CHAPITRE XXXIV
d'une place si étroite qu'on pouvait à peine voir ce monument immortel du génie d’Apollodore
En quatre ans l'administration française dégagea les trois colonnes du Forum jusqu'au sol antique, c'est-à-dire à environ quinze mètres de profondeur, les redressa, car elles avaient perdu leur aplomb et n'étaient retenues que par la pression des terres qui les ensevelissaient, et les affermit pour des siècles en remplaçant par une base neuve leur slylobate rongé par le temps. Le temple du Capitole, consacré à la Concorde selon les uns, et, selon les autres, à la Forlune, fut déblayé des constructions vulgaires appuyées contre ses colonnes; son ravissant portique de granit apparut entièrement isolé, et ce travail permit de reconstruire sur des murs de soutènement la route qui mène au Capitole, par une pente accessible aux voitures. Alors changea totalement d’aspect ce versant du mont Capitolin, si riche de restes précieux, et depuis tant de siècles changé en réceptacle d’immondices. Au-dessous de ces monuments du Clivum capitolinum, la colonne isolée qui, à l'entrée du forum de César, disparaissait cachée entre deux vieilles maisons , dégagée par leur démolition et profondément fouillée, fut reconnue par l'inscription de sa base pour un monument antique remanié et consacré à Phocas*.
En remontant vers l’arc de Titus, on déblaya la vasque de granit du Forum et le temple d’Antonin et de Faustine jusqu'au pavé de la voie Sacrée. De plus importants travaux s’exécutaient simultanément au temple de la Paix , ou, pour parler le langage de l'érudition contemporaine, à la basilique de Constantin. Les constructions modernes ayant disparu , les terres , les débris de murs et de routes furent enlevés, et, sous leur amas conservateur, la fouille mit à découvert, à une profondeur de plusieurs mètres, le parvis formé de marbres précieux. Alors les trois voûtes colossales recouvrèrent leurs proportions, et on put comprendre le plan de l'immense monument. Entre ce temple ou cette basilique et l’arc de Titus se trouvaient, comme nous venons de le dire , un couvent , une église et une ligne de misérables constructions masquant la vue du Colisée. L'administration française abattit les greniers et une partie du couvent; mais, par respect pour sainte Françoise, qui pouvait être aussi bien ailleurs, elle s'arrêta devant une église d'un aspect déplorable, et dont l’odieuse façade coupe l'un des plus admirables points de vue de Rome ancienne. Vers le vallon du Colisée, elle fit abaisser le sol pour découvrir le soubassement du temple de Vénus et de Rome, et, après avoir isolé ce vieil arc de Titus que l’architecte romain Valadier devait restaurer plus tard d'une façon si barbare, elle porta toute son attention sur le Colisée.
REsTiUfuTioN do Colisée. — Ce magnifique monument, qui avait résisté aux Barbares et aux barons du moyen âge, n’avait pu résister aux neveux du pape. Toute la partie extérieure de l'enceinte du côté du midi avait été démolie pour élever le lourd palais de Venise et ceux des Farnèse et des llarberini. Échappée seule à la
é. Le comte de Tournoo, préfet de Rome, de 1810 h I8U, Élude» tlttlUliquet t*r Rome, t. Il, p. 137-WO.
S. Rapports de Valadier et de Comporesi, architectes.
irur^vTi
ROME FRANÇAISE
6il
barbarie du népotisme, l'enceinte septentrionale menaçait ruine : les lézardes des murs et les crevasses des voûtes annonçaient une chute prochaine. L'administration française commença par faire enlever les terres qui entouraient le monument du côté du nord. Un mur fut construit pour soutenir le terrain laissé hors de la fouille et sur lequel passait la route de Naples. On poursuivit ensuite les déblaiements dans l’intérieur de l'édifice, et ses portiques nettoyés, les dalles de son parvis mises à découvert, on put librement, après treize siècles, circuler sous le triple berceau de voûtes et suivre sur les marbres usés les traces du peuple romain.
Les travaux exécutés aux Thermes de Titus , dans la vallée du Tibre et au forum de Trajan ne furent pas moins utiles. Les sept salles du bon empereur, les temples de la Fortune virile et de Vesla, la colonne Trajane et la basilique Ulpienne, déblayés jusqu’au sol antique, se montrèrent de nouveau dans leur beauté première. Des architectes français 1 réparèrent en outre le Panthéon, Saint-Pierre, le Quirinal, le Vatican, le palais de la chancellerie, construisirent deux cimetières, l’un à l’est, ■à côté du couvent de San Lorenz o fuori delle mura, l’autre à l'ouest, sur les ruines de la villa Sachetti, et tracèrent sur la vieille colline Hortulanc les plans du Pincio, la seule promenade digne de ce nom que possède Home moderne.
La roi ne Ro»e. — Tandis que Miollis, gouverneur général, le comle de Tournon , préfet, et le baron Daru, intendant de la couronne, imprimaient sur la vieille terre de Romulus ces marques ineffaçables de la domination française, le 25 mars 1811, l'artillerie du fort Saint-Ange réveilla la ville en sursaut. Cent coups de canon lui annonçaient qu'un fils était né à l’empereur Napoléon , et que ce fils , couronné avant d’étre au monde, était roi de Rome. Toutes les cloches de la métropole du christianisme saluèrent l’heureux souverain. Dans l’église de Saint- Louis, père des Bourbons, le fidèle clergé de Sa Majesté Impériale chanta solennellement l'hymne ambroisien, en signe de réjouissance. Le 8 juin, à la nuit, au bruit des canons de la flottille de Civita-Vecchia , qui avait remonté le Tibre pour donner le signal des fêtes, le Capitole, le Forum, les temples de la Concorde, d’Antonin , de la Paix, les arcs de triomphe de Septime, de Titus, de Constantin et le Colisée s’illuminèrent à la fois. Les courses de chevaux, les chanls, les danses et les transports accoutumés des poètes, qui voyaient, dans leur enthousiasme, les sept collines bondir de joie comme les agneaux a, célébrèrent durant tout le mois de la jeunesse le baptême du roi de Rome. A genoux devant soi berceau, des mil-