorsque le culte des dieux eut repris sa splendeur, qu'il répondit aux provocations des Latins en envoyant le fécial lancer le javelot de guerre sur leur territoire. Mal en prit alors aux fils du Latium d'avoir violé le traité fait avecson'prédécesseur : écrasés sous les murs de Médullia, ils subirent en grande (rartie le sort des Albains et vinrent grossir la population de Rome et porter leurs pénates sur le mont Avenlin. Tournant ensuite l'activité des Romains vers les travaux utiles, Ancus creusa le port d'Oslie, enferma le Janicule dans l'enceinte de Rome, construisit le premier pont qui ait plongé ses pilotis dans le Tibre, ouvrit le fosse des Quirites pour défendre la ville du côté de la plaine, et, tout en agrandissant le temple de Jupiter Férétrien, tailla dans le tuf du Capitole une carrière bien nécessaire à cette époque, la prison du Forum. La mort l’ayant surpris comme il achevait ces constructions monumentales, on mit à sa place le tuteur de ses enfants.

Tarquis l’Akcix*. — C’était un Grec établi depuis peu de temps à Tarquinies, où il était devenu lucvmon (chef), mais qui, trouvant la scène de cette ville trop étroite pour son ambition, avait porté ses richesses à Rome. Agréable par son opulence aux pères des familles et lié par sa femme, savante dans l’art augurai, avec les pontifes, il n’eut pas de peine à se faire élire. Les augures dirent au peuple que Jupiter l’avait désigné lui-méme en envoyant un aigle prendre et reposer sur sa tête le pileus qu’il portait à son arrivée, et, docile à la voix de ses augures, le peuple s’inclina devant la volonté des dieux. Changeant alors son nom de Démarate contre celui de Tarquinius, le nouveau roi , comme son prédécesseur, commença par faire passer 1’arclntecture avant la guerre. Les terrains qui entouraient ce Forum, où devaient se régler un jour les destinées du monde, étaient vagues et en friche : il les distribua aux pères pour y élever des magasins et des portiques. Les eaux du Tibre, refluant parfois jusqu’au pied de l'Avenlin et du Palatin, noyaient la vallée de ces deux collines et y croupissaient, au grand dommage de la salubrité publique : des égouts à voûtes gigantesques ( cloaca maxima) les ramenèrent dans le fleuve et

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